Economie, International

Nouveau départ pour l’économie iranienne

Suite à l’accord sur le nucléaire iranien passé le 14 juillet à Vienne entre l’Iran et les pays du « 5+1 » à savoir les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, les sanctions de l’UE et des Etats-Unis qui concernaient principalement les secteurs de la finance, de l’énergie et des transports iraniens seront levées dès que l’Iran aura rempli ses engagements c’est-à-dire probablement début 2016. L’embargo sur les armes sera maintenu mais les 150 milliards de dollars d’avoirs gelés à l’étranger seront progressivement débloqués.

Tehran-Iran

Cependant les investisseurs n’ont pas attendu la levée des sanctions pour investir à nouveau dans ce pays : certains acteurs financiers tels que la société londonienne First Frontier Capital Ltd tentent de donner accès au marché financier de Téhéran aux investisseurs avant 2016. Ce fond espère obtenir 100 millions d’euros avant la fin de l’année. Le courtier britannique Charlemagne a lui aussi annoncé qu’il s’était associé avec Turquoise Partners, une entreprise basée à Téhéran avec pour objectif d’investir dans la sécurité iranienne. De même, d’autres fonds d’investissement tels que MENA Capital comptent acheter des parts de marché iraniennes une fois les sanctions levées. Le fond d’investissement Brokerage Renaissance Capital a prévu qu’un milliard de dollars devait affluer en Iran dès la levée des sanctions.

Les principaux pays bénéficiaires des ouvertures de marché avec l’Iran sont la Turquie et les Emirats arabes unis. Aujourd’hui évalué à 80 milliards de dollars, le marché iranien pourrait représenter 200 milliards de dollars d’ici 2020. Les importations vont croître dans le secteur de la mécanique, de l’automobile, du fer, de l’acier, de l’alimentation, et des biens de consommation.

Selon Bank of America, les entreprises qui vont bénéficier de cette ouverture à court et moyen terme sont entre autres les entreprises Emaar Properties, la compagnie pétrolière turque Tüpraş, l’entreprise italienne de forage pétrolier Saipem, et le groupe alimentaire saoudien Savola Group. Quant à l’industrie de l’automobile, les entreprises turques Tofaş et Doğuş Otomotiv ainsi que les entreprises françaises Renault et Peugeot vont probablement bénéficier de cette évolution. La flotte iranienne doit être mise à jour, ce qui constitue une possibilité de contrat pour les traditionnels géants du secteur que sont Airbus, Boeing et le brésilien Embraer.

Le développement des échanges économique en Iran ne peut qu’être bénéfique à ce pays de 80 millions d’habitants mais il remet en question l’équilibre géopolitique du Moyen-Orient. L’Arabie saoudite et Israël sont les deux pays les plus concernés par ce changement. Israël craint en effet que l’Iran ne devienne détenteur de l’arme nucléaire et l’accord sur le nucléaire du 14 juillet ne le satisfait pas pleinement puisque Téhéran est à présent en capacité de fabriquer cette arme. Or la reprise des échanges commerciaux internationaux peut être traduite comme une acceptation de la communauté internationale des désobéissances passées et d’une potentielle désobéissance future. De son côté, l’Arabie saoudite craint que son adversaire perse de toujours ne fasse de l’ombre à ses ambitions d’hégémonie régionale. Un possible rapprochement entre l’Iran et les Etats-Unis, dont les liens étaient officiellement rompus depuis 1980 suite à la prise en otage du personnel de l’ambassade américaine à Téhéran, donnerait à l’Iran une influence nouvelle particulièrement importante dans la gestion des crises dans la région.

Anne-Laure Gatin

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