Politique, Société

Nouveau geste du PKK vers une résolution politique du conflit kurde

Abdullah Öcalan, emprisonné sur l’île d’Imralı en mer de Marmara depuis 1999, a lancé un appel à cesser le combat armé à travers un lettre lue pendant un rassemblement pour le nouvel an kurde, dimanche 22 mars à Diyarbakır. Les revendications kurdes ont changé depuis le début du conflit en 1984. Le leader et fondateur du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), qui réclamait l’indépendance pour les plus de 20 millions de kurdes de Turquie, souhaite aujourd’hui qu’ils aient une « forte autonomie » qui passerait par une « citoyenneté libre, égalitaire, constitutionnelle au sein de la République de Turquie. »

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Abdullah Öcalan, leader et fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK)

Un appel à la paix depuis Diyarbakır

« Le combat que mène notre mouvement, fondé il y a quarante ans, est jalonné de souffrances. Il n’a pas été mené en vain, mais il est devenu insoutenable. » Abdullah Öcalan a appelé ce week-end, par la voix de Pervin Bulden, le chef du groupe parlementaire du Parti démocratique du peuple (HDP, pro-kurde), à une résolution du conflit kurde par la politique plutôt que par les armes.

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Les célébrations du nouvel an kurde.

Le président Recep Tayyip Erdoğan reste sur ses gardes après cette annonce officielle. Il a qualifié ce discours de « très, très important » mais rappelle également que les précédents appels au désarmement sont resté lettre morte. « Faire taire les armes va contribuer au développement de la démocratie » selon le député AKP (Parti de la justice et du développement, actuellement au pouvoir) Yalçın Akdoğan, qui a assisté au discours – une première dans les relations entre Ankara et le PKK. Ahmet Davutoğlu, Premier ministre turc a lui aussi salué l’initiative de l’homme exilé et a participé à la création d’un comité pour la paix, une action critiquée par le Président qui refuse d’y participer. Ces dissensions entre le gouvernement et le Président ont amené Bülent Arınç, vice-premier ministre, à déclarer : « Nous aimons notre président, nous connaissons ses forces, nous apprécions les services qu’il a rendus. Mais n’oubliez pas qu’il y a un gouvernement dans ce pays. »

Dans un communiqué, le PKK exhorte le gouvernement à prendre en compte ce message et à faire le nécessaire pour accélérer le processus de paix : « Une telle déclaration de bonne volonté représente une chance unique d’avancer sur les chemins de la démocratie et de résoudre la question kurde et les problèmes fondamentaux de la Turquie. »

Un conflit vieux de trente ans

Après plus trente ans de conflits et 40 000 morts, la situation des Kurdes de Turquie est-elle en passe d’évoluer ? Les tensions entre les Kurdes et le gouvernement Turquie ont commencé en 1984, près de 60 ans après la naissance de la République turque qui ne reconnaissait pas l’identité ethnique des Kurdes. Le mouvement s’organisa depuis les montagnes irakiennes ainsi qu’en Syrie, sous la protection du Président Hafez el-Assad, alors opposé à la Turquie. Mais en 1998 les bases du PKK en Syrie sont fermées, et Öcalan est expulsé de Syrie. En octobre 2012 débutèrent les négociations de paix entre le PKK et le gouvernement. Le 21 mars 2013, également pour le Newroz (nouvel an Kurde), Öcalan appela à cesser le combat armé. Le 7 octobre 2014, des Kurdes manifestèrent à Diyarbakır ainsi que dans d’autres villes de Turquie, pour réclamer l’ouverture de la frontière turque pour les combattants kurdes. La ville de Kobanê en Syrie était alors assiégée par l’État islamique. Après la victoire des Kurdes – surtout de Syrie et d’Irak mais aussi de Turquie – contre les miliciens de l’EI, leurs combattants ont acquis une notoriété mondiale.

« La récente déclaration d’Öcalan aurait-elle pour objectif cette visée historique de faire du PKK un acteur politique respectable et reconnu comme tel pour poursuivre sur un autre terrain la cause kurde  ? » se demande Bayram Balci, chercheur à Science-Po (sur Orient XXI), à l’occasion d’une déclaration similaire le 6 mars dernier. En effet, malgré la victoire exemplaire en Syrie, le PKK est toujours considéré comme une « organisation terroriste » par l’Union européenne. Les législatives en Turquie auront lieu le 7 juin prochain. Dans ce contexte, l’AKP gagnerait à choisir la voie de la paix, bien qu’une partie de son électorat n’approuve pas un réchauffement des relations avec le PKK.

Bayram Balcı, toujours sur Orient XXI, considère que la paix au Kurdistan aurait des répercussions positives en Turquie, mais aussi dans tout le Moyen-Orient. Selon lui, « c’est toute l’économie turque qui serait bénéficiaire d’un contexte national apaisé où les populations turque et kurde vivraient en meilleure harmonie. »

Adèle Binaisse

5 Comments

  1. Fatih sultan

    15 000 Kurdes ou 15 Millions ? Sachant qu’ont sait tous qu’ils sont plus de 20 Millions…

  2. Fatih sultan

    20 millions en turquie…

  3. Je pense que malgré les appels d’Abdulla Ocalan, les radicaux du PKK ne voudraient jamais d’une paix. La paix est contre les intérêts de beaucoup de membres de cette bande d’assassins. La paix veut dire aussi, la fin des rançons, de l’impôt révolutionnaire, la fin du trafic en tout genre.

    • Adrien

      Ha la la. C’est le PKK qui a tué Ozal? Est-ce le pkk qui a brûlé des villages assassiné sous couvert et assimilé tout un peuple dans un genre maoïste? « La taxe révolutionnaire » et toutes ces soit-disantes magouilles sont en fait l’effort de PAIX et de reconnaissance du peuple kurde dans sa GLOBALITÉ. Quels sont donc les arguments d’un homme qui cautionne l’horreur et réclame le meurtre? Je vous écoute?

  4. @Foulon

    Tu n’as surement rien compris au conflit. L’intérêts du PKK dans cette guerre est juste la liberté du peuple kurde.
    Il serait temps d’abandonner tes idées de nationaliste turc et d’ouvrir les yeux. Le seul responsable de cette barbarie est le gouvernement islamiste et faschiste turc. Une simple autonomie comme en Irak règlerait le ce conflit vieux de 40 ans…

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