Economie, Société

Nouveau rebondissement dans « l’affaire Kerviel »

Le conseil des prud’hommes de Paris a rendu, lundi 7 juin, une décision de justice donnant raison à Jérôme Kerviel, ex trader, face à son ancien employeur, la Société Générale, qui devra lui verser la somme de 450 000 euros. 

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Une affaire sans précédent

En 2008, « L’affaire Kerviel » avait fait scandal en France et dans le monde de la finance et des banques. La banque française Société Générale avait annoncé des pertes colossales s’élevant à près de 4,9 milliards d’euros. En cause? Un jeune trader, Jérôme Kerviel, qui aurait engagé à l’insu de son employeur des sommes considérables – près de 50 milliards d’euros – sur les marchés financiers. Or, malgré de bon résultats au début, Kerviel avait connu de nombreux revers, faisant perdre des milliards à la Société Générale. La banque avait pourtant essayé de renflouer ces perte, notamment avec l’aide de Kerviel qui avait réalisé un profit de 1,4 milliards d’euros, mais dans le contexte de crise des subprimes de 2007, la banque essuie un coup dur. L’Etat doit intervenir et renfloue les caisse de la banque à hauteur de 1,7 milliards.

Jérôme Kerviel condamné

Suite à cette affaire, la Société Générale avait porté plainte contre son employé et avait obtenu gain de cause avec la mise en examen de Kerviel pour « tentative d’escroquerie », « faux et usage de faux »,  « introduction dans un système informatisé de traitement automatisé de données informatiques » et « abus de confiance ». En 2010, ce dernier sera condamné à cinq ans de prison dont deux avec sursis et au remboursement du préjudice causé, soit 4,9 milliards d’euros. Mais l’affaire ne s’arrête pas là et Kerviel contre-attaque en portant plainte à son tour en 2012 pour « faux » et « escroquerie au jugement ».

Les méthodes de la Société Générale en cause

« On renoue avec la justice » a déclaré l’avocat de Jérôme Kerviel suite à la décision rendue par le conseil des prud’hommes parisien. La Société Générale est contrainte à verser 450 000 euros à son ancien employé – dont 80 000 payables immédiatement – pour licenciement abusif , sans raisons réelles ou sérieuses. Cette décision s’accompagne d’un jugement énonçant que la Société Générale était au courant des agissements et des opérations fictives de son trader sur les marchés financiers. L’enquête semblait, en effet, indiquer que Kerviel n’avait pas tenté de s’enrichir personnellement, mais que ses résultats lui avaient valus des félicitations et des bonus de la part de sa hiérarchie. La justice avait déjà souligné qu’il semblait peu probable que la hiérarchie de Jérôme Kerviel ignorait les agissements de son trader.

Par ailleurs, la banque a été mise en cause dans plusieurs rapports de police indiquant qu’elle a tenté d’entraver au fonctionnement de la justice. Une commandante de police avait notamment déclaré avoir eu le sentiment d’être instrumentalisée par l’entreprise, suggérant que la Société Générale ne lui envoyait que les personnes qu’elle « jugeait bon d’être entendues ». Ainsi, la banque ne semblait pas coopérer effectivement avec la brigade financière. La police avait également indiqué que la plupart des documents fournis ne pouvaient pas être exploités par le système informatique dont elle disposait. Ces dernières informations remettaient clairement en cause les déclaration de la Société Générale sur ses agissements.

Reste encore la suite du procès civil de Jérôme Kerviel qui reprendra la semaine prochaine à Versailles. L’ex-trader doit répondre de dommages et intérêts envers la Société Générale. « L’affaire Kerviel » n’est donc pas encore finie, mais constitue une lutte déterminante dans la conception du monde de la finance. Elle participe largement à la défiance des contribuables envers les grandes banques et leurs manœuvres financières.

Manon Chauvet

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