International, Politique

Un nouveau secrétaire général pour l’OTAN

Le Norvégien Jens Stoltenberg prendra ses fonctions le 1er octobre à la tête du Secrétariat général. Qui est-il, et pourquoi a-t-il fait consensus pour succéder à Anders Rasmussen? Quel rôle pour l’OTAN sous son mandat ?

Jens Stoltenberg, le candidat d’un OTAN trop diplomate

stoltenbergLe Norvégien a été désigné le 28 mars 2014 au poste de secrétaire général de l’OTAN, pour prendre la suite après le départ du danois Anders Fogh Rasmussen. Jens Stoltenberg sera le treizième secrétaire général de l’OTAN, un poste traditionnellement occupé par un Européen. Il prendra ses fonctions le 1er octobre 2014. Homme politique norvégien, il a mené le parti travailliste, et occupé les positions de Ministre de l’industrie et de l’énergie, puis celui de Ministre des Finances et des douanes dans les années 1990. Il a ensuite été le Premier ministre travailliste durant dix ans, jusqu’en 2013 : l’exercice du pouvoir et de la diplomatie lui sont bien connus, mais il n’a aucune expérience majeure en défense ou dans les considérations militaires. Les membres de l’OTAN ont fait le choix d’un candidat du compromis, d’un négociateur, alors que des candidats plus expérimentés et plus fermes comme Radoslaw Sikorski ont été écartés.

On peut lire dans ce choix une autre preuve de l’inflexion diplomatique de l’OTAN, regrettable pour l’alliance qui doit rester un instrument militaire. L’OTAN est l’alliance la plus puissante à ce jour, et celle qui assure la meilleure protection à ses membres (au nom du fameux article 5 de sa Charte, tout membre attaqué sera secouru par tous les autres). Au sommet de Newport des 4 et 5 septembre, Rasmussen énonçait la vocation atlantisme de la Géorgie et de l’Ukraine « personne ne peut s’opposer à l’élargissement de l’OTAN », ce que semble vouloir poursuivre Stoltenberg. Mais l’enjeu véritable est désormais celui du rôle de l’OTAN : la Guerre froide a forcé l’OTAN dans une fonction politique, de dialogue et de pression sur l’URSS ; l’organisation militaire doit revenir au centre, à sa mission de défense de la souveraineté et de l’intégrité des membres. Dans le dossier ukrainien, qui sera avec la lutte contre l’Etat Islamique la lutte centrale du début de mandat de Stoltenberg, l’OTAN risque de se décrédibiliser s’il continue à hausser le ton et a se constituer en instrument de négociation.

Les réactions internationales à la nomination de Jens Stoltenberg ont été plutôt positives, notamment de la part de la Russie. Ayant eu de bonnes relations avec lui lorsqu’il était Premier ministre norvégien (notamment due à la résolution pacifique du contentieux frontalier dans la mer des Barents), la diplomatie russe rappelle que le rôle du Secrétaire général ne laisse pas entrevoir de changement majeur avec une nouvelle nomination. Le secrétaire général n’est que le reflet du consensus qui se dégage entre les 28 membres de l’OTAN. La Russie engagera sans doute le bras de fer sur la question de l’extension de l’OTAN, qu’elle voit d’un très mauvais oeil, se sentant encerclée et menacée dans sa zone traditionnelle d’influence.

 extensions successives NATO

Des concurrents malheureux :

Le choix du secrétaire général se fait au consensus entre les 28 pays membres de l’OTAN. D’autres candidats étaient pressentis, comme le Polonais Radoslaw Sikorski. Il a travaillé comme journaliste, couvrant les événements diplomatiques et militaires, puis s’est glissé en politique, où il milite activement pour l’intégration de la Pologne à l’OTAN. Il a été ministre de la Défense de 2005 à 2006, puis nommé Ministre des Affaires Etrangères dans le cabinet de Donald Tusk en 2007, où il vient de quitter son poste (le 22 septembre dernier).

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Radoslaw Sikorski a sans doute écarté pour ses positions ouvertement anti-russe, ayant été très actif dans le dossier ukrainien. Typique des pays de l’Est ex-satellites de l’URSS, il entretient une méfiance particulière envers la Russie, qui est perçue comme impérialiste et menaçante. Dans le dossier ukrainien, il défend l’intégration ukrainienne aux mécanismes de pré-adhésion européens, et son destin européen en tant que pays indépendant, ainsi que la fermeté de la part de l’OTAN face à la Russie. « Ce n’est pas la force qui provoque, mais la faiblesse » déclare t-il, un aphorisme qui devrait servir de piqûre de rappel à l’OTAN, paralysé par ceux qui veulent en faire une instance de négociation.

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petr pavelD’autres noms étaient aussi murmurés, comme celui du belge Pieter de Crem, Ministre de la Défense depuis 2007, et Vice-Premier ministre depuis 2013. Le 20 septembre dernier, au sommet de Vilnius, c’était le plus haut commandement militaire de l’OTAN qui était renouvelé : le Tchèque Petr Pavel, actuel chef d’Etat major de l’armée tchèque, occupera le siège atlantiste à partir de juin 2015. Un signal fort envers la Russie également, puisque c’est la première fois qu’un militaire des ex-satellites de l’URSS accède au poste de président du commandement militaire.

 

Aprilia Viale

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