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Nouveaux attentats meurtriers en Afghanistan

Le 20 juin dernier, une série d’attentats a touché le cœur de Kaboul et le nord-est du pays. Revendiqués par les Talibans, ces dernières attaques ont tué 23 personnes.

2016-06-21 16.15.21

Au moins 23 morts et plusieurs blessés sont à déplorer à la suite des attentats de lundi matin dans la ville de Kaboul et dans la petite ville de Keshim, au nord-est de l’Afghanistan. Cet événement met fin à une période de deux mois de calme relatif dans la capitale du pays.

Un triple attentat

La première attaque s’est déroulée vers 5h30 du matin. Un kamikaze qui était à pied s’est approché d’un véhicule reliant Kaboul à Jalalalabad (une grande ville à l’est du pays) et a déclenché ses explosifs tuant quatorze employés de sécurité népalais selon le ministère de l’Intérieur afghan. À ce triste bilan s’ajoutent les blessés : cinq népalais et quatre afghans.

Quelque temps après, une autre explosion s’est produite, coûtant la vie à une personne et en blessant quatre autres. Selon le ministre de l’Intérieur, ce second attentat visait un convoi qui transportait un élu local qui fait partie des blessés.

Pour terminer, un dispositif installé sur une moto dans le marché de la ville de Keshim a explosé. Dix civils ont péri et 40 autres ont été blessés dans l’attentat. La mission de l’ONU en Afghanistan (Unama) a signalé que, parmi les morts, cinq n’étaient autres que des enfants.

Si l’Unama a condamné avec la plus grande fermeté ces événements, le ministère de l’Intérieur dans un communiqué en a fait autant : « Nous condamnons fermement cette action terroriste contre un bus transportant des étrangers ». Il a ainsi présenté ses condoléances au peuple et au gouvernement afghan et népalais : « Nos sincères condoléances au peuple et aux gouvernements d’Afghanistan et du Népal pour la perte de ces vies innocentes. Le Chef de l’exécutif, Abdullah Abdullah a lui aussi condamné ces « actes de terreurs et d’intimidation ».

Quant à l’ambassade canadienne, elle a confirmé que les agents de sécurité népalais qui ont perdu la vie dans cette attaque étaient des employés de l’ambassade canadienne : « L’attaque d’aujourd’hui a visé notre compagnie de sécurité ». En revanche, elle tient à souligner que ce n’était pas le corps diplomatique canadien qui était visé : « il n’y a pas eu d’attaque contre les locaux de l’ambassade ».

Le bilan des victimes des attaques terroristes en Afghanistan continue donc à s’alourdir. Le dernier bilan des Nations-Unies faisant état de la mort de 5 000 personnes travaillant dans les forces de sécurité afghanes et de 3 550 civils tués en 2015, il faut rajouter les vingt-cinq individus qui ont péri hier.

Revendications

Un des porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a revendiqué sur les réseaux sociaux les attentats de Kaboul : « Ce matin tôt, nous avons conduit une attaque martyre contre des gardes des forces d’agression, faisant 20 morts et blessés ».

En revanche, ils ont nié être responsables de l’attaque à Keshim qu’ils qualifient de « sans objet ».

La branche locale du groupe armé État islamique (Daech) a aussi cherché à s’attribuer « le mérite » de ces attentats. Selon le centre américain de surveillance de sites djihadistes (SITE), Daech aurait transmis le nom et la photo du premier kamikaze.

Les talibans, au micro de l’AFP, nient toute participation de Daech et estiment que ces revendications sont « sans fondement et creuses […] Daech n’a pas la capacité de mener une attaque à Kaboul et n’a pas le soutien de la population ». Zabihullah Mujahid, interrogé par l’AFP, réaffirmera d’ailleurs que l’attaque est bien du fait des talibans : « L’attaque d’aujourd’hui a été effectuée par un de nos mujahidin ».

Quoi qu’il en soit, les vérifications quant à l’origine de ces attaques sont en cours.

Une stratégie contre les talibans infructueuse

Ces attentats sont les premiers depuis que les Américains ont annoncé un renforcement de leur engagement en Afghanistan pour lutter contre les rebelles qui y sévissent. En effet, début juin, le Président américain Barack Obama avait autorisé les forces américaines stationnées dans le pays à attaquer les talibans de façon plus directe.

Depuis 2014, avec le désengagement des forces de l’OTAN, il s’avère que les insurgés islamistes ne font que gagner du terrain en Afghanistan. L’attaque du 20 juin montre encore une fois leur détermination à voir partir les troupes étrangères du pays. En effet, Zabihullah Mujahid a stipulé après les attentats que : «  En organisant cette attaque, nous voulons montrer aux Américains et à l’OTAN que nous pouvons organiser des attaques où nous le voulons et quand nous le vouons ».

Dans le cadre de l’opération Resolute Support de l’OTAN, il y a encore 10 000 hommes, dont 5 500 Américains, qui sont déployés dans le pays. Malgré tout, des forces américaines indépendantes de l’OTAN sont aussi sur place et certains aux Pentagones estiment que cette présence devrait être maintenue malgré le départ des troupes de l’OTAN. Il semble que cette décision se prendra en coordination avec l’OTAN lors du Sommet de Varsovie début juillet.

Quelle que soit la décision, il semble que ce n’est pas le nombre d’hommes sur le terrain qui pose problème, mais plutôt la compréhension de la situation politique, économique et sociale en Afghanistan de la part des forces étrangères.

En outre, Adam Baczko, spécialiste de la situation en Afghanistan, souligne que la stratégie américaine d’instrumentaliser les chefs de guerre est l’exemple même d’une mauvaise compréhension des dynamiques sociales et politiques en place, notamment les mécanismes fonciers ; incompréhensions qui expliquent l’échec de la lutte contre les talibans. Peu importe le nombre de soldats déployés dans ce pays, il est nécessaire de changer l’approche et la compréhension des dynamiques afghanes.

Quant à Brahma Chellaney, spécialiste des questions stratégiques, celui-ci indique que les talibans ne pourront jamais être vaincus tant qu’ils disposeront d’un sanctuaire au Pakistan. Or, il semble que les Américains n’ont pas encore pris de mesures efficaces concernant cette question et ce n’est pas augmenter le nombre de soldats en Afghanistan qui changera la donne.

D’autres spécialistes et observateurs internationaux, tels Seth Jones et Daniel Markey, tirent d’ailleurs la sonnette d’alarme quant au risque que l’Afghanistan tombe davantage dans la violence avec le départ du chef de l’exécutif. En effet, un tel événement menacerait l’unité gouvernementale déjà précaire, mais risque aussi d’engendrer une grave crise économique. Tant de catalyseurs qui feront la joie des insurgés.

À l’heure où les attentats aux États-Unis, en Belgique ou encore en France font la une des journaux, n’oublions pas ces pays qui vivent depuis des années sous cette épée de Damoclès, et qui subissent ces violences dans le silence et la relative indifférence du monde.

 Camille Saulas. 

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