Chroniques, Culture, Découverte, Société

Du Nouvel An de mon enfance à la page 507

Jusqu’à la fin des années 1980, au Nouvel An, les banques et autres organismes importants distribuaient des calendriers et des agendas.

Ainsi, lorsque nos parents apprenaient qu’une banque donnait de plus beaux calendriers muraux ou agendas de poche, ils s’y précipitaient aussitôt. Tout le monde recevait quelque chose en cadeau, qu’il soit ou non titulaire d’un compte. Ces banques offraient également à leurs clients des agendas. Cette tradition, diminuant progressivement, a duré – si je ne me trompe pas – jusqu’au début des années 2000.

Cette année, je n’ai reçu que trois calendriers : le premier, de la S.A. Erbak-Uludağ İçecek.

Sur le thème « Nos voyages, nos découvertes depuis trois générations », le calendrier envoyé par M. Mehmet Erbak et sa fille, Mme Ceylin Erbak Aytekin, a particulièrement attiré mon attention. « La couleur rouge qui, au Kenya, apparait au coucher du soleil pourrait être le thème principal d’un spectacle en Chine ; un graffiti au Chili pourrait utiliser les mêmes couleurs que celles apposées sur la porte d’un bâtiment au Portugal ; ou encore, à quel point la blancheur infinie du pôle Sud et les sables de l’océan Indien, en fait, se ressemblent… », écrivent le père et la fille sur la page d’introduction du calendrier, avant de déclarer : « En 2018, souvenons-nous des beautés qui nous unissent »…

L’intérêt du calendrier ne se limite pas à ces propos puisque ses pages sont ornées des photographies prises lors de leurs voyages. De plus, ils ont joint à ce cadeau délicat les cartes postales des clichés qui composent le calendrier.

Que dire, sinon ceci : essayez d’obtenir ce calendrier !

Le deuxième provient de la Délégation de l’Union européenne à Ankara. Ce calendrier est consacré aux 12 travaux culturels communs UE-Turquie.

Quant au dernier, c’est un calendrier 2018 ayant pour thème la musique populaire allemande, édité en langue allemande et turque, envoyé par S.E. Martin Erdmann, Ambassadeur d’Allemagne à Ankara.

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À la fin de l’année dernière, le livre de Kemal Selçuk envoyé par les éditions İletişim Yayınları, Rüyadaki Kadın (La Femme du rêve), ne m’a pas quitté. C’est pour ainsi dire un livre de Yeşilçam

« Yeşilçam », c’est le nom de la plate-forme traditionnelle du cinéma turc, où les méchants rencontrent les gentils et se retrouvent dans les films classiques en noir et blanc. Il traite, d’une certaine manière, d’un bandit ignorant et d’une femme de classe moyenne qui travaille. C’est l’histoire de Hikmet (le bon, qui est surnommé aussi Ataç Abi) qui, après avoir pris sa retraite de professeur de littérature, fait des corrections d’épreuves, essaye d’améliorer sa vie en passant son temps dans des groupes de lecture, de la banquière Aylin (femme issue de la classe moyenne, universitaire et qui travaille) et du bandit urbain Bekir (ignorant, fanfaron). Ensuite, le drame ! L’histoire actuelle d’un tel scénario est magistralement racontée.

Où se déroule-t-elle ? Comme toujours, à Istanbul !

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Actuellement, il y a sur mon bureau Zone, le dernier livre de Mathias Énard paru aux éditions Can Yayınları (Mıntıka, en traduction turque d’Ebru Erbaş). Boussole, Prix Goncourt 2015, n’a quant à lui pas encore été publié en turc ; il est, paraît-il, en cours de préparation pour la publication.

« J’ai essayé de créer une épopée contemporaine », dit l’auteur en parlant de son œuvre, Boussole. Pour voir « le point » dans ce chef d’œuvre construit en une seule phrase et défini comme un choc littéraire, il vous faut arriver à la page 507.

J’ai connu Mathias Énard en 2012 avec son roman Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (Savaşları, Kralları ve Filleri Anlat Onlara), traduit en turc par Aysel Bora, qui a remporté à Istanbul le Prix littéraire de NDS. La même année, il a également publié Rue des Voleurs, que j’ai lu avec grand plaisir.

Depuis, en très peu de temps et comme tous les lecteurs de Mathias Énard, j’ai voyagé. Je me suis rendu avec Michel-Ange à Constantinople en 1506 sur une probable invitation du sultan ottoman Bajazet II, au Maroc où vivait en 2011 Lakhdar, le héros du roman âgé de vingt ans, et j’ai vécu à Tanger, à Tunis, à Algésiras ainsi qu’à Barcelone où se déroule Rue des Voleurs.

 

Hüseyin Latif, Directeur de publication

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