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Nucléaire iranien : accord historique en vue

Le groupe des « 5+1 » (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Allemagne) et l’Iran sont parvenus à Vienne à un accord au sujet du programme nucléaire iranien, ce mardi 14 juillet au petit matin. Mettant fin à de longues négociations, il prévoit une levée progressive des sanctions en échange d’une limitation du programme nucléaire ainsi que d’un renforcement des contrôles.

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Cent pages pour mettre fin à 2 ans de négociations, à 12 ans de processus diplomatique et à 30 ans de relations chaotiques entre les États-Unis et l’Iran. Les diplomaties se sont enfin mis d’accord sur un compromis solide, au bout d’ultimes journées de négociations tendues. Désormais, l’heure est à la satisfaction d’avoir trouvé une sortie de crise qui convienne à tout le monde. D’un côté le gouvernement iranien va pouvoir relancer l’économie nationale tout en montrant à la population qu’il n’a pas plié. De l’autre, les Occidentaux se félicitent d’avoir mis fin à l’un des plus grands contentieux sur le nucléaire, tout en faisant le pari que l’Iran a tout à gagner à se contenter d’un nucléaire civil et ne pas chercher à obtenir la bombe atomique.

Si rien n’est encore public, certains éléments ont déjà fuité dans la presse. Le texte ne prévoit pas le démantèlement du programme nucléaire, comme le visaient les premières années de négociation. Le pas franchi reste cependant important. En échange d’un encadrement strict du programme nucléaire civil iranien par l’AIEA (Agence Internationale pour l’Energie Atomique), et de la mise en place d’inspections de leurs sites militaires, les Occidentaux s’engagent à une levée progressive des sanctions économiques. Concrètement, cela consiste notamment au dégel des avoirs iraniens détenus à l’étranger à hauteur de 150 milliards de dollars. Il s’agit en outre d’un accord dit « snap back ». Ce qui signifie qu’en cas de non-respect des conditions de contrôle, les sanctions seraient rétablies dans un délai de 65 jours. La question de l’embargo sur les armes est aussi résolue : il sera levé d’ici 5 ans pour les conventionnelles, d’ici 8 ans pour les missiles balistiques.

Un changement de donne économique et géopolitique

En cas de succès du processus, la première conséquence à court terme sera avant tout économique. Tout d’abord l’ouverture d’un vaste marché iranien, resté jusque-là inaccessible pour de nombreuses entreprises européennes et américaines. Les effets se font surtout attendre sur le marché de l’énergie. « Les sanctions avaient paralysé la production iranienne de pétrole, réduit de moitié les exportations et limité les nouveaux projets de développement », explique au Sydney Morning Herald, Sarosh Zaiwalla, un avocat spécialiste des sanctions basé à Londres. « La perspective d’une levée génère un grand enthousiasme.» Preuve en est, le baril de brut a baissé de 1,6 % à l’annonce de la rumeur de l’accord.

La normalisation des relations diplomatiques entre l’Iran et les Occidentaux changera également en profondeur la géopolitique de la région. « L’accord vise à d’avantages de paix et de stabilité au Moyen Orient », affirme Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères français, dans un entretien donné au journal Le Monde ce 14 juillet. « La contribution de l’Iran serait utile pour aider à régler de nombreuses crises », a-t-il ajouté. Il est vrai que le pays des Ayatollah a fortement soutenu les forces irakiennes et l’armée régulière syrienne dans leur lutte contre le groupe État islamique. Une entrée dans la coalition internationale menée par les Etats-Unis serait même envisageable.

Un rapprochement qui inquiète

Cependant il n’est pas certain que l’Arabie Saoudite l’accepte. Les causes de tension entre la monarchie sunnite et le gouvernement chiite iranien se sont multipliées ces derniers mois. La première accuse l’Iran de soutenir les rebelles chiites au Yémen afin de déstabiliser la péninsule arabique. Elle craint ainsi que la nouvelle manne financière à laquelle aura accès l’Iran ne finance ces groupes. Une crainte partagée dans une certaine mesure par l’autre perdant de ces négociations, . Celui qui avait fait le pari de l’échec des négociations se retrouve isolé aujourd’hui sur la scène internationale. « Il est évident que l’accord est une erreur historique », a posté le Premier ministre israélien sur son compte Twitter. La principale critique de l’État hébreu est en effet que le texte ne prévoit pas un démantèlement du dispositif nucléaire iranien, mais seulement son gel pour les deux prochaines années. Ce à quoi les diplomates présents à Vienne répondent que les sanctions n’avaient pas non plus empêché le développement du programme, puisque l’Iran dispose aujourd’hui de 20 000 centrifugeuses permettant d’enrichir l’uranium, contre seulement 163 en 2003.

A Vienne, le soulagement prend le pas sur l’inquiétude. Mais la prudence reste de mise. La parole est donnée, place à présent aux actes. La première étape est la ratification de l’accord par le Congrès américain et le Parlement iranien. Puis l’AIEA pourra commencer ses enquêtes sur place dès l’automne. En cas de feu vert de l’agence, les premières sanctions seront levées à la fin de l’année.

Antoine Rolland

 

 

 

 

 

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