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Nucléaire iranien : le Congrès américain prêt à accentuer la pression sur Téhéran

Même si le dialogue semble avoir été renoué entre Téhéran et les puissances occidentales, il se pourrait bien que le temps ait raison de la bonne volonté affichée depuis des mois par le président Hassan Rohani. En effet, soumis à de nombreuses sanctions qui minent l’économie du pays, l’Iran doit impérativement trouver un accord avant le 30 juin prochain au terme des négociations qui se tiennent actuellement à Vienne. Si aucun accord n’est trouvé, le pays pourrait bien subir de nouveaux les foudres de la communauté internationale.

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Au centre de toutes les préoccupations depuis plusieurs décennies, le dossier nucléaire iranien est en passe de connaître une nouvelle étape à l’issue des négociations qui se tiennent en ce moment à Vienne (Autriche). Après un premier accord-cadre signé en novembre 2013 à Genève (Suisse), les tractations ont perduré pendant plus de deux ans sans véritables avancées. Mais, contre toute attente, les signes encourageant se sont multipliés ces derniers mois.

Le 12 avril dernier d’abord, à Lausanne, (Suisse), les pays du « P5+1 » (Etats-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine et Allemagne) ont posé les grandes lignes d’un premier texte. Même si les termes de cet accord provisoire n’ont pas été révélés, il semble toutefois que les négociations aient pris une tournure avantageuse pour les grandes puissances.

L’Iran, selon toutes vraisemblance, devra faire marche arrière sur son programme nucléaire militaire en échange d’un allègement des sanctions internationales qui gangrènent depuis plusieurs années son économie. Les derniers aspects techniques devront être finalisés au plus tard le 30 juin, faute de quoi, le Congrès américain a menacé de durcir ses sanctions à l’encontre de Téhéran.

Un accord censé s’inscrire dans la durée

 Si les négociations qui devraient aboutir dans moins d’une semaine sont porteuses d’espoir, les raisons sont à trouver dans les relations troublées entretenues depuis plus d’une cinquantaine d’année entre l’Iran et les pays occidentaux au sujet de son programme nucléaire. Signataire du traité de non-prolifération en 1968, le pays s’est vu imposer depuis cette date une interdiction ferme de développer l’arme nucléaire.

Mais, en dépit d’une hostilité ferme de la communauté internationale, Téhéran a bravé sans retenue les contraintes infligées unilatéralement par les grandes puissances. Parmi les critiques les plus virulentes, il lui est reproché notamment de se fournir, sous couvert d’un programme civil pacifique, en plutonium fortement enrichie, plutonium dont l’utilisation à des fins militaires serait une menace pour la sécurité internationale.

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Le président iranien Hassan Rohani.

Sans grande évolution depuis le dialogue ouvert en 2003 par les Européens, le dossier du nucléaire iranien connait depuis 2013 un nouvel élan avec l’élection du nouveau président iranien Hassan Rohani. Plus modérée que son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinedjad, le président Rohani a réaffirmé sa volonté de restaurer la place de l’Iran au sein des relations internationales, quitte à faire des concessions sur les ambitions nucléaires du pays.

Mais, depuis 2013 et l’ouverture des négociations à Genève, les discussions s’éternisent. Le Congrès américain, instigateur principal des sanctions économiques qui pèsent sur le pays depuis plusieurs années, menace de resserrer l’étau sur l’Iran si aucun accord n’est ratifié avant le 30 juin. Côté iranien, on refuse de tirer un trait sur le programme nucléaire sans de vrais engagements de la part des pays occidentaux en contrepartie.

Le parlement iranien monte au front

parlement_iranienPendant que le président iranien joue la carte de l’apaisement et cherche à obtenir un accord honorable pour son pays, celui-ci doit également affronter les résistances de son propre camp alors même que la date butoir du 30 juin arrive à grands pas. Hier, le parlement iranien, constitué majoritairement de députés conservateurs, a voté une loi intitulée, « préservations des droits et des acquis nucléaires ». Cette mise en garde adressée directement à Hassan Rohani, détermine les conditions nécessaires à l’élaboration d’un accord recevable entre Téhéran et les pays rassemblés à Vienne.

Outre l’annulation totale et sans conditions des sanctions économiques votées en 2006 par le Conseil de sécurité de l’ONU, le parlement a réitéré son refus d’accepter l’inspection des sites nucléaires sensibles par l’Agence internationale de l’énergie atomique. « L’Agence internationale de l’énergie atomique peut effectuer des inspections de norme sur les sites nucléaires mais l’accès aux sites militaires, sites de sécurité, sites non nucléaires sensibles, ainsi qu’aux documents et scientifiques nucléaires est interdit », indique le deuxième article de cette loi votée à l’écrasante majorité.

Les critiques ne se sont pas fait attendre au sommet de l’Etat. Le porte-parole du gouvernement, Mohammad Bagher Nobakht, a dénoncé un acte « illégal », déclarant aux journalistes : « le texte sur la préservation des acquis nucléaires ne relève par des responsabilités du Parlement mais de celles du Conseil suprême de la sécurité nationale. »

En attendant les résultats des tractations toujours en cours à Vienne, les membres du conseil de sécurité de l’ONU ont rappelé que les sanctions ne seront entièrement abolies qu’à partir du moment où Téhéran aura répondu à « toutes leurs préoccupations ». Pour l’heure, l’incertitude domine sur l’issue de la réunion entre l’Iran et les pays du « P5 +1 », et aucun allègement des mesures restrictives n’est à prévoir depuis la levée partielle des sanctions qui était intervenue le 20 janvier 2014.

Matéo Garcia

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