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Nucléaire iranien : un accord toujours en suspens

nucleaire_iranienAprès 18 mois d’intenses négociations sur la question du nucléaire iranien, les États-Unis, la Russie, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Chine (le « P5+1 ») ne sont toujours pas parvenus à un consensus, bloqués notamment par la question de la surveillance à laquelle l’Iran devra se soumettre en cas d’accord. C’est ainsi que le 31 mars dernier, deadline des négociations, ne sera pas retenu comme le point d’orgue de ces longues tractations mais plutôt comme l’ouverture de leurs prolongations.

Une surveillance stricte sur fond de méfiance mutuelle

Afin d’entraver la possibilité pour l’Iran d’obtenir la bombe nucléaire, le « P5+1 » impose à Téhéran la réduction du nombre de ses centrifugeuses, devant passer de 19000 à 6000. Cette mesure, couplée d’un encadrement strict de l’utilisation desdites centrifugeuses, devrait empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires. Ceci implique que l’Iran signe le protocole additionnel du TNP qui doit permettre aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) d’avoir une totale liberté d’action dans leur mission de contrôle.

Une réclamation que l’Iran ne voit pas d’un très bon œil, l’AIEA suspectant l’Iran d’avoir déjà mis en place un programme d’armement nucléaire. Ainsi l’Iran, qui affirme l’incompatibilité entre l’islam et ce type de programme comme preuve de sa bonne foi, craint de voir les inspecteurs de l’AIEA s’efforcer de trouver des preuves validant la thèse de l’agence, dans le seul soucis de préserver la crédibilité de celle-ci. Cette absence de confiance mutuelle entre l’Iran et l’AIEA freine considérablement l’avancement des tractations et aucun accord ne pourra être conclu si ce détail n’est pas surmonté. D’autant plus que des organisations mafieuses présentes en Iran pourraient, si une surveillance des plus strictes n’est pas mise en place, s’emparer de diverses technologies nucléaires et les revendre sur le marché noir. Un scénario que craint fortement l’AIEA.

Une France sévère qui heurte la fierté perse

fabiusUn autre point nourrit les tensions entre les négociateurs concernant la durée de la surveillance à appliquer à l’Iran. En effet, tandis que les États-Unis souhaiteraient une surveillance d’une décennie, la France, représentée à Lausanne par son ministre des affaires étrangère Laurent Fabius, va plus loin, estimant que cette durée devrait être prolongée jusqu’à 25 ans, arguant le fait que l’Iran aurait menti par le passé au sujet du programme nucléaire qu’elle développait clandestinement. Une fermeté jugée « humiliante » par l’Iran qui considère cette position disproportionnée.

Désaccord sur les modalités de levée des sanctions

Enfin, reste la question des sanctions internationales qui étouffent l’économie iranienne depuis plus de 30 ans. Tandis que l’Iran demande leur suspension immédiate, l’ensemble des pays présent à Lausanne estiment que les levées doivent se faire graduellement, nourrissant des doutes sur les desseins de l’Iran. En outre, les Occidentaux aimeraient conserver le plus longtemps possible la possibilité de rétablir les sanctions si l’Iran choisissait de se dévoyer en violant ses engagements.

Le résultat est qu’à l’heure actuelle les discussions n’ont toujours pas aboutis, et que certains participants, comme Laurent Fabius et Sergueï Lavrov, ont déjà quitté la table des négociations dans l’attente de progrès significatifs dans le dossier. Ainsi, même si rien n’est encore définitivement acté au sujet de ces négociations et que les discutions se poursuivent alors que la date-butoir est désormais dépassée, la tâche reste ardu et l’issu incertaine.

Thomas Nicod

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