Cinéma, Culture

Nuri Bilge Ceylan offre la Palme d’or à la Turquie

nuri bilge

Le réalisateur lors de la remise de la Palme d’Or

La dernière fois qu’il est venu à Cannes, en 2011, Nuri Bilge Ceylan avait émerveillé les festivaliers avec « Il était une fois en Anatolie ». Trois ans plus tard, il remporte la Palme d’or du 67e Festival de Cannes avec « Winter Sleep », huis-clos psychologique de 3h16 se déroulant dans un village d’Anatolie, et qui, selon les critiques, confirme le réalisateur turc dans son statut de grand auteur de cinéma. Il a aussitôt décerné son prix à la jeunesse de son pays : « Je dédie la Palme à la jeunesse turque, à celles et ceux qui ont perdu la vie pendant l’année qui s’est écoulée ». Retour sur un réalisateur d’exception.

Un réalisateur reconnu

Né en 1959 à Istanbul, Nuri Bilge Ceylan, diplômé de l’université du Bosphore en ingénierie électrique, a poursuivi des études de cinéma à l’université Mimar Sinan. Il a réalisé en 1998 son premier long métrage intitulé « Kasaba ». En 1999, il réalise « Nuages de mai » ce qui lui vaut douze prix dans différents festivals internationaux notamment l’Orange d’or du meilleur réalisateur au Festival international du film d’Antalya. En 2002, il réalise « Uzak », film dont l’intérêt réside dans sa simplicité, et remporte grâce à celui-ci le Grand Prix du Jury du Festival de Cannes en 2003.
« Les Trois Singes », film mettant en scène un chauffeur privé s’accusant d’un crime à la place de son patron, vaut ensuite au cinéaste le Prix de la mise en scène cannois en 2008. En 2011, il réalise « Il était une fois en Anatolie » et remporte deux prix prestigieux : le prix du Meilleur film au Festival international de Dublin 2012 et une nouvelle fois le Grand Prix du jury au Festival de Cannes 2011. La consécration vient ensuite en 2014 avec « Winter Sleep » qui vaut à l’artiste la récompense suprême : La Palme d’Or au 67e Festival de Cannes.

Un style uniqueaffiche winter sleep

Producteur, scénariste, réalisateur, mais également monteur et chef opérateur de la plupart de ses films, Ceylan cultive une forme très personnelle d’autofiction cinématographique qui le rapproche d’auteurs tels que Woody Allen et Nanni Moretti.
Le réalisateur, souvent comparé à Michelangelo Antonioni, voire Ingmar Bergman, affirme également puiser son inspiration dans l’œuvre littéraire d’Anton Tchekhov et Henrik Ibsen. « Sommeil d’hiver » transpose justement le canevas de trois nouvelles de Tchekhov se déroulant dans la Turquie contemporaine. Le critique Jean-Michel Frodon souligne d’ailleurs sa capacité « à se déplacer à travers [son] pays pour en restituer, sans aucun folklore, les multiples facettes ».
Son œuvre, exigeante et austère, décrit par petites touches la difficulté pour un être humain de vivre pleinement sa vie dans la société moderne, qui est selon lui contaminée par le rapport de classes. Le cinéaste filme donc au plus près la souffrance muette et indicible de ses personnages dans une esthétique contemplative et mélancolique. Cela dit, la notion de durée pourrait rebuter le spectateur puisqu’il met en avant les temps de latence, les moments de vide et d’attente, au détriment de l’intrigue et des dialogues.

À 55 ans, Nuri Bilge Ceylan rend un bel hommage au cinéma turc, qui fête cette année son centenaire, en ayant offert à sont pays la Palme d’or du Festival de Cannes.

Anaïs Sarrassat

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