International, Politique

Octobre 2016 : le « non » hongrois à l’accueil des migrants et ses conséquences en Europe

Le dimanche 2 octobre 2016, Victor Orban, Premier ministre hongrois conservateur et régulièrement réélu depuis 2010, organisait un référendum sur l’accueil des migrants sur son territoire. le-premier-ministre-hongrois-viktor-orban-vote-aux-cotes-de-son-epouse-pour-le-referendum-antirefugies-a-budapest-le-2-octobre-2016_5717445Bien qu’avec une faible participation (environ 45%), la consultation devait rejeter par 98,5 % de « non » l’accueil des populations venant principalement de la Syrie en guerre civile depuis des années et qui en 2015 devaient être plus d’un million à prendre ce que l’on appelle la « route des Balkans » remontant vers l’Europe du nord pour fuir ces régions où les massacres n’en finissent plus.

La finalité des cortèges de migrants est l’Allemagne et la Grande-Bretagne, mais pour cela les deux voies d’accès principales sont l’Ex-Yougoslavie avec une route jugée peu sûre, ou via l’Europe centrale et notamment la Roumanie et la Hongrie. Cette dernière avait réagi violemment en recouvrant ses frontières de barbelés et de barricades afin d’endiguer ce « flux. »

Le pouvoir, très conservateur et à tendance populiste, en place à Budapest depuis 2010 autour de Viktor Orban, qui avait été dans les années 90 le plus jeune premier ministre de l’ex-camp socialiste, devait se servir de cette tragédie pour accentuer encore la mise en place de ce qui devient de plus en plus un État à tendance autoritaire en Hongrie. En effet, on se souvient des lois édictées notamment sur les restrictions des libertés fondamentales comme celle sur la presse qui avait beaucoup choqué en son temps. Hélas, on se souvient aussi du peu de réactions de l’Union européenne et, encore plus inquiétant, on constate que cette politique populiste hongroise fait en quelque sorte « école » dans les pays voisins comme la Slovaquie et la Pologne dont la Présidente du conseil des ministres, Beata Szydło, avait annoncé à son arrivée au pouvoir en novembre 2015 vouloir s’inspirer de l’expérience hongroise menée par Viktor Orban.

Il est manifeste que cette crise migratoire n’a rien arrangé à la situation de l’Union européenne qui depuis 2008 ne cesse d’affronter des crises diverses : financière, économique, sociale, sécuritaire et à présent migratoire, ce qui a pour effet de poser de nouveau l’épineuse question d’une gestion commune des frontières. Tout cela étant difficile à organiser et à mettre en place, un terrain propice est donc apparu récemment dans lequel des réponses souvent violentes des États à dérives populistes et autoritaires – comme dans le cas de la Hongrie – ont pu s’engouffrer recouvrant leurs frontières de barbelés et de miradors pour, disent-ils, protéger leurs populations des flux migratoires. Ces mêmes migrants sont évidemment instrumentalisés pour renforcer davantage ces pouvoirs politiques démagogiques et sont bien évidemment accusés de tous les maux à commencer par être responsable de l’insécurité (comme pour les événements de Cologne fin 2015 en Allemagne) et bien sûr d’être liés à l’actuelle vague terroriste de Daesh notamment en France.

Face à cela, que pouvons-nous dire si ce n’est que de craindre que ce genre de référendum, même s’ils n’ont de valeur que consultative, ne fasse tache d’huile ? Mais aussi craindre que des comportements de type Brexit ne se multiplient ? Le tout associé à une crise économique qui ne cesse de s’aggraver alors que l’affaiblissement manifeste de l’Union européenne rend de plus en plus inquiétante la poursuite du redressement international de la Russie d’un Vladimir Poutine qui vient de remporter cet automne les dernières élections législatives.

Les élections américaines de novembre prochain, celles annoncées en Allemagne, et au printemps 2017 en France pourraient peut-être changer la donne européenne et internationale afin de tenter d’enrayer ces dérives. Il faut en tout cas l’espérer.

Dr Olivier Buirette.

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