Mode

Olivier Lapidus en pince pour Lanvin

Pionnier de la mode sur internet avec le lancement de sa propre maison de couture digitale, Olivier Lapidus prend aujourd’hui les rênes de la maison Lanvin à la direction artistique. Du virtuel au réel, rencontre avec un couturier prodige.

Le rendez-vous était fixé au 17, rue Boissy d’Anglas dans le 8ème arrondissement de Paris. Rue Boissy d’Anglas … cette rue nous disait quelque chose. On vérifie sur un plan, il s’agit bien de la perpendiculaire avec la rue du Faubourg Saint Honoré. Il n’y a pas de doute, la rencontre allait se faire dans la boutique Lanvin. À peine arrivé, l’immense vitrine nous captive déjà. C’est bien au 17 ? Où est-il ? Non, ici c’est le 14, le 17 est en face. Surprenant, au 17 c’est Cartier – mais à y regarder de plus près, on aperçoit le panneau Lanvin. Nous voilà rassurés.

Olivier Lapidus, l’allure décontractée, un sourire charmeur, une mine joviale, nous guide à travers les ateliers : « c’est assez calme, il n’y a que mon assistante, qui part bientôt en vacances ». Il s’est ainsi confié en toute intimité.

LA MODE COMME SECONDE NATURE

Fils du célèbre couturier Ted Lapidus, ainsi que de l’actrice, mannequin et ancienne Miss France Véronique Zuber, mais également neveu de Rose Torrente-Mett, fondatrice de la maison Torrente, la mode fut pour lui une seconde nature. Presque inévitable, en effet, « à trois ans, je coupais déjà du tissu » se souvient-il.
Pourtant, alors qu’il a baigné pendant toute sa jeunesse dans cet univers, ce choix de carrière ne lui est pas venu tout de suite, puisque ce dernier se destinait à suivre des études de littérature notamment en Hypokhâgne, se considérant alors comme « plus littéraire que mode ».

Diplômé de l’École de la chambre syndicale de la couture parisienne (ECSCP) en un an, grâce aux clefs de l’école que Madame Saurat, la directrice, lui avait confié, il s’y rendait la nuit s’enivrant « des parfums des tissus, en compagnie des Stockman, rangés derrière en ligne comme des soldats ».

« LA MODE C’EST DU THÉÂTRE, INTERNET C’EST DU CINÉMA »

Après un passage en Asie, il a été pendant onze ans directeur artistique de la maison Lapidus, jusqu’à l’arrêt de l’activité haute couture en 2000. Entre temps, ce dernier a parcouru divers horizons, notamment celui de designer puisqu’il a imaginé l’hôtel Félicien situé dans le 16ème arrondissement de Paris. Cette passion est ainsi « complémentaire à son métier originel » puisque, selon lui, « on demande aux couturiers d’être créateurs d’un univers ». Pour Olivier Lapidus, « le design vit avec la mode ».

Néanmoins, on revient toujours à ses premières amours. Plus qu’une passion, la couture c’est une évidence pour Olivier Lapidus qui cite Confucius qu’il semble avoir adopté en maxime de vie : « choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie ». C’est dans cet état d’esprit empreint d’un grand optimisme et d’une ouverture sur le monde et les nouvelles technologies que ce dernier a créé sa propre maison de couture digitale.
« Axée sur l’innovation et l’artisanat, c’est une porte ouverte sur les ateliers ainsi que le rayonnement du savoir-faire français par le biais d’internet » résume-t-il.
En effet, Olivier Lapidus propose de commander ses robes en série limitée via un défilé présenté dans un film. Ce « premier flash show », comme il l’appelle, il en est le précurseur et utilise Internet comme un outil indispensable, car si pour lui « la mode c’est du théâtre, internet c’est du cinéma ».

UN NOUVEL ÉCLAT POUR LANVIN

Depuis juillet, il est nommé au poste de directeur artistique de la plus ancienne maison de couture française qui a aujourd’hui 130 ans. C’est avec beaucoup d’admiration, de modestie et de pudeur qu’il évoque cette grande maison, avec une pointe de mysticisme quand il parle avec émotion du bureau de Jeanne Lanvin, resté depuis 1946 intact, sans une ride, situé au 22, rue du Faubourg Saint Honoré. Si Jeanne Lanvin semble l’inspirer, elle paraît également lui envoyer « certains signes, notamment lors de la date de signature de [son] entrée au sein de la maison Lanvin », jour de la disparition de cette dernière qui lui passerait le flambeau. Coïncidence ou non, probablement est-ce un doux présage pour cette nouvelle aventure.

S’il qualifie Lanvin de « grand navire » ou la compare à une « Formule 1 », eu égard la compétence et le sérieux qui règnent dans les ateliers, Olivier Lapidus souhaite donner à cette grande maison un nouvel éclat. Il désire ainsi « développer les accessoires avec un nouvel élan et élaborer un style en accord avec l’esprit Jeanne Lanvin tout en étant moderne et en créant un style qui se vend ». Il souhaite également inscrire Lanvin dans « une nouvelle ère qui intègre les nouveaux réseaux ».

Pour son prochain défilé le 27 septembre qui s’intitulera probablement « Lanvin by the Book », autrement dit « Lanvin, rien que Lanvin ». Olivier Lapidus nous livre quelques secrets du show tant attendu qui se déroulera au Grand Palais. On retrouvera ainsi les éléments constitutifs de Jeanne Lanvin twistés dans la modernité, mêlant ainsi contemporain et intemporel avec un travail d’aiguilles, d’épaules drapées, de transparence, ainsi que d’éléments figuratifs qui sont selon ses termes « très Lanvin ».

OLIVIER LAPIDUS, LE COUTURIER DES FEMMES

Quand on lui pose la question de quelles femmes il souhaiterait habiller aujourd’hui, il répond qu’il adore les « sublimes inconnues » qu’il croise et que la magie réside dans le fait « d’habiller des inconnues qui deviennent des stars ». Pour lui, le chic se résumerait en 2017 à « habiller une femme moderne, cosmopolite, qui voyage, qui aime la mode sans être fashion victim et extrêmement bien dans sa peau, sans extravagance ».

C’est donc en observateur d’une mutation sociologique et culturelle qu’il affirme : « être à la mode, ce n’est pas la suivre. La mode est ainsi démodée et morte car elle est instantanée ». Et si la haute couture apparaît pour lui comme « un indicateur de santé, elle est également et véritablement mémoire de l’excellence ».

Charlotte Lelouch
Daniel Latif

1 Comment

  1. Matin delijacques

    La couture C’s ma passion

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