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Oscar Pistorius a réussi à amadouer la Cour d’appel

La saga judiciaire de l’ancien champion paralympique, Oscar Pistorius, s’achève sur une farce cynique ce mercredi 6 juillet après trois ans de procès.

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L’ancien athlète qui était jugé en appel depuis la mi-juin pour le meurtre de sa petite amie, la mannequin Reeva Steenkamp, a enfin reçu le 6 juillet dernier le verdict final : six ans de prison pour avoir tiré à quatre reprises sur sa défunte compagne.

Oscar Pistorius avait été reconnu coupable en première instance pour le meurtre de Reeva Steenkamp. Ce tragique événement, qui a conclu la fin de la Saint-Valentin de 2013, avait alors été reconnu comme un simple « incident » malgré que des témoins eurent déclaré avoir entendu une violente dispute et que le corps de la jeune femme fut criblé de balles.

Lors de son premier procès, l’ancien sprinter sud-africain avait seulement écopé de cinq ans de prison pour « homicide involontaire », ce qui avait relancé les débats quant à la situation de la violence envers les femmes en Afrique du Sud et à d’éventuels traitements de faveur dont le sportif aurait bénéficié du fait de son statut.

Après avoir purgé seulement un an de prison, il fut assigné à résidence chez son oncle dans un quartier riche de Pretoria le 20 octobre dernier.

Comme si cette douce sentence ne lui suffisait pas, le médaillé paralympique était bien décidé à ne pas en rester là et a entrepris de lancer une procédure en appel sans considération pour la défunte, sa famille et la société sud-africaine.

Lui et son avocat, maitre Barry Roux, ont joué sur la carte de la santé mentale et ont entrepris une nouvelle bataille juridique en pariant sur le témoignage du psychologue Jonathan Scholtz. Celui-ci avait, dès le premier jour de l’audience, présenté Oscar Pistorius comme un homme extrêmement dépressif et « brisé » qui avait besoin, non pas d’être puni, mais d’être suivi médicalement.

Soulignant sa rédemption dans la religion, le spécialiste a stipulé que le sextuple champion paralympique en athlétisme était avant tout : «  vulnérable, en manque de confiance […] Il a presque lâché prise, son mental semble brisé, et cliniquement son état a empiré ».

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Au cas où si cette machination ne suffisait pas, l’athlète a ensuite joué sur son handicap physique en se mettant lui-même en scène. Le 15 juin dernier, il n’a pas hésité à enlever ses prothèses pour déambuler sur ses moignons durant cinq minutes devant la Cour et les caméras de télévision sud-africaines.

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Si monsieur Pistorius ne finira pas dans un centre psychiatrique, il n’écopera que d’une peine de 6 ans de détention, soit une condamnation bien en dessous de la peine minimale pour un meurtre réclamée par la Couronne, qui est normalement de 15 ans. La juge Thokozile Masipa a en effet préféré retenir contre lui avant tout des circonstances atténuantes ; à savoir son handicap et son état psychologique la nuit du meurtre.

Tout en reconnaissant la souffrance de la famille Steenkamp, la juge a tout de même considéré qu’une peine de prison plus longue n’était tout bonnement pas requise : « L’opinion publique peut être bruyante et tenace, mais elle n’a pas de rôle à jouer dans la décision de la Cour, a déclaré la magistrate. Je suis d’avis qu’une longue peine de prison ne servira pas la justice ».

De quelle justice parlons-nous ? Il est permis de se le demander quand on sait que dans deux ou trois ans, le champion paralympique pourra demander une libération conditionnelle selon les dires de son avocat.

Et que penser des personnes qui, devant le tribunal, scandaient sans honte : « Rendez, je vous en prie, sa liberté à Oscar » ?

Quoi qu’il en soit, la défense semble à court d’énergie et ne contestera visiblement pas le verdict de la Cour.

La famille de la victime, dont son père, Barry Steenkamp, ainsi que les organismes de défense des droits des femmes et de défense des droits de l’homme, ont pour leur part été révoltés par les propos du juge décrivant ce « héros déchu » dont « la vie ne sera jamais plus la même […] et qui ne pourra plus jamais être en paix », n’hésitant pas à ajouter que Oscar Pistorius: « n’est pas une personne violente. »

La porte-parole de la Ligue des femmes du Congrès national africain, Jacqueline Mofokeng, n’a pas manqué de s’exprimer sur le verdict : « D’abord cinq ans, maintenant six ans? C’est gênant pour le système judiciaire ».

Oscar Pistorius sera finalement arrivé à ses fins en réussissant à amadouer la juge Thokozile Masipa au détriment de la crédibilité et de l’impartialité de la justice sud-africaine.

Camille Saulas. 

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