International, Politique

OTAN-UE, le désamour ?

Depuis la fin de la guerre froide, l’Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN) suscite bien des interrogations. En effet, pour de nombreux observateurs politiques et militaires cette « organisation ‘viscéralement anti-russe’ n’avait plus de réelle raison d’être face aux velléités expansionnistes soviétiques évanouies ».

C’est ainsi que, dans les années 1990, l’ancien Président de la République française François Mitterrand a tenté de lancer une Europe de la défense comme une alternative à cette organisation qui, d’après lui, ne correspondait plus à la nouvelle donne stratégique mondiale. Il a échoué, car d’une part les Américains ne voulaient pas abandonner leur mainmise sur la défense européenne et d’autre part, car les pays européens ne désiraient pas s’affranchir de l’aide américain dans ce domaine. Nous avons alors assisté aux manœuvres américaines afin d’adapter l’OTAN aux nouvelles exigences sécuritaires de l’après-guerre froide : des compétences supplémentaires, mais aussi un élargissement géographique des frontières de l’Alliance et surtout une évolution de son objectif qui passait de la défense au maintien de la sécurité. Finalement, l’intervention de l’OTAN en Bosnie a fini par légitimer l’existence de l’Organisation.

Mais les conflits et les guerres provoqués par « le Printemps arabe » ont engendré des mouvements migratoires et ravivé le problème du terrorisme qui rendent notre monde plus instable que durant la guerre froide. L’inefficacité de l’OTAN en Afghanistan et son absence dans la lutte contre le terrorisme raniment de nouveau des interrogations à l’encontre de cette organisation. Le président américain Donald Trump lui-même invoque « des problèmes » et qualifie l’OTAN d’« obsolète ».

Selon François Géré, président de l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas) : « L’OTAN souffre d’une divergence d’intérêts entre ses États membres. Les pays du Nord et du Centre-Europe s’inquiètent du renouveau d’une menace russe. Les autres États se préoccupent davantage de la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient et d’une riposte non-militaire au problème des flux migratoires ». François Géré ajoute que « Pour ressouder l’OTAN, il faudrait identifier une menace majeure – qui ne peut venir que de Russie – contre les États membres ou que les États-Unis acceptent de prendre en charge l’essentiel du fardeau de la défense de l’Europe ». Des options qui semblent difficiles à concrétiser, car les Européens ne sont pas convaincus par la menace russe, mais aussi, car l’actuel président américain refuse de payer et exige que les Européens augmentent leurs dépenses militaires afin de contribuer davantage à l’OTAN.

C’est dans ce contexte que s’est déroulée, les 14 et 15 février à Bruxelles, une rencontre réunissant les chefs de la diplomatie des pays membres de l’OTAN. Son objectif était de trouver des pistes de réflexion pour adapter les structures du commandement de l’OTAN « aux nouvelles menaces venant de certains États, au premier rang desquels la Russie ». En effet, cette dernière « n’est plus un partenaire tel qu’on l’avait envisagé en 2002, au moment de la création du conseil OTAN-Russie ». À cela s’ajoutent « les flux migratoires qui perturbent la sécurité mondiale », mais aussi « les progrès nucléaires nord-coréens et les développements militaires chinois ». D’après le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, cette demande d’adaptation de l’Alliance est proposée par ses responsables militaires. En revanche, nous n’en sommes qu’au début des pourparlers. Si tout va bien, les décisions concrètes seront prises lors de la réunion de juin afin d’être entérinées politiquement au sommet des 29 alliés qui se tiendra en juillet prochain à Bruxelles.

L’OTAN n’est pas seulement confrontée aux défis liés aux réformes et à l’adaptation de ses structures. Elle doit aussi convaincre ses alliés européens. C’est ce qui ressort de la conférence sur la sécurité qui s’est tenue à Munich le 16 février et qui réunissait les chefs d’État ou de gouvernement et ministres du monde entier. Par ailleurs, il était aussi question des relations entre l’UE et l’OTAN. Les ministres de la Défense français et allemand, tout en rassurant l’OTAN, ont déclaré : « Nous voulons rester transatlantiques et en même temps devenir plus européens ». Les deux ministres ont souligné la volonté du couple franco-allemand de relancer le projet de la défense européenne en indiquant : « Il faudra que nous ayons notre autonomie stratégique, dans le bon sens du terme, c’est-à-dire notre autonomie sans obliger les États-Unis à venir à notre chevet ». Rappelons que, en décembre 2017, l’Union européenne (UE) a lancé un projet de coopération afin de développer des capacités de défense et d’investir dans des projets communs. La ministre française, Florence Parly, n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler que son pays a annoncé qu’il allait consacrer, d’ici 2025, 2% de son PIB aux dépenses de défense. Inutile d’indiquer la crispation et la méfiance que ces déclarations suscitent auprès de l’OTAN et des Américains.

Plus de deux décennies après les tentatives de François Mitterrand de porter le projet d’une Europe de la défense comme alternative à l’OTAN, voilà qu’Emmanuel Macron reprend le flambeau en s’alliant à l’Allemagne.

S’agit-il réellement d’un bras de fer pour créer une véritable Europe de la défense capable d’agir indépendamment de l’OTAN et des Américains, ou bien sommes-nous juste témoins d’une posture afin de peser davantage dans les négociations qui auront lieu prochainement pour adapter les structures de commandements l’OTAN ?

Mireille Sadège, rédactrice en chef

 

 

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