Politique

Où en est l’Albanie face à l’Europe et ses crises ?

 

Alors que les Balkans se retrouvent en plein cœur de la crise migratoire, notamment lors de la fin de l’année 2015, qu’en est-il aujourd’hui de la situation de l’Albanie, ce petit pays balkanique à l’histoire si particulière et trop peu connue ?

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Sortie assez tardivement du communisme en 1991 et dirigée d’une main de fer par les leaders communiste Enver Hoxha de 1944 à 1985 puis Ramiz Alia de 1985 à 1991, ce petit pays 28 000 km2 et d’un peu plus de 3 millions d’habitants presque totalement entouré par de très hautes montagnes, dont le Mont Korab, 2 753 mètres (prolongement sud des Alpes dinariques) fut un des pays marxistes parmi les plus durs de la guerre froide, replié dans un isolement quasi-total. Le « Pays des Aigles » ne devait sortir de ce repli qu’au début des années 90, lors de la transition démocratique.. D’abord  avec le premier président de la nouvelle République d’Albanie, l’emblématique Sali Berisha. Leader de l’opposition démocratique, chef conservateur du Parti Démocratique, il fut Président de 1992 à 1997, puis Premier Ministre de 2005 à 2013. Il mit en place les premières réformes, mais ses mandats furent aussi l’époque de multiples crises économiques et sociales liées, pour la plupart, aux problèmes de corruption et à la situation complexifiée dans la région. Les dix années de guerre de dissolution de la Yougoslavie, de 1991 à 2001, avaient en effet dramatiquement ravivé le problème des minorités albanaises en-dehors de l’Albanie, tant au nord-est du pays avec le Kosovo – dont le statut est toujours très précaire – qu’à l’Est, avec une importante minorité albanaise en Macédoine.

Une fois la Yougoslavie désintégrée, la région connut une paix extrêmement fragile, et le début des années 2010 a sans cesse été marqué par des incidents graves liés aux diverses agitations de cette minorité albanaise dans les Balkans. Il faut dire que là encore la redéfinition territoriale de cette zone géographique rappelle gravement les problèmes de la région qui, dès les Traités de Paix des années 1919-1920, avait été découpée de manière hasardeuse. En découle une répartition très inégale des populations : le Kosovo, qui est toujours un état auto-proclamé de jure comporte une soi-disant minorité albanaise de près de 92%, tandis que la Macédoine voisine en compte environ 40%.

Tout cela produit donc une situation très instable dans la zone et, jusqu’à la crise de 2008 et ses conséquences, l’espoir de stabilisation résidait dans la reprise de la gestion de ces problèmes par une prise en main progressive de l’Union Européenne en intégrant au fur et à mesure tous ces états dans l’Union. Hélas depuis le début des années 2010, la crise économique et sociale européenne a ralenti tous ces processus et la crise migratoire actuelle, avec cette « route des Balkans » que des centaines de milliers de réfugiés syriens ont pris en 2015, a profondément déstabilisé toute la région, notamment suite à la fermeture des frontières par la construction de « murs » tant par la Hongrie ou encore récemment par la Slovénie.

Pourtant au milieu de cette situation assez assombrie toujours en ce printemps 2016, le « pays des aigles » poursuit son évolution et ses réformes. En 2013 l’Albanie a connu sa première alternance démocratique sans violence, avec la victoire du socialiste et ancien maire de Tirana, Edi Rama qui devait ainsi succéder au vieux leader historique de l’Albanie démocratique, Sali Berisha.

En fonction depuis le 15 septembre 2013, celui-ci reprends les démarches d’adhésion à l’Union européenne en axant principalement les réformes vers la modernisation des structures du pays et en premier lieu dans le domaine de la justice et de la lutte contre la corruption Ce sont, selon lui, les deux conditions sine qua non de l’entrée de l’Albanie dans l’Union Européenne, sur fond d’adaptation de l’économie du pays aux enjeux actuels assorti d’une communication très active et moderne s’appuyant beaucoup sur les réseaux sociaux. De son côté l’opposition du Parti Démocratique autour de son vieux leader Sali Berisha et de ses successeurs se réorganise, ce dernier s’étant encore récemment en janvier exprimé sur la situation de la minorité albanaise de Macédoine.

On le voit donc l’Albanie au printemps 2016 a tout son rôle à jouer pour la stabilisation de la région tant au niveau de ses importantes minorités dans les pays voisins, que de solutions régionales à trouver face à la crise migratoire. Cette stabilisation passera aussi par  la poursuite de la modernisation du pays en cours par son actuel premier ministre. La dynamique de l’adhésion à l’Union européenne réside probablement en une solution régionale globale face aux problèmes évoqués. Cela sera alors sans doute la concrétisation de la stabilisation d’une région jugée traditionnellement incertaine et, ne l’oublions pas, profondément encore meurtrie par la guerre de dissolution de l’ex-Yougoslavie dont les plaies ne sont pas encore totalement refermées.

 

Dr. Olivier Buirette

1 Comment

  1. Olivier Buirette

    Hello, your contribution is awful. You know very good Albania and you do an relation vey weak ..Do you remember the Years after the 11/9 when you are involved in a program of  » cooperation  » with Bulgarian universities ? Wishes

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