Politique, Société

Ouverture du procès des deux journalistes opposants au pouvoir

Aujourd’hui commence l’un des procès les plus importants de la Turquie. C’est celui des deux journalistes du quotidien d’opposition Cumhuriyet, Can Dündar et Erdem Gül. Inculpés d’espionnage, divulgation de secrets d’Etat, tentative de coup d’Etat et assistance à une organisation terroriste, ils risquent la prison à vie.

C’est avec ces petites lunettes rondes, ses cheveux ébouriffés et de son humour noir que Can Dündar arrive au procès qui se déroule à huit clos. Suivi de son acolyte, Erdem Gül son chef de bureau à Ankara, ils ont été accueilli au palais de justice sous des flots applaudissements d’environ 200 partisans, collègues, élus de l’opposition ou simples citoyens. Un solgan  revient sans cesse :  » Vous ne ferez pas taire la liberté de la presse ».

Ce procès intervient dans un contexte de répression accrue avec l’expulsion de correspondants de la presse étrangère et la mise sous tutelle du journal Zaman. Inculpés d’espionnage, divulgation de secrets d’Etat, tentative de coup d’Etat et assistance à une organisation terroriste, les deux hommes ont déjà passé plus de 90 jours en détention provisoire.

Rappelez-vous, c’est en 2014 que le journal Cumhuriyet avait publié un long article,  photos et vidéo à l’appuis, sur des livraisons d’armes par des camions de service de renseignement turc aux rebelles islamistes en Syrie. Cela a provoqué une colère titanesque du pouvoir, le chef de l’Etat a déposé une plainte contre les journalistes. Ils ont alors passé 90 jours en détention provisoire. Mais la Cour Constitutionnelle de la Turquie, une institution politique qui n’est pas totalement sous le contrôle du pouvoir, a statué que les journalistes avaient été arrêtés en violation de la loi. Le mois derniers, ils ont été placés en résidence surveillée. Mais cela n’est pas au goût du chef de l’Etat, il a même menacé de dissoudre cet organe politique.

Des écrivains du monde entier soutiennent les deux journalistes

C’est pas moins d’une centaine d’écrivains qui ont envoyé une lettre au premier ministre turc Ahmet Davutoglu à la veille du procès. Toutes ces plumes soutiennent  Can Dündar et Erdem Gül. On peut citer Margareth Atwood, une poètesse canadienne, le Sud-African J.M. Coetzee, et Mario Vargas Llosa écrivain péruvien ayant reçu le prix Nobel. Ils insistent pour que les autorités turques cessent leurs poursuites contre les journalistes et respectent le droit à la liberté d’expression. La Turquie arrive à la 149e place sur 180 dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporter Sans Frontière. Le nouveau livre de Can Dündar sort aujourd’hui, baptisé “Nous avons été arrêtés” (“Tutuklandik” en turc). Il révèle l’origine des informations qui lui ont permis d’accuser le gouvernement d’avoir livré des armes aux islamistes.

D.A.

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