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[(P5+1)14072015 – Donald Trump08052018]

Le 8 mai dernier, face aux caméras, le président américain Donald Trump, dans le Bureau Oval, a annulé unilatéralement, d’une signature grandiloquente, l’accord international sur le nucléaire iranien (PAGC). Signé avec l’Iran le 14 juillet 2015 pour 12 ans, il était le résultat de négociations diplomatiques multilatérales comprenant l’ONU et l’Union européenne (UE). [(P5+1)14072015 – Donald Trump08052018] = [Boeing, Airbus, Total, Renault, Peugeot, BNP Paribas et…] Et bien plus encore… L’équation sera-t-elle détruite ?

L’Occident, et surtout les États-Unis, veut maintenir l’Iran sous pression, sans utiliser d’armes ni de soldats. Pour se faire, l’embargo est un outil redoutable.

En termes de ressources naturelles, l’Iran est un pays riche puisqu’il détient notamment 18 % des réserves de gaz naturel connues dans le monde. Il occupe ainsi la première place mondiale. L’Iran est suivi par la Russie (17 %) et par le Qatar (13,5 %).

Si les réserves de gaz naturel connues devraient suffire pour la consommation mondiale durant encore 50 ans, en réalité nous détenons encore suffisamment de réserves pour les 250 ans à venir si l’on prend en compte, par exemple, le gaz de schiste. Étant donné que le gaz naturel continuera d’être crucial, l’Iran ne disparaîtra pas si facilement de l’ordre du jour ; et ce d’autant plus que le pays détient 9% des ressources pétrolières mondiales. Dès lors, si l’Iran peut continuer à extraire ce gaz et ce pétrole, les acheminer sur les marchés mondiaux, Téhéran pourra en retirer des revenus considérables utiles à son développement et à son industrialisation, mais aussi indispensables pour la prospérité de son peuple et sa puissance.

Par ailleurs, notons que si une partie considérable du pays est désertique, l’Iran compte 80 millions d’habitants – dont près de la moitié a des origines turques – et a une superficie deux fois et demie supérieure à celle de la Turquie.  Selon les estimations, la population s’élèvera à 160 millions d’habitants en 2050. Cette ressource humaine ne fait qu’augmenter le potentiel énergétique de l’Iran, et pour empêcher ce phénomène, l’Occident, à commencer par les États-Unis, se tourne vers l’embargo.

En réalité, les pays du bloc de l’ouest – l’Angleterre, la France et l’Allemagne – se sont efforcés en avril et en mai de sauver l’Accord 5+1. Ils ont tenté de convaincre le président américain, en vain. Cet échec n’est pas une surprise dans la mesure où Trump, qui souhaite réaliser les souhaits de ses faucons et renverser le régime iranien, se bornait dès le début de sa campagne à déclarer avec insistance qu’il allait annuler cet accord.

L’Iran est entré dans le secteur de l’énergie nucléaire dans les années 1970. En 1979, après le renversement du Shah, le pays a été forcé de cesser ses activités qu’il reprendra dans les années 1990. Finalement, au début des années 2010, Téhéran a été en mesure d’atteindre le seuil d’enrichissement nécessaire pour fabriquer la bombe atomique. Selon des sources occidentales, si l’Iran avait pu poursuivre davantage l’enrichissement de son uranium, le pays aurait été très proche du stade de fabrication de la bombe atomique. Certains disent même qu’ils l’ont fait ! Le mystère demeure …

Selon l’accord 5+1, cosigné par les cinq membres du Conseil de sécurité et l’Allemagne, l’Iran ne fabriquera pas de bombe atomique pendant dix ans à compter de la signature de l’accord. Le pays est par ailleurs soumis aux inspections et aux contrôles de l’Agence internationale de l’énergie atomique. L’Iran a accepté toutes les conditions de l’Occident afin de récupérer l’argent du pétrole qui avait été saisi à l’étranger, mais aussi, grâce à la levée de l’embargo, afin de vendre son gaz et son pétrole et ainsi lui assurer des rentrées régulières de devises.

Les choses ne se sont pas déroulées comme l’Iran et les pays européens l’avaient prévu. Le 8 mai dernier, le président américain a annoncé que les États-Unis se retiraient de l’accord.

Désormais, le problème principal est que l’Iran soutient que l’accord doit être respecté puisqu’il constitue une convention internationale adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies. S’il est vrai que l’Amérique de Donald Trump peut se retirer, l’accord n’est pas mort. En revanche, avec le retrait des États-Unis, l’accord sera en pratique enterré puisque les dollars américains sont utilisés comme devises mondiales et les transactions internationales sont effectuées selon le système bancaire américain. Il est évident que les États-Unis n’hésiteront pas à brandir contre les pays tiers les menaces de sanction comme ils l’ont fait ces dernières années. Tant que les Américains disposeront à leur gré et unilatéralement d’un pouvoir de sanction, aucune société et banque européenne ne pourra s’engager dans des relations d’affaires avec l’Ian. Ainsi, en pratique, l’accord est quasi annulé. Est-ce que les banques et les sociétés européennes auront l’aplomb de répliquer en soutenant que l’accord avec l’Iran est toujours en vigueur ? Elles n’en auront probablement pas le courage, puisque les États-Unis ont déjà sévèrement sanctionné les banques françaises et allemandes.

Conformément à l’Accord, les Américains devaient libérer un actif de 100 milliards de dollars en échange de l’acceptation par l’Iran du contrôle du nucléaire et l’arrêt de la fabrication de la bombe atomique… Suite à quoi l’Iran a commandé 100 Boeing aux États-Unis et 100 Airbus à la France. Il est désormais question d’annuler ces commandes…

Entre temps, le Premier ministre israélien a déclaré : « Ils vont fabriquer la bombe, ils l’ont d’ailleurs déjà fabriqué en secret, ils la possèdent ! » Des allégations qui interviennent alors que, selon les données des Nations Unies, Israël dispose de 80 bombes atomiques. Certains scientifiques affirment que ce chiffre tourne en réalité autour de quelques centaines. Une autre inquiétude d’Israël est que l’Iran puisse augmenter son soutien au Hezbollah alors que Tel-Aviv a déjà de son côté l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et certains autres États arabes.

Quant au déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, qui a entrainé la mort d’environ 70 personnes et a provoqué des milliers de blessés, force est de constater que ce n’est pas conforme au droit international. Le fait de déclarer Jérusalem capitale d’Israël est contraire aux décisions des Nations unies, et au lieu de se diriger vers une solution à deux États où coexisteraient la Palestine et Israël, une solution à un seul État est actuellement mise en œuvre.

Pendant ce temps, afin de garder le Golan sous contrôle, l’armée israélienne bombarde silencieusement la Syrie. Comme on le sait, les ressources en eau du plateau proviennent des hauteurs du Golan. Lorsque le plateau du Golan est contrôlé, il est plus facile de contrôler Damas. Tout en faisant sans cesse pleuvoir des missiles sur les endroits où se concentre le Hezbollah, soutenu par l’Iran, et les milices iraniennes, le Premier ministre israélien Netanyahu continue de menacer Assad.

Tout laisse à penser que la guerre en Syrie est dans l’intérêt du couple israélo-américain. Il semble donc qu’ils désirent que la guerre se poursuive, que le Hezbollah soit anéanti, que la Syrie soit morcelée et qu’un cheikh arrive au pouvoir… Par conséquent, il est question du soutien au PKK, au PYD, et de maintenir sous pression la Turquie qui a lancé l’opération Bouclier de l’Euphrate et qui intervient à Afrin.

Pendant ce temps, le porte-parole américain du Département d’État a annoncé : « Nous retirerons les troupes américaines de là-bas ! » Pourquoi les retireraient-ils ? La raison est évidente : en novembre prochain, il y aura des élections aux États-Unis. Un tiers du Sénat et la totalité de la Chambre des représentants seront renouvelés. Les Républicains ne doivent pas perdre ces élections. D’où leur déclaration quant au retrait de leurs soldats. « Regardez, nous avons ramené nos héros en toute sécurité », s’enorgueilliront-ils. Outre ce succès militaire qu’ils veulent mettre en évidence, sur le plan économique, la situation est bonne aux États-Unis. Dans l’Amérique de Trump, le chômage est au plus bas, mais le président échoue en matière de politique étrangère et les gens n’ont pas confiance en lui sur ce sujet ! Le taux de satisfaction, qui serait de l’ordre de 40 %, pousse Trump, qui veut être élu pour un second mandat, dans les bras de ses faucons. Ainsi, les préparatifs pour la période à venir ont déjà commencé !

En définitive, le fait que le Moyen-Orient soit en feu, étrangement, n’ébranle pas l’Amérique. Même s’ils ne voient aucun problème dans la poursuite de la guerre, cette situation préoccupe sérieusement l’Europe et les pays de la région, à commencer par la Turquie, qui font face à des vagues de réfugiés. L’Europe refusant cette situation, les intérêts européens et américains vont s’opposer tandis que les intérêts de la Turquie et de l’Europe convergent.

Désormais, procédons à une évaluation générale. Avec cette manœuvre contre l’Iran, Trump a obtenu un succès à court terme, a coupé l’herbe sous le pied à la Turquie et à l’Europe, et a mis les peuples de la région dans une situation dangereuse ! Mais, avec ce comportement, le principal perdant sera, à long terme, les États-Unis.

Le faucon dans l’administration américaine qui a le plus poussé à l’annulation de l’Accord n’agit pas pour le bien d’Israël. Au contraire, il fait du tort au peuple israélien, et naturellement les pays de la région, dont la Turquie, sont menacés. En raison de la menace qui plane sur l’intégrité territoriale de la Syrie, la Turquie poursuit l’opération Bouclier de l’Euphrate, tandis que le porte-parole du département d’État américain déclare : « Après le départ des soldats américains, nous allons constituer une nouvelle force composée des Turcs, de l’armée turque, d’Israël, de la Jordanie et des Forces démocratiques syriennes, du PKK et du PYD ! » Cela semble impossible. Auparavant, ils avaient annoncé vouloir y amener les forces militaires égyptiennes et saoudiennes. Ils présentent diverses alternatives aux pays de la région, comme s’ils leur laissaient le choix. À aucun moment, les mots « Russie » et « Iran » ne sont prononcés.

Dans cette situation trouble, la Turquie doit faire des choix et agir. D’abord, elle doit maintenir ses efforts pour que la guerre civile en Syrie se termine. Cela devrait être sa priorité pour stopper les flux de réfugiés et pour permettre la reconstruction à la frontière sud de la Turquie qui sera sécurisée. De plus, la lutte contre le terrorisme doit se poursuivre aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Bien sûr, les États-Unis s’opposeront à la Turquie. Il faut que la Turquie soit en mesure de dire à l’Amérique : « Nos intérêts ne convergent pas avec les vôtres à ce stade. Nous ne pensons pas la même chose et nous ne pouvons avoir la même manière de nous comporter. »

La deuxième chose à faire – et c’est le principal point faible de la Turquie – est de stopper le déficit du commerce extérieur (100 milliards) et l’augmentation constante de la dette extérieure. Une situation insoutenable ! C’est pourquoi la pression du dollar sur l’économie devrait être levée. Pour cela, une mobilisation de la production devrait être entreprise par exemple en  réexaminant la politique agricole. Les denrées alimentaires constituent un élément stratégique sur la scène internationale. L’objectif de la Turquie devrait donc être à la fois de se nourrir et de nourrir le monde. Ce faisant, nous devons accorder une grande importance à l’agriculture ainsi qu’à l’industrie. Mais le principal problème auquel il faut prêter attention ce sont les normes internationales !

Dr. Hüseyin Latif, directeur de publication

 

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