Société

Palais de France : une soirée hommage aux travailleurs français d’origine turque

receptionpalaisdefrance

À l’occasion du cinquantième anniversaire de la signature de l’accord bilatéral de main d’œuvre entre la France et la Turquie, le 8 avril 1965, une série d’événements pour rendre hommage aux travailleurs franco-turcs a eu lieu tout au long de la semaine à l’Institut français d’études anatoliennes, à l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration, et au Palais de France d’Istanbul.

consuldefrance istanbulHier soir, lors d’une cérémonie hommage à ces familles turques ayant émigré en France, le Consul général de France à Istanbul, Muriel Domenach, a tenu à exprimer « sa fierté et sa reconnaissance » envers « la contribution des Turcs venus s’installer au sein de la société française ».

« Nous savons que cela n’a pas toujours été chose facile pour eux, la jeune réalisatrice Müret nous l’a rappelé avec beaucoup d’émotion hier soir », a-t-elle ajouté en référence à la projection du film Annem ve Babam/Ma mère et mon père qui avait eu lieu la veille. Dans ce documentaire, Müret İşitmez, la jeune réalisatrice française d’origine turque, dresse un portrait croisé de ses parents Gülperi et Hasan qui témoigne de leur histoire, des difficultés qu’ils ont rencontrées avant et après être partis travailler en France, laissant derrière eux leur passé, leur village et leur famille.

Un témoignage poignant qui évoque plus largement l’histoire de nombreuses familles turques qui ont rejoint la France dans les années 1970. Gilles Özgür Erdoğan, Français d’origine turque et directeur de Vinci Concessions Turquie, a également partagé son histoire, et son déchirement après le départ de son père :

« Dans le film de Müret, on a vu les conséquences du départ de son père sur sa mère, mais pas sur les enfants. Quand j’avais quatre ans, et que mon père est parti travailler en France, ça a d’abord été un déchirement. La deuxième phase, c’est la surprise, car mon père qui s’en est allé est revenu nous voir au bout de quelques années. Ensuite vient la phase de la découverte et de la curiosité envers un nouveau pays, ça peut prendre du temps. Moi j’ai fait ce trajet sur une semaine, avec en fond sonore, Brassens, Brel, Mireille Mathieu, un français avec des R roulés exceptionnels.

Puis quand on arrive, vient alors la désillusion, la difficulté d’adaptation, la nostalgie du pays qu’on a laissé derrière nous. Et enfin, la quête identitaire, qui suis-je ? Est-ce que je suis turc, français ou bien un peu des deux ? Pourquoi suis-je toujours en décalage permanent avec les autres ? C’était peut-être insignifiant pour les autres, mais pour moi ça avait son importance.

Et finalement, c’est un peu en bas âge, qu’on découvre la richesse de l’altérité, vous êtes un peu turc, un peu français, vous êtes un peu un mélange des deux cultures. Pour ma part, c’est un peu plus compliqué, car j’ai aussi du sang arménien et alévi, mais je crois que c’est l’altérité qui fait notre richesse », a-t-il expliqué avec émotion.

consulfranceetdirecteur vinci

Lors de cette soirée, Gilles Özgür Erdoğan a également souligné l’importance de l’éducation qui constitue pour lui, la première phase d’intégration en France : « Je tiens à rendre hommage à l’école républicaine. Grâce à elle j’ai pu faire de belles études. J’aimerais que les autorités en place éliminent toute forme de ghettoïsation et réfléchissent plus sérieusement à cette question », a-t-il ajouté.

directricetraitdunionDe son côté, Jülide Yaşar Soncu, présidente de l’association Trait d’Union, voit en cette soirée un « hommage à ses parents qui ont du faire des sacrifices ». Elle même française d’origine turque, elle s’est aussi reconnue dans le film de Müret İşitmez : « Même si les histoires personnelles sont différentes, le parcours reste le même. Son père pourrait être le mien, sa mère pourrait être la mienne », considère-t-elle.

Pour elle, cette soirée constituait en quelque sorte « une reconnaissance de la part des institutions françaises » envers ces travailleurs d’origine turque. Même si Jülide se sent à la fois turque et française, elle reconnaît aussi avoir connu des difficultés en France, et même avoir parfois rencontré des problèmes de discrimination liés à ses origines. « Il y a eu des difficultés, mais on a été aidés par des travailleurs sociaux et les instituteurs. Les difficultés sont arrivées beaucoup plus tard avec les discriminations, la difficulté d’accès à l’emploi », se souvient-elle.

Aurore Cros

Trackbacks / Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *