Découverte

Pamukkale et Éphèse : voyage à travers les siècles

La Turquie peut se targuer de posséder l’un des plus riches patrimoines archéologiques antiques dans le monde, tout comme des sites naturels exceptionnels. Pamukkale ainsi qu’Éphèse et ses environs en sont deux lieux emblématiques. Alors, le temps d’un week-end prolongé, pourquoi ne pas aller visiter ces deux sites grandioses, situés seulement à trois heures de route l’un de l’autre ? La ballade ravira autant les amateurs de vieilles pierres que les amoureux de la nature et des beaux paysages.

pamukkale
Pamukkale

Le périple commence au Sud-Ouest de la Turquie, dans le village de Pamukkale, appartenant à la province de Denizli. A peine arrivé, impossible de manquer les larges escaliers blancs dévalant les collines alentours. Ce sont les piscines en terrasse (appelées aussi « terrasses en travertin ») que vous pouvez apercevoir au loin. Elles ont donné son nom à la ville en contrebas, Pamukkale, qui veut dire « château de coton » en turc. On peut observer ce phénomène géologique dans un peu moins d’une dizaines de lieux dans le monde, par exemple à Huanglong en Chine ou au parc national de Yellowstone aux États-Unis. Ici, sur une falaise de près de 200 m, de l’eau chaude saturée en calcite a dévalé la pente et celui-ci s’est déposé, sous forme pâteuse, sur les flancs de la colline avant de durcir après évaporation de l’eau. Cela a donné une succession de « vasques en gradins », autrement dit ces petits bassins à débordement superposés les uns sur les autres dans lesquels vous pouvez circuler pieds nus et même vous baigner, avec une vue splendide sur la vallée et Denizli au loin. C’est un peu plus haut qu’à été établie  au Iième siècle av. J.C., par un roi de Pergame, la cité de Hiérapolis, exemple exceptionnel d’installations thermales gréco-romaines. Les sources d’eau chaude du site étaient réputées pour leurs vertus thérapeutiques. Les ruines y sont très bien conservées et vous pourrez y observer entre autres une immense nécropole de près d’un kilomètre de quelque 1 000 tombes et sarcophages ainsi qu’un monument chrétien, le martyrium de Saint Philippe, élevé à la mémoire de l’apôtre crucifié ici vers l’an 87. Depuis des centaines d’années, le tourisme a été l’une des principales activités de la région mais l’accélération des constructions sauvages d’hôtels et restaurants sur les lieux mêmes du site avait considérablement contribué à dégrader le bon état de conservation des lieux, noircissant par exemple les vasques. La nomination du site au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998 a heureusement permis sa protection et sa remise en état, pour le plus grand bonheur des visiteurs.

Hierapolis
Hiérapolis

La magie des piscines sculptées de calcaire vous a enchanté et le site archéologique de Hiérapolis vous a mis l’eau à la bouche, vous pouvez maintenant reprendre la route en direction d’Éphèse.

Biblio-de-Celsius
La bibliothèque de Celcius

Première cité ionienne, elle fut conquise au Ier siècle av. J.-C. par les Romains. C’est à cette époque, alors devenue capitale de la province romaine d’Asie, qu’elle atteint son âge d’or. Située à l’embouchure du fleuve anatolien Caystre, c’était l’un des ports les plus actifs avec ceux de Rome et d’Alexandrie. Elle comptait près de 200 000 habitants. C’est aussi l’un des berceaux de la chrétienté. En effet, après Jérusalem et Antioche, c’était l’un des diocèses les plus importants et elle fait partie des sept Églises d’Asie mentionnées dans le livre de l’Apocalypse. Mais la chance tourne à partir du IVème siècle. Probablement à la fois victime d’un ensablement et de tremblements de terre qui ont déplacé les côtés vers l’ouest, la cité est progressivement laissée à l’abandon. On peut maintenant visiter ses vestiges qui sont  parmi les plus spectaculaires de Turquie. Pour apprécier la ballade, il est préférable d’arriver par l’entrée nord afin d’éviter les hordes de touristes déposés en cars en l’entrée sud. Le temps qu’ils effectuent la traversée du site, vous devriez avoir assez de temps pour visiter à l’écart de la foule les deux principaux monuments que sont le grand théâtre et la bibliothèque de Celcius. Ce théâtre est considéré comme le plus grand au monde ! Quelque 24 000 spectateurs pouvaient assister en même temps aux combats de gladiateurs qui s’y déroulaient. La bibliothèque est encore plus impressionnante avec sa magnifique façade. Élevée au IIème siècle av. J.C. par le fils du gouverneur Celsius en hommage à son père, elle renfermait des milliers d’ouvrages. Enfin, pour un droit d’entrée supplémentaire à payer, vous pouvez accéder aux maisons en terrasses. Elles valent vraiment le coup d’œil. Leur excellent état de conservation, avec de multiples fresques et graffitis, transportent l’imagination du visiteur jusque dans la vie des patriciens d’Éphèse.

 Efes
Le théâtre d’Ephèse

Si vous n’êtes pas pressés, passer une nuit ou deux dans la ville voisine de Selçuk peut s’avérer utile voire nécessaire pour mieux profiter de la région. Située seulement à trois kilomètres à l’Ouest d’Éphèse, sur la colline d’Ayasuluk, sa localisation est idéale pour ceux qui cherchent un hébergement à proximité du site, tout en restant à l’écart du tourisme de masse puisque la plupart des circuits n’y font une halte que pour la journée. La ville dispose d’autre part de lieux dignes d’intérêts. Une après-midi, allez donc vous balader le long de Saint Jean Caddesi. Elle est ainsi nommée en référence à la basilique Saint Jean dont les vestiges bordent l’avenue. Érigée au Vème siècle sur la tombe de l’apôtre, elle a été détruite par un tremblement de terre puis reconstruite le siècle suivant dans des dimensions beaucoup plus monumentales par l’empereur Justinien. Du promontoire sur lequel se trouve la basilique, vous avez une vue magnifique sur la forteresse  d’Ayasuluk, en hauteur, et sur la vallée ainsi que la mosquée d’Isa Bey, en contrebas. Cette dernière vaut aussi le détour car c’est l’un des seuls monuments de l’Ouest anatolien dont on ressent dans l’architecture l’influence des Seldjoukides d’Iran ; de quoi, encore, éveiller votre imagination.

Justine Babin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *