Société

Une parade festive… mais pas frivole

Dervish Gay PrideDes dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées dimanche 29 juin au 22ème rassemblement de défenseurs des droits de la communauté LGBT à Istanbul. S’engouffrant dans la rue Istiklal depuis la place Taksim, les manifestants défendaient les droits des minorités sexuelles.

La parade n’était cependant pas exempte de connotations politiques, à s’en référer aux slogans que la foule, jeune et enthousiaste, haranguait, côtoyant « Nous sommes les soldats de Freddy Mercury ». Depuis 2013, les manifestations sont interdites à Taksim par les autorités afin d’étouffer le feu qui couve dans certains segments de la population depuis les semaines d’occupation du parc de Gezi.
Ce défilé a ouvert une marge d’expression dans un espace public urbain étroitement contrôlé par la police turque. L’habituel drapeau arc-en-ciel géant était ainsi accompagné d’un drapeau mettant en scène les martyrs de Gezi, tués lors des manifestations. Les routes avaient été bloquées au matin par les canons à eau de la police, tout comme l’accès à la place Tünel, point d’arrivée traditionnel des défilés. Très présente, elle a balisé le parcours du défilé, et s’est amassée au bout d’Istiklal Caddesi, équipée d’armes anti-émeute.
Le défilé s’est cependant terminé pacifiquement, les militants s’égayant pour poursuivre les festivités vers les terrasses adjacentes ou s’organisant spontanément en un sit-in peu commun à Istanbul.
Ce défilé constituait l’apothéose du festival international de la Pride Week, qui avait débuté par un rassemblement à Istanbul de transsexuels et travestis, venant de toute la région turco-iranienne.

Discrimination et homophobie perdurent

Gay pride IstanbulDe tels événements sont d’autant plus nécessaires que les conditions de vie et d’intégration des minorités sexuelles en Turquie restent parfois rétrogrades. Pays à 95% musulman, la Turquie est plus clémente que d’autres envers la communauté LGBT, mais l’homophobie y reste très répandue. Les conditions imposées à la Turquie par la Commission européenne pour progresser dans le processus d’intégration à l’Union européenne s’y réfèrent, tout comme la Cour Européenne des Droits de l’homme. Le dernier rapport de la Cour, en octobre 2013, appelle ainsi à étoffer la législation turque pour lutter contre les discriminations basées sur l’identité ou l’orientation sexuelles.
Les licenciements basés sur ces critères ne sont pas punis par la loi, les services publics et de santé en sont parfois accusés également ; quant à l’armée turque, elle désigne l’homosexualité comme une maladie « psycho-sexuelle » et refuse la participation des homosexuels au service militaire.
Dans la vie quotidienne, la communauté LGBT s’expose à des amendes et à la discrimination sous le coup de certains articles du Code Pénal turc (interdiction de l’exhibitionnisme, troubles à l’ordre public).

Aprilia Viale

1 Comment

  1. cecile Paul-Bellion

    Merci pour ce bel article : même si l’intolérance a encore de beaux jours devant elle, un tel compte -rendu témoigne du courage et de la force des minorités qui doivent continuer à manifester calmement pour revendiquer leur droit de citoyen…en Turquie , en France et partout dans le monde.

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