Art, Culture

Paul Badura-Skoda : le secret d’un grand pianiste

La salle de concert de Notre-Dame de Sion avait accueilli le 19 septembre dernier un artiste d’exception : Paul Badura-Skoda, pianiste connu dans le monde entier, avait fait son entrée dans le petit théâtre stambouliote. Il a accepté de venir à Istanbul sous l’impulsion de l’un de ses proches amis, Franck Ciup, qui avait lui-même accompagné la lecture de textes de Christian Bobin le 15 septembre, toujours à l’initiative du lycée Notre-Dame de Sion. Rencontre avec cet artiste humble et passionné.

Paul-Badura-Skoda

La musique de Paul Badura-Skoda n’est pas une musique comme les autres. Plus qu’une simple juxtaposition de notes harmonieusement orchestrées, la mélodie parle au cœur. Les quelques paroles du génie lyrique Alphonse de Lamartine dans une préface aux Méditations poétiques prennent tout leur sens aux côtés de Paul Badura-Skoda : « Je suis le premier qui aie fait descendre la poésie du Parnasse, et qui aie donné à ce qu’on nommait la muse, au lieu d’une lyre à sept cordes de convention, les fibres mêmes du cœur de l’homme, touchées et émues par les innombrables frissons de l’âme et de la nature. »

Ce grand pianiste envisageait à l’origine de suivre des études d’ingénieur : « Depuis mon enfance j’ai entendu jouer Brahms, Chopin, Beethoven mais je n’avais pas l’intention de devenir musicien. Je voulais devenir ingénieur et étudier les mathématiques, la chimie, les sciences naturelles, la physique. » Heureusement, ses parents et professeurs lui détectent un talent certain et incitent le jeune homme à poursuivre dans cette voie : « A l’âge de 15 ans, j’ai abandonné l’intention de devenir le plus grand ingénieur du monde, de faire des inventions fantastiques pour la circulation, d’aller sur la lune etc., et je suis devenu un pianiste modeste », confie-t-il.

Paul Badura-Skoda a véritablement pu épanouir son talent suite à sa rencontre avec le grand maître pianiste Edwin Fischer. A partir de ses 12 ans, Paul Badura-Skoda écoute la radio ainsi que des disques, et assiste aux concerts de plusieurs grands musiciens : « C’est comme ça que j’ai entendu Edwin Fischer pour la première fois. Il est devenu mon idole, il incarnait le modèle de grand musicien que je voulais suivre. » Mais qu’est-ce qu’un grand musicien ? « C’était un homme de grande bonté et de grande culture. Ça ne suffit pas de jouer les notes, il faut leur insuffler de la vie, tout ce qui est beau dans la vie humaine, et Fisher était capable de donner ça dans sa musique. »

Ce digne successeur d’Edwin Fischer récuse la performance qui néglige toute sensibilité : « Parfois il y a des virtuoses mais c’est plutôt comme du sport. La perfection des doigts, c’est fantastique, et c’est un peu comme une acrobatie, mais très peu de pianistes parlent avec le cœur, très peu savent émouvoir le public ».

Avec_Edwin_Fischer_en_1954

Avec Edwin Fischer en 1954.

Paul Badura-Skoda était très proche d’Edwin Fischer, spécialement lors des douze dernières années de sa vie. Et c’est le secret le plus important de sa vie d’artiste qui lui a alors  été confié : « Il nous a appris à chercher la vérité. A ne pas chercher le succès pour le succès. Sans vanité. Être au service de la musique, c’est cela l’humilité des grands artistes.  Les grands maîtres eux-mêmes sont au service de la musique éternelle. C’est une chaîne qui va de Dieu jusqu’au cœur. » Cette richesse de l’âme du pianiste est palpable dans sa musique. Les notes à travers ses doigts, caressant les touches du clavier, ne sont plus de simples vibrations de l’air mais des échos lointains ou proches du cœur de l’homme, de sa vie, de ses souffrances mais aussi et surtout de son espérance.

Anne-Laure Gatin

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