International, Politique

PEGIDA : La face cachée de l’Europe

PEGIDA (Patriotische Europäer Gegen die Islamisierung des Abendlandes), qui en français correspond aux Patriotes européens contre l’Islamisation de l’Occident, est un mouvement populaire qui s’est créé de manière spontanée en Allemagne. Depuis le mois d’octobre 2014, ce mouvement se réunit et manifeste tous les lundis soir dans un parc de Dresde, capitale de la Saxe.PEGIDA 1L’objectif de PEGIDA est avant tout de dénoncer ce que ses membres appellent « l’islamisation de la société allemande qui diluerait la culture chrétienne de l’Allemagne ». Il développe ainsi un argumentaire ayant pour but de démontrer que l’islam n’a pas sa place en Europe, en particulier en Allemagne, du fait de son incompatibilité avec les valeurs européennes. C’est pour cela que ces rassemblements sont perçus, par les médias et les autorités européennes, comme racistes et islamophobes, et accusés d’inciter a la haine raciale. Toutefois, ce mouvement se revendiquant sans parti politique, populaire et citoyen, se défend de toutes les accusations dont il fait l’objet. PEGIDA prétend ainsi combattre « toute les formes de radicalisme et de fanatisme religieux », une position censée être illustrée par le logo du mouvement, représentant une croix gammée, un drapeau communiste, un étendard de l’État Islamique, et un emblème de l’action anti-fasciste, tous mis a la poubelle.

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Selon les partisans du groupe, les dernières attaques terroristes dont a été victime la rédaction de Charlie Hebdo a Paris valident les arguments de PEGIDA et l’inquiétude populaire en AllemagnePEGIDA 2. Cette idée a été corroborée par un nombre record de participations à la manifestation du lundi 12 janvier ayant suivi ces attentats. En effet, ces rassemblements connaissent un succès grandissant, en premier lieu a Dresde, mais aussi dans toute l’Allemagne, voire dans le reste de l’Europe. La première manifestation, qui s’était tenue en octobre 2014, avait réuni 500 personnes, 12 semaines plus tard c’était environ 20 000 personnes qui se rassemblaient dans le parc de la ville et, désormais, le phénomène est copié dans plusieurs villes allemandes.

Ce succès inquiétant a amené Angela Merkel, la chancelière allemande, à condamner fermement ces manifestations qu’elle considère être des rassemblements “racistes”. Cet avis est largement soutenu par une majorité d’Allemands qui a décidé d’organiser des contre-manifestations a chaque fois plus nombreuses que les rassemblements de PEGIDA. Ce constat fut particulièrement prégnant le 12 janvier quand, en Allemagne, 100 000 personnes ont défilé contre l’intolérance.

Toutefois, la progression de PEGIDA n’est pas a négliger. Le mouvement s’exporte désormais en Europe, notamment en Espagne où il s’appuie sur les partis d’extrême-droite et nationalistes locaux pour étendre son influence et organiser des manifestations. C’est ainsi un double jeu, celui d’une récupération des inquiétudes populaires européennes et celui d’une mise en place d’une fédération européenne d’extrême droite, que joue PEGIDA. Pour finir, on peut craindre que ce mouvement soit précurseur de l’émergence d’une nouvelle forme de populisme unifié en Europe, sur la base d’un contexte de crise économique, de rejet de l’islam et de retour aux valeurs chrétiennes.

Thomas Nicod

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