Economie, International, Politique

Petit panorama de l’état des relations internationales à l’automne 2017

L’occasion de publier un article dans le numéro 150 d’Aujourd’hui la Turquie me rappelle qu’il y a 11 ans de cela, en 2006, j’avais la chance d’entrer dans cette belle aventure de presse en tant que chroniqueur. J’ai donc pensé qu’il serait intéressant de brosser un rapide panorama de l’état des relations internationales alors que se profile l’automne 2017. Pour ma part, je retiendrai ici cinq axes principaux qui, ces derniers mois, n’ont cessé de connaître des évolutions importantes et que je souhaite ici vous faire partager.En premier lieu, nous pouvons évoquer le monde russe et le pouvoir toujours grandissant de Vladimir Poutine qui, face à une transition difficile aux États-Unis entre Obama et Trump, n’a jamais cessé d’aller de l’avant malgré les élections présidentielles russes qui s’annoncent pour 2018 avec une opposition qui semble se reconstituer. Il n’en demeure pas moins que les avantages stratégiques acquis par le président russe sont là, en commençant par l’annexion – aux dépens de l’Ukraine – de la Crimée qui reste un acquis malgré les protestations internationales. On y ajoutera une incontestable emprise stratégique obtenue au Proche Orient avec le rôle décisif de Moscou dans le sauvetage du régime de Bachar al-Assad en Syrie et les bases permanentes que la Russie y possède désormais à Tartous, mais aussi ailleurs. Tout cela est présenté comme un succès dans la mesure où cette influence russe dans la région n’existait pas auparavant. Enfin, la déstabilisation d’une Ukraine voisine et pro-occidentale se poursuit et la crainte que la Russie suscite désormais dans les ex-pays de l’Est – tels les trois États baltes et la Pologne – est un signe qui ne trompe pas quant à la confirmation, depuis ces dernières années et ces derniers mois, du retour à une certaine restauration de la puissance russe tant sur le plan diplomatique que militaire. Le rôle récent joué par Moscou au printemps et à l’été 2017, aux côtés de la Chine, dans le raidissement de la crise nord-coréenne le démontre encore une fois.

Face à cela, nous avons les changements très vifs en matière de politique étrangère menés aux États-Unis avec l’administration du républicain et populiste Donald Trump. Alors qu’il était présenté au début de son mandat comme «  pro Poutine », instituant ainsi une rupture avec son prédécesseur, les problèmes liés à l’ « affaire russe », soit une éventuelle infiltration de la campagne électorale américaine par Moscou et le scandale lié aux services de renseignements nord-américains, ont profondément troublé le jeu. À ceci s’ajoute le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, mais aussi quelques promesses de campagnes plus ou moins tenues comme la construction d’un mur anti migrants entre le Mexique et les États-Unis, et ce décret qui a fini par être en partie appliqué sur l’interdiction d’entrée sur le territoire nord-américain des ressortissants d’un certain nombre de pays musulmans. Sur la scène domestique, les tentatives d’abrogation de l’Obamacare (cette réforme de sécurité sociale emblématique) de la période du président Obama semblent échouer pour le moment, mais pour combien de temps ? Enfin sur le plan international, on reste encore dans la confusion notamment quant au conflit syrien notamment en raison de la polémique toujours vive autour des rapports avec la Russie. En revanche, quelques signaux clairs ont été donnés quant au fait que Washington fait finalement machine arrière sur le dossier du désengagement des États-Unis de l’OTAN en envoyant par exemple les renforts demandés par les Polonais et les Baltes aux frontières avec la Russie. Signal clair également vis-à-vis de l’Europe avec la participation du président Trump aux festivités du 14 Juillet à l’invitation du nouveau président français Emmanuel Macron. Message sans équivoque enfin en réponse à la crise nucléaire nord-coréenne en obtenant – et c’est une première – un vote unanime à l’ONU et donc faire accepter la Chine et la Russie de voter les sanctions contre le régime de Pyongyang. Ceci a eu pour effet, début aout, de provoquer enfin une première rencontre entre les ministres des Affaires étrangères chinois et nord-coréen en dépit d’une menace et d’une surenchère qui va en grandissant notamment avec les menaces de frappes nord-coréennes contre la base militaire américaine à Guam, une ile du Pacifique, qui, si elles se produisaient, seraient à n’en pas douter un véritable casus belli.

Ceci nous mène donc vers notre troisième axe, à savoir : l’Union européenne (UE) et les espoirs de sorties de crises avec le souhait de Paris d’une relance de l’UE dans la mesure où elle pourrait être couplée à la volonté allemande que la chancelière Angela Merkel soit réélue ou non au terme des élections de l’automne prochain. Historiquement, nous avons en effet une opportunité à portée de main quant à la remise en marche de cette dynamique européenne que représente le tandem Paris-Berlin, une efficacité qui n’est plus à démontrer depuis son lancement en 1958.

Nous constatons donc pour ces trois grands ensembles géopolitiques – Russie, États-Unis et Europe – des relations internationales qui sont en mouvement et très actives. Mais dans ce XXIe siècle qui, plus que jamais, est multipolaire, nous devons aussi examiner les autres ensembles.

À ce titre, l’Asie, l’Extrême-Orient et l’Amérique latine émergent de plus en plus avec en premier lieu la Chine, mais aussi la constitution de lien entre ces zones géographiques au travers notamment des BRICS (mouvement réunissant les grandes puissances émergentes : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). La Chine est sans conteste la puissance émergente qui aux côtés de l’Inde ne va cesser de compter dans les années qui viennent puisque son poids économique ne cesse de croitre et à une rapidité fascinante. Sa position et son rôle régional dans le dossier nord-coréen, mais aussi le sang froid de Pékin lors de la crise taïwanaise provoquée par le nouveau président américain, montrent en effet que plus que jamais la Chine est une puissance avec laquelle l’on va devoir compter. Enfin, dans cet axe des pays émergents, l’Amérique Latine ne cessera sans doute de voir son poids s’accroitre, ne serait-ce qu’en raison de la politique régionale que Donald Trump entend mener sur le continent et qui suscite l’opposition à l’unanimité. Là aussi, les relations internationales sont donc en train de se reconfigurer et les récentes menaces d’interventions militaires adressées durant l’été 2017 par le président Trump contre le régime du président Maduro au Venezuela risquent de renforcer cette tendance.

Enfin, last but not least, comme on dit, le continent africain se présente de plus en plus comme la terre de tous les défis. Depuis quelques années maintenant, à la vielle influence des pays ex-colonisateurs européens succède celle des États-Unis et de la Chine qui rivalisent dans leur exploitation du continent alors que l’avenir des principaux Etats africains est désormais confronté aux défis de la modernisation de leurs sociétés et surtout à la lutte contre la corruption et à la stabilisation de démocraties modernisées.

Ceci nous amène bien sûr à conclure ce portrait des relations internationales à l’automne 2017 par l’élément – qui restera encore hélas pour longtemps – fédérateur entre toutes ces zones évoquées, et c’est bien sûr le terrorisme islamique qui depuis 2001 n’a cessé de se mondialiser. Même si l’État islamiste de Daesch semble avoir été définitivement affaibli à l’été 2017, il n’en demeure pas moins que de multiples foyers se sont multipliés de manière inquiétante et notamment en Afrique – en Libye et au Mali notamment. Enfin le mode opératoire étant basé sur des actions surprises menées par des commandos terroristes ou des individus rendent la menace permanente et globale. Le fait, par exemple, qu’un pays aussi lointain que l’Australie ait été victime de ce genre d’attaques le 15 décembre 2014 dans sa capitale économique Sydney, et ait déjoué dans cette même ville le 30 juillet 2017 une tentative d’attentat à l’aéroport international Kingsford-Smith est un signe qui ne trompe pas.

L’évolution des relations internationales à la veille de l’automne 2017, on le voit, obéit toujours aux mêmes forces profondes qu’avaient un jour définies les historiens Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle. Les relations diplomatiques entre les États évoluent, mais les intérêts sur le long terme demeurent et la diplomatie fort heureusement l’emporte encore sur l’idée de guerre dont tout un chacun mesure à présent les destructions apocalyptiques qu’elles pourraient engendrer. Toutefois, beaucoup de travail reste à faire pour éviter les multiples périls que nous venons d’évoquer. Gageons donc que le dialogue entre les nations peut se poursuivre pour nous diriger tous ensemble vers un monde meilleur et plus sûr que celui des grandes hécatombes du XXe siècle.

Dr Olivier Buirette

1 Comment

  1. constant

    prudent il me semble pour encore avoir droit a la parole !

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