Découverte, Economie

Petite annonce capitaliste pour leader du peuple : la villa de Trotski est en vente

Les îles aux princes n’ont pas accueilli que des artistes et des têtes couronnées : l’homme du peuple aime aussi, à ses heures perdues, y trouver le repos de l’âme. Le mythique n°2 du parti communiste russe, Trotski, avait choisi quant à lui le havre au luxe charmant de Büyükada pour couler une existence tranquille, loin des troubles manigances de la Guépéou. Il laisse aujourd’hui un héritage de marque, qui peine pourtant à trouver acquéreur : prolétaires de tous les pays, unissez-vous pour racheter la maison de Trotski !

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Dix-huit chambres, cinq salles de bain et un immense terrain : l’ancienne maison du leader révolutionnaire russe Léon Trotski sur l’île de Büyükada, au large d’Istanbul, est en vente. Selon une annonce publiée samedi dernier dans le journal Hürriyet, cette vaste demeure de 950 m2 surplombant la mer de Marmara cherche preneur pour 4,4 millions de dollars. Un petit bijou qui vaut son pesant d’or, mais qui a dit que le bonheur n’avait pas de prix ?

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C’est en 1929 que le fondateur de l’Armée rouge est venu s’installer à Büyükada, la plus grande des îles aux Princes, lieu de villégiature privilégié de la bourgeoisie locale. Loin des remous politiques russes, il pouvait plonger avec délice dans les vagues inoffensives de la mer bleue de Marmara. Pourtant, ce prestigieux héritage n’intéresse pas les stambouliotes… Une demeure hantée, peut-être ? L’ancien maire de l’île, Mustafa Farsakoğlu, explique cet échec immobilier : « La bâtisse tombe en ruines et nécessite des travaux conséquents ». Trotski n’a de fait pas eu l’occasion d’y demeurer bien longtemps, et il n’a pas légué ce patrimoine conséquent. « L’ancien révolutionnaire a vécu quatre ans dans cette maison lorsque sa première, sur l’île de Büyükada également, a brûlé », a expliqué l’ancien maire. Pourtant, ce témoin de l’Histoire présente un intérêt certain, qui mériterait d’être restauré en mémoire du grand homme : « Si le ministère turc de la Culture s’en donnait les moyens, il pourrait tout à fait l’acheter, la rénover et en faire un haut lieu culturel ainsi qu’un musée », a assuré Mustafa Farsakoğlu. Mais peut être l’image d’heureux vacancier ne collait-elle pas au portrait du leader qui aura concrétisé en URSS cette notion d’égalité des classes… La peur existe sans doute aussi de venir faire ombrage au grand Staline sur le sol turc, alors que l’on connait bien les heures sombres qu’ont engendré les désaccords entre les deux grands : banni d’URSS en 1929 par Staline, Léon Trotski a été conduit en Turquie où il est resté quelques années avant de poursuivre son exil jusqu’au Mexique, où il est assassiné en 1940.

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Il semble compliqué, enfin, de réhabiliter ce bâtiment historique : « De toutes façons c’est un bâtiment classé, et celui qui l’achèterait ne pourrait en faire ni un logement, ni un hôtel ni un restaurant », explique Mustafa Farsakoğlu. « Ce n’est pas la première fois qu’on essaye de vendre cette maison mais personne n’en veut », a expliqué de son côté un agent immobilier de l’île souhaitant garder l’anonymat. « Son propriétaire, un Stambouliote, n’a pas procédé aux travaux nécessaires », explique-t-il. Onéreux, donc, mais pas très lucratif… Que les puristes soient au moins rassurés : il ne sera tiré aucun profit scandaleusement capitaliste de ce lieu de mémoire du communisme.

Elisabeth Raynal

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