Economie, International

Un plus grand que 99

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan répète avec raison que le monde est plus grand que cinq, faisant référence à l’inégalité au Conseil de sécurité des Nations unies où, selon un système obsolète datant de la Seconde Guerre mondiale, cinq pays dominent l’échiquier mondial en dictant au monde entier ce qui est bon pour eux.

Mais, malheureusement, le monde est un endroit où l’inégalité la plus violente règne sans pitié. La société d’aide internationale Oxfam a publié son rapport sur le partage mondial avant le Sommet de Davos qui s’est récemment tenu en Suisse comme chaque année. Le rapport qui s’intitulait « Récompenser le travail, pas la richesse » a mis en évidence un secret de polichinelle : « L’an dernier, le nombre de milliardaires a connu sa plus forte hausse de l’histoire, avec un nouveau milliardaire tous les deux jours. En douze mois seulement (de mars 2016 à mars 2017), leur richesse a augmenté de 762 milliards de dollars, soit sept fois le montant qui permettrait de mettre fin à la pauvreté extrême dans le monde. 82 % des richesses créées dans le monde ont bénéficié aux 1 % les plus riches de la population mondiale, alors que la situation n’a pas évolué pour les 50 % les plus pauvres. »

Ce rapport précise aussi que, depuis 2010, la fortune des milliardaires a augmenté six fois plus rapidement que le salaire des travailleurs ordinaires. Les milliardaires ont atteint le record de 2 043 individus, dont 90 % – il faut l’admettre – sont composés d’hommes.

La Directrice générale ougandaise d’Oxfam International, Mme Winnie Byanyima, a quant à elle déclaré que « le boom de milliardaires n’est pas un signe d’une économie en voie de développement, mais une réflexion de la faillite d’un système économique ».

Il y a des détails assez frappants dans ce rapport. Le total de quatre journées de salaire des cinq directeurs généraux des plus grandes marques de mode est supérieur au total des gains de tous les ouvriers bangladais de textile durant toutes leurs vies. Un CEO américain gagne en un jour le salaire annuel d’un ouvrier américain. Seulement 42 personnes possèdent la moitié de la fortune mondiale et trois personnes accaparent la moitié de la fortune produite aux États-Unis.

Bien sûr, Oxfam International propose aussi des solutions aux gouvernements pour endiguer les inégalités : limiter les salaires des cadres et des actionnaires, payer un salaire égal à un travail égal, lutter d’une façon acharnée contre la fraude fiscale, consacrer davantage de parts des budgets pour la santé et l’éducation.

Il est évident que la lutte contre l’inégalité nécessite beaucoup plus de compréhension et d’empathie des classes aisées de par le monde ; tâche difficile si l’on tient compte de la mentalité générale des nouveaux riches qui se bornent à se vanter de leur bonne fortune et à exposer leurs richesses incommensurables comme des paons mal éduqués.

Mais, là aussi, il existe des exceptions qui nous donnent encore de l’espoir quant au futur de ce monde qui court à sa perte. Le représentant d’une des plus grandes fortunes mondiales, M. Ali Koç, n’avait-il pas évoqué il y a un certain temps son malaise face au système capitaliste ?

« Pour l’élimination des inégalités, il faut éliminer le capitalisme. Pour le moins, je pense qu’il faut réduire l’inégalité le plus possible. Le vrai problème, c’est le capitalisme. La mondialisation n’a rien d’humanitaire. Pour réduire les inégalités, il existe de nombreux scénarios. Il faut changer les paradigmes. L’hémisphère nord s’enrichit de jour en jour, mais la situation pour le sud est drastiquement différente. Et cela perdurera… » (Sommet B-20 Antalya, Turquie 2015).

Une touche raffinée dans un monde de brutes…

Eren Paykal

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