International, Politique

Polémique en marge d’un ouvrage sur l’Histoire de la construction européenne publié par Philippe de Villiers en mars 2019 : la réponse des historiens

Les 23 et 26 mai, des élections se tiendront dans toute l’Union européenne (UE) afin de renouveler les membres du parlement.

C’est l’occasion de nous pencher sur l’état de cette structure originale, véritable projet en construction permanente d’une Fédération d’États-Nations, et de mesurer ainsi le niveau de popularité de la cause européenne au sein des diverses opinions publiques. L’actualité nous porte cette fois-ci vers la France qui, depuis novembre 2018, traverse avec « la crise des gilets jaunes » une période de profonds troubles économiques, sociaux et politiques.

Si le gouvernement et le pouvoir d’Emmanuel Macron, le plus jeune président de l’Histoire de la Ve République élu en 2017, sont fortement ébranlés, voilà que le débat européen s’invite dans cette crise.

En effet, depuis le début de son mandat, voire de sa campagne électorale, M. Macron s’est défini comme pro-européen, cherchant par tous les moyens à relancer la construction de l’UE notamment autour d’une tentative de modernisation du couple franco-allemand.

Philippe de Villiers, ancien ministre, président du « Mouvement pour la France » et ancien député européen (2004-2014), apparenté à la droite conservatrice, eurosceptique et souverainiste vient de publier un essai intitulé « J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu » censé nous révéler une sorte d’histoire cachée de la construction de l’Europe depuis ses origines avec une touche nette de « complotisme », reprenant cette idée – entre autres – que l’Europe serait née d’une conspiration afin d’asservir les peuples, etc., etc.

En dehors de ces théories – hélas bien connues -, la sortie de cet ouvrage a été l’occasion pour un certain nombre d’universitaires de publier une tribune dans le journal Le Monde sous forme de réponse afin de montrer que la construction de l’Europe a été au contraire mise en œuvre autour de valeurs positives comme le « vivre ensemble » dans le but de construire un espace de paix et de prospérité au sein d’un continent meurtri par deux guerres mondiales en moins d’un siècle. Ces mêmes universitaires devaient surtout démonter les logiques d’amalgames qui sont souvent employées dans ce genre de discours, à savoir que si les États-Unis apparaissent en arrière-plan de la construction européenne c’est parce qu’ils ont largement contribué à la libération de l’Europe du nazisme d’une part, et ont servi de rempart contre l’URSS durant la guerre froide qu’ils ont eux-mêmes gagnée d’autre part.

Ce simple exemple montre que nous devons rester vigilant face à toutes ces formes de récupérations, car justement – et à l’inverse – c’est après avoir subi deux conflits entre la France et l’Allemagne – trois guerres pour la génération qui a connu la guerre de 1870-1871 – que des femmes et des hommes décidèrent après 1945 de construire cette Europe tellement rêvée notamment au XIXe siècle par des hommes comme Victor Hugo ou encore Georg Friedrich Hegel. Comme le dira Jean Monnet plus tard, on a commencé par ce qui nous semblait le plus simple, à savoir l’économie, avec la création de la CECA (Communauté économique du Charbon et de l’Acier) en 1952 par exemple.

On passa ensuite à une union douanière entre les pays fondateurs. Puis on assista à la création des deux Allemagnes en 1949 ainsi qu’à la création de ce fameux couple franco-allemand sous la forte impulsion de De Gaulle, revenu aux affaires en 1958 ; un couple qui fonctionne encore aujourd’hui tant bien que mal entre le Président Emmanuel Macron et la Chancelière Angela Merkel.

Bien des années ont passé avant que nous arrivions à ce point d’orgue de l’Histoire que fut la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Cet événement dont nous allons célébrer les 30 ans devait mettre un terme à la guerre froide et permettre de passer à une construction européenne qui s’est renforcée après 1992 et élargie notamment à l’est du continent.

Oui l’histoire de la construction européenne, c’est tout cela et bien d’autres choses. Nous sommes loin, on le voit, de « complots obscurs ». Alors que nous allons en mai prochain renouveler nos députés au Parlement européen, je pense que l’enseignement de ce qu’est l’Europe reste plus que jamais d’actualité. Savoir ce que l’UE est vraiment, que toutes ces étapes de la construction européenne sont cohérentes et ont des racines profondes, permet de comprendre son importance, de réaliser à quel point ce bien commun que nous partageons tous est précieux.

Rappeler cette histoire devrait nous donner envie de redoubler d’efforts pour que ce qui a été patiemment construit par nos ainés soit préservé et non anéanti au profit du retour des nationalismes qui ont précipité, lors de l’été 1914, notre continent dans un chaos dont il a mis des décennies à se relever.

Si nous recommencions une telle aventure aujourd’hui, nous pourrions ne pas nous en remettre, à moins que cela ne soit l’occasion d’un nouveau départ. Mais en quoi consisterait-il ? L’inconnu est souvent source d’inquiétudes.

Olivier Buirette

 

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