International, Politique

La Pologne à la dérive ?

La victoire de Victor Orban en Hongrie à la tête d’une alliance ultra conservatrice et d’extrême droite avait commencé ce processus régional de radicalisation dès 2010. Assez rapidement, le concept de « démocratie illibérale » devait émerger. La crise aidant, la Hongrie devait devenir une sorte de « modèle » de pouvoir réactionnaire faisant tache d’huile dans les pays de la région comme la Slovaquie, la Bulgarie ou encore la Roumanie.Puis ce fut le tour de la Pologne. En effet, depuis 2015, le parti ultraconservateur « Indépendance et Justice » est revenu aux affaires avec en quasi simultanée Beata Szydło en tant que présidente du conseil des ministres et d’Andrzej Duda comme président de la République. Dès lors devait se mettre en place, tout comme en Hongrie cinq ans auparavant, toute une série de mesures visant à restreindre les libertés fondamentales comme celle finalement adoptée le 21 juillet dernier concernant la justice et plus particulièrement la Cour Suprême.

Sur le plan européen, Bruxelles commence à s’inquiéter de voir de telles dérives se développer et s’interroge sur des sanctions à prendre. Rappelons au passage que l’actuel président du conseil européen est le polonais Donald Tusk, élu en aout 2014 et réélu en mars 2017 presque à l’unanimité sauf la voie de la Pologne.

Face aux menaces de Bruxelles, le président Duda devait mettre son demi-véto à cette réforme le 24 juillet. Toutefois, le soutien véhément de Viktor Orban lors d’un rassemblement le week-end du 22 juillet dernier était à prendre en compte et ce malgré les manifestations qui ont eu lieu lors de l’hiver et du printemps 2017 contre la réforme du gouvernement hongrois contre les Universités étrangères et notamment la Centre European University de Georges Soros.

De telles manifestations hostiles ont donc cet été eu lieu en Pologne contre cette réforme ultra conservatrice qui prévoit ni plus ni moins que d’accroitre le contrôle du pouvoir judiciaire par le pouvoir exécutif ce qui est une remise en cause pure et simple de son indépendance, véritable base de toute démocratie moderne. En effet, les États membres en intégrant l’UE s’engagent à respecter les règles définissant une démocratie, cela fait partie de l’acquis communautaire et est une condition sine qua non pour devenir membre de l’UE, mais aussi pour le rester. On se souviendra par exemple de la victoire de l’extrême droite en Autriche et de sa participation au gouvernement conservateur du chancelier Wolfgang Schussel avait entrainé des sanctions entre 2000 et 2002.

On pourrait se demander si ce qui est inquiétant sont ces réformes autoritaires qui sont prises par de jeunes démocraties encore fragiles puisque sortant de plus de 40 ans de totalitarisme et qui ont beaucoup de mal à supporter les effets toujours en cours de la crise de 2008 (comme l’indiquait encore l’économiste Nicolas Baverez dans le journal le Figaro dans la semaine du 24 juillet), le tout associé à une désillusion de leur intégration dans le milieu des années 2000 porteur d’une importante espérance de prospérité économique ; ou bien si nous devons au contraire voir un espoir dans les manifestations de plus en plus grandissantes d’une population souhaitant préserver les acquis de la démocratie si difficilement acquis après 1989.

Le rôle de l’historien ici ne sera pas de porter un jugement sur cette série d’événements, mais de constater que nous sommes de nouveau en présence d’une conjonction de facteurs sociaux, économiques et politiques dangereux : crise économique, résurgence de la puissance russe qui fait renaitre un certain nombre de peurs, les récentes demandes de la Pologne et des États Baltes pour renforcer la présence des forces de l’OTAN sur leurs frontières à l’Est sont là pour le prouver. On peut enfin y ajouter une crise de confiance envers l’Union européenne et ses institutions, les menaces de sanctions étant vues par ces gouvernements nationalistes à Varsovie comme à Budapest comme des intrusions. La crise migratoire là aussi n’a rien arrangé renforçant encore cette volonté de fermeture de ces pays déjà fragilisés.

L’espérance, selon moi, en cet été 2017, ne réside que dans les signaux déjà donnés par la France depuis mai 2017 avec un souhait de relance de la construction européenne et, paradoxalement, le Brexit de 2016 qui pourrait relancer le moteur franco-allemand qui depuis 1958 et la rencontre de Gaulle-Adenauer n’a eu de cesse que d’être au centre de toutes les avancées de notre continent.

Dans cette relance, l’Europe centrale devra avoir toute sa place. Formons alors des vœux pour que notamment la Pologne et la Hongrie puissent s’y retrouver dans les mois qui viennent.

Dr Olivier Buirette, Paris 25 juillet 2017.

 

 

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