Culture, Tourisme

Polonezköy : un village polonais en Turquie

polonezkoy

Pour les Stambouliotes qui veulent échapper momentanément à l’effervescence de la ville, Polonezköy est le refuge idéal. A près de 30 kilomètres de la ville, près de Beykoz sur la rive asiatique, Polonezköy (autrefois Adampol), « le village polonais » est un havre naturel à l’histoire particulière. Accueillis par le sultan ottoman, les réfugiés polonais et leurs familles ont fondé le village en 1842.

Le village comprend désormais cinq hôtels, 29 maisons d’hôtes et de nombreux restaurants et cafés offrant aux visiteurs un aperçu de la cuisine et de l’hospitalité polonaises. De nombreux turcs aisés y possèdent également de larges hôtels particuliers, à l’instar des frères Erol et Haldun Simavi, anciens éditeurs des journaux Hürriyet et Günaydin ; ou encore Alp Gürkan, président du groupe Soma, l’un des plus grands groupes privés d’exploitation minière, désormais tristement connu pour l’accident qui a eu lieu dans la mine du même nom en mai 2014.

L’histoire commence en 1842…

Le village était originellement baptisé Adampol en l’honneur de son bienfaiteur, le Prince Adam Czartoryski (1770-1861), chef du gouvernement polonais en exil reconnu uniquement par l’Etat ottoman.

Lors de trois soulèvements contre la Prusse, la Russie et l’Autriche-Hongrie au XIXe siècle, qui ont occupé et divisé les territoires polonais, près de 8000 Polonais ont cherché protection auprès de l’Empire ottoman, allié des nationalistes polonais. L’Empire, qui a mené douze guerres contre la Russie tzariste entre le XVIe et le XXe siècles, a accueilli les réfugiés à Adampol et dans des camps situés à Edirne et à Salonique, alors territoire ottoman. Les immigrés se sont organisés en communauté autosuffisante avant d’adopter la citoyenneté turque, tout en gardant leurs liens avec la Pologne et leur attachement à la religion catholique romaine. Polonezköy est ce qui reste de cette époque.

Le représentant du Prince Czartoryski dans l’empire, Michael Czajlkowski, est ensuite devenu l’un des généraux de la Sublime Porte. Connu comme Mehmet Sadik Pasha, il a mobilisé une partie des réfugiés pour combattre aux côtés des Turcs ottomans, des Britanniques et des Français contre la Russie lors de la guerre de Crimée.

L’ancienne colonie devenue attraction touristique

Au fil des années, la plupart des familles d’origine polonaise ont émigré vers l’Ouest européen et les Etats-Unis dans le but d’y trouver de meilleures conditions de travail. Seuls 49 descendants des réfugiés de cette époque demeurent dans le village. Alors que Polonezköy est longtemps resté un petit village peu connu et peu accessible, la construction du pont Fatih Sultan Mehmet en 1973 a changé la donne. Depuis lors, les résidents ont converti leurs fermes en maisons d’hôtes et en café, Polonezköy étant devenu accessible aux curieux locaux ou étrangers. Plusieurs invités de marque ont fait un passage à Polonezköy, à l’instar du pianiste hongrois Franz Liszt, de l’écrivain français Gustave Flaubert ou encore de Mustafa Kemal Atatürk. Lech Walesa a été le premier président polonais à s’y rendre en 1994.

Merveille en danger

Le passage de camions, de plus en plus fréquent, menace ce site historique qui reste l’un des derniers havres naturels dans Istanbul, gênant tant le tourisme que la vie quotidienne des habitants. Près de 1000 camions-poubelles et des centaines de véhicules commerciaux de taille plus modeste traversent chaque jour Polonezköy. Avec la construction du troisième pont sur le Bosphore et de la nouvelle autoroute qui l’accompagne, la construction d’un centre financier international à Ümraniye et les projets de rénovation urbaine divers, Polonezköy est sur l’itinéraire des camions énormes qui transportent les matériaux de construction, générant pollution sonore et environnementale. Le village est de fait le chemin le plus court et le moins encombré pour les camions transportant des matériaux de construction depuis les mines du Nord de la ville jusqu’aux sites en chantier sur les deux rives d’Istanbul, en pleine expansion..

Les habitants ont demandé aux autorités municipales de dévier le traffic routier pour que Polonezköy et Cumhuriyetköy – un autre village champêtre à proximité du premier – soient préservés. La route proposée rajoutait neuf kilomètres à l’itinéraire et augmentait les coûts pour les contracteurs impliqués dans les projets de construction. Appuyés par les grands contracteurs, les autorités s’y sont opposées.

Coralie Forget

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