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Popole Misenga, réfugié et judoka aux JO – Portrait

Dernière ligne droite pour les sportifs qui défileront demain lors de la « Parade des nations » ; moment traditionnel et incontournable de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques où, pour la première fois, une équipe de 10 réfugiés marcheront dans le stade olympique Maracanã derrière le drapeau aux cinq anneaux. Parmi eux, Popole Misenga. 

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Ce jeune congolais de 24 ans n’avait que neuf ans lorsqu’il a fui les combats qui ravageaient son pays et qui ont coûté la vie à 5.4 millions de personnes selon les Nations-Unies.

Originaire de la région de Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), il a été retrouvé après avoir erré pendant huit jours dans la forêt. Sa mère ayant été assassinée alors qu’il n’avait que six ans et sans nouvelle de son père ainsi que de ses frères et sœurs, il a été amené à Kinshasa, la capitale, dans un centre pour les enfants déplacés par le conflit. C’est avec douleur qu’il se rappelle cet épisode de sa vie : « Un enfant a besoin qu’une famille lui dise ce qu’il doit faire, mais je n’en avais pas ».

Heureusement, le judo, discipline qu’il a découverte dans le centre pour enfants, a été son salut : « Le judo m’a aidé à devenir serein, discipliné et déterminé ; ce sport m’a tout apporté ».

Le jeune homme talentueux a gagné en 2010 une médaille de bronze au championnat africain de judo pour les sportifs de moins de 20 ans. À force de travail, il a fini par devenir judoka professionnel en intégrant la sélection nationale de la RDC. Mais, malheureusement, les difficultés ne se sont pas terminées pour autant.

Les entrainements au Congo se réalisaient dans des conditions détestables comme l’explique Geraldo Bernardes, ex-entraîneur de quatre équipes brésiliennes de judo aux JO : « Ils étaient entraînés à gagner à tout prix […] Quand ils ne gagnaient pas, ils étaient enfermés dans une cellule avec des demi-portions de nourriture pendant plusieurs jours ».

En effet, son entraineur, dès qu’il perdait une compétition, l’enfermait dans une cage et le nourrissait à peine tel un vulgaire animal.

Le judoka se souvient de cet épisode difficile de son parcours : « Ma vie, c’était s’entraîner, s’entraîner, s’entraîner… Ma seule idée, c’était de gagner. J’étais triste et énervé. Quand je voyais les gens dans la rue, des familles avec père et mère, je devenais triste. Je ne faisais confiance à personne ».

Cette souffrance, il l’a partagée avec Yolande Mabika qui, comme lui, a fui le conflit en RDC et fera partie de l’équipe de réfugiés aux Jeux olympiques de Rio. Les deux athlètes, alors qu’ils participaient aux championnats du monde de 2013 à Rio, ont finalement décidé de prendre leur vie en main alors qu’ils étaient de nouveau punis pour avoir perdu.

Après deux jours de véritable torture, Yolande Mabika a réussi à s’échapper et à trouver de l’aide. Elle est revenue plusieurs jours après au secours de son compagnon d’infortune.

Les deux judokas ont tout fait pour obtenir le statut de réfugiés et pour reconstruire une nouvelle vie au Brésil : « Dans mon pays, je n’avais ni foyer, ni famille, ni enfant. La guerre là-bas a fait trop de morts et a généré trop de confusion ; j’ai pensé que je pourrais rester au Brésil pour améliorer ma vie » explique Popole Misenga.

Il a dû se battre tous les jours pour reconstruire une vie digne de ce nom : « Je n’avais nulle part où dormir, rien à manger, pas de travail: c’était très compliqué ». Heureusement, avec Yolande, ils ont trouvé assistance auprès d’immigrés africains dans le bidonville Bras de Pina. C’est encore dans ce quartier de Rio où il demeure, mais désormais avec sa compagne brésilienne et ses quatre enfants.

Après maintes batailles et le statut de réfugié enfin obtenu en septembre 2014, le jeune judoka a commencé à s’entraîner dans l’école Flavio Canto, du nom de l’ancien judoka médaillé de bronze olympique, où son coach, Geraldo Bernardes, fait tout son possible pour qu’il devienne le meilleur.

Depuis, son seul objectif est de participer aux Jeux olympiques : « C’est mon rêve et le rêve de beaucoup d’Africains. Le CIO nous reconnaît comme des êtres humains et nous donne une immense opportunité ».

Pour Popole Misenga, cette sélection aux JO est donc une véritable victoire, pour lui, mais aussi pour tous les réfugiés dans le monde : « Je veux faire partie de l’équipe d’athlètes olympiques réfugiés pour continuer de rêver, donner un espoir à tous les réfugiés et dissiper leur tristesse […] Je veux montrer que les réfugiés peuvent faire des choses importantes […] Je vais gagner une médaille et je vais la dédier à tous les réfugiés ».

Nous retrouverons donc avec enthousiasme Popole Misenga pour une leçon d’humanité sur le tatami à Rio.

Pour visionner son portrait :

Camille Saulas. 

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