Automobile

Porsche 911 Cabriolet S : un défi façon Fort Boyard

Si les salons de l’automobile ferment leurs portes à cause de la crise sanitaire, à l’association des médias auto moto (AM-AM), des journalistes ont profité de la période creuse pour réfléchir aux alternatives et renforcer les liens entre les constructeurs et les médias. 

Qui l’eût cru, au sortir de ce chaos mondial, que ces acteurs du monde de l’automobile se retrouveraient dans un univers de rêve lors d’une journée d’essai multimarque dans l’Oise. En effet, c’est au château de Saint Just à Belle-Église que journalistes et représentants des constructeurs ont renoué le lien social dans une ambiance chaleureuse tout en respectant scrupuleusement les gestes barrières.

Le défi n’était pas simple, mais il a été orchestré avec brio. Pour ce faire, nous disposions de 30 minutes montre en main pour faire un tour dans une voiture. Ne nous plaignons pas, contexte oblige, c’est mieux que rien. Un délai impossible pour une prise en main, mais un défi façon Fort Boyard qui mérite quand même d’être partagé, analysé et bien évidemment plus poussé lorsque le contexte sanitaire sera plus serein.

Je suis déjà en retard. Je file m’installer à bord de la Porsche 911 Carrera S Cabriolet. Si vous avez connu l’univers de Porsche et ses modèles d’antan, c’est une profonde redécouverte et ceci commence par les poignées extérieures qu’on aurait presque l’impression d’arracher. Une fois assis devant le volant sport GT en cuir, on réalise que l’on a pris place à bord d’un univers de rêve avec l’intérieur cuir bicolore noir-bordeaux. 

La capote en toile a déjà été rabattue, forcément le temps presse ! Et pour la flambe, on est parti. Je sens tous les regards sur moi. Tous attendent que je tombe dans le piège de la Porsche. Celui où l’on cherche inlassablement la clé pour mettre le contact. La farce ne prendra pas avec moi, car il faut se rappeler que les clés s’insèrent à gauche dans une Porsche. Un héritage que le constructeur allemand souhaite conserver, tout en y apportant quelques émulations. En effet, sur cette dernière version de la 911, il n’y a pas de clé à insérer, mais juste un bouton faisant office de clé incrustée dans le contact qu’il n’y a plus qu’à tourner. Je viens de réveiller le moteur flat-six avec un moteur biturbo de 3l développant 450 ch relié à une boîte huit rapports à double embrayage. Le compteur et le tableau de bord central prennent vie. Le compteur gauche affiche une silhouette de la voiture, comme pour mieux s’observer. Sur le compteur de droite, la mention 911 Carrera S vient souligner et vous rappeler — au cas où vous ne l’auriez pas remarqué sur le seuil de la porte ou encore à l’arrière — que vous vous apprêtez à conduire une… 911 Carrera S !

À propos d’arrière-train, ce dernier est notoirement bombé et plus qu’imposant. On remarquera ce feu-stop central rappelant celui d’un avion ou d’une Formule 1. 

Je pianote sur l’écran central pour y lancer le guidage. Il n’est pas rentré. On m’informe que je dois utiliser mon téléphone. Or, il s’agit d’un BlackBerry sous Android. Encore une mauvaise nouvelle, car les Porsche ne sont compatibles qu’avec des iPhones. À la bonne heure !

C’est au moment d’enclencher le mode « Drive » que je me rends compte d’une petite nouveauté qui au début passait inaperçue. Ainsi, le levier de vitesses s’est effacé au profit d’un petit joystick de la taille d’une clé USB avec quand même le souci d’un grip métallisé par dessus. C’est des plus esthétique et des plus ergonomique, et la sensation au toucher est agréable. Ça rattrape l’omniprésence du plastique et des boutons plastiques à travers l’automobile.

L’intérêt principal de cette 911 réside toujours dans son plaisir de conduire. Un plaisir éblouissant, une voiture magique qui vous rend soudainement plus beau et attractif, vous place au centre de l’attention surtout lorsque vous activez le bouton magique pour ouvrir les valves et ainsi amplifier le bruit de l’échappement. C’est comme de la bonne musique, ça s’écoute plein volume !

Le 0 à 100 km/h abattu en 3,9 secondes est quelque peu blasant sur ces routes de l’Oise limitées à 30 km/h. On se rassure, à bord de cette Porsche 911 Cabriolet S, l’objectif n’est pas de réaliser un record chrono, mais de se délecter du regard admiratif des passants et — je l’avoue — de faire le beau ! 

À l’arrière ce sont les places de rigueur, le trompé l’œil pour y ranger sa veste — il y a des accroches prévues à cet effet — un sac ou un petit enfant.

Après ce tour dans la classique 911, nous passons à la Porsche Taycan turbo S. 

En raison de son gabarit, l’on pourrait la prendre pour une Panamera, mais la différence saute aux yeux lorsque l’on regarde l’avant avec ses petits feux et cette lame noire façon « larme » qui évoque les réminiscences d’un masque dans un célèbre film d’horreur à trois lettres. Même son de cloche : pas de clé, juste un bouton à tourner, mais cette fois-ci c’est le silence complet. « Ai-je démarré ? », pensais-je. Au milieu, pas de levier de vitesses, mais deux emplacements porte-gobelets… La fameuse clé USB façon joystick se trouve au niveau du volant à droite. Pourquoi pas ? Je passe le mode drive, la voiture s’avance dans le plus surréaliste des silences. J’active le mode sport et je perçois une inquiétante mélodie. J’aperçois sur le tableau de bord un compteur à gauche affichant les forces d’accélération transversales et longitudinales sous forme d’un diagramme. Je ris doucement dans ma barbe, me demandant à quoi bon afficher ce genre d’information sur un véhicule électrique.

Pas de boutons dans l’habitacle, c’est le règne du tactile avec deux écrans, dont l’un façon iPad qui est dédié à l’affichage des fonctions essentielles du véhicule telles que la climatisation, la navigation, la musique, le téléphone, etc.

Tout au long de la route, cette impression de conduire virtuellement me frappe. Mon acolyte, assis en copilote, est affairé sur son portable. Habitué de ma conduite ultra sobre, il ne se doute pas que je puisse déclencher un foudre de guerre d’un véhicule électrique, encore moins d’un Taycan. Puis soudain, je décide de vérifier la capacité d’accélération : « WOOOOWWW !!! Sa mère », s’écrit-il. Je sors de ma torpeur, réalisant que je m’étais trompé et que j’avais plus que sous-estimé ce vaisseau spatial capable d’exécuter des accélérations vertigineuses en un temps phénoménal. Je m’excuse aussitôt : « Pardon, ce n’est pas moi, c’est le Taycan turbo S et ses 761 chevaux », abattant le 0 à 100 km/h en 2,8 secondes. 

Je m’arrête. Mon copilote range son téléphone, se cale dans le siège et s’accroche fermement : « C’est bon, maintenant tu peux faire le Launch Control ». La route est dégagée : ZOUUUUuuu ! Nous voilà repartis avec plus d’un G de force dans la tronche, encastrés dans les sièges, les muscles du cou et du visage tirent, la Taycan vient encore de nous couper le sifflet. Le plus effrayant réside dans le fait qu’elle ne s’essouffle pas grâce à sa boîte à deux rapports. De surcroît, son autonomie en charge complète s’annonce à plus de 600 km. Encore plus diabolique ! Quant au freinage céramique, il se charge de vous retransmettre une autre décharge de G dans l’autre sens. Il faut se calmer ! Vite, mettons un peu de musique, prenons le temps. Je navigue dans les options et je trouve un onglet avec un large choix de radios thématiques, du monde ainsi qu’un choix de webradio alors je sélectionne tout naturellement Fréquence 3 pour ne pas se priver du Surround Sound System de Bose. L’expérience reste surréaliste, mais bluffante à bord d’un véhicule qui devrait désormais porter la mention « vaisseau spatial ». 

Daniel Latif 

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