International, Politique, Société

Portrait d’une époque

En France, nous avons terminé l’année 2018 avec le mouvement des « gilets jaunes » qui se poursuit en 2019.

Lors d’une émission télévisée, Bernard Tapie s’est dit sensible à leur souffrance et comprendre leurs revendications : « Ce sont des gens qui ont, à tort ou à raison, pensé qu’ils ne comptaient pas et, grâce à ce moment, ils voient qu’ils ne sont pas seuls et commencent à exister ».

À la question : « vous soutenez les gilets jaunes, mais que pensez-vous des violences qui entourent ce mouvement ? », Bernard Tapie a déclaré que cette dimension était exagérée par les chaînes d’informations, les véritables gilets jaunes ayant choisi de ne pas être violents afin de conserver toute leur légitimité.

Quand on lui a fait remarquer que le mouvement bénéficiait avant tout aux partis extrémistes, notamment à celui de Marine Le Pen, Bernard Tapie a rétorqué : « Les populistes dénoncent les souffrances quotidiennes des gens en proposant des champs de rêves, mais leurs solutions sont irréalistes – regardez le Brexit. Alors les gens devraient s’interroger sur ces solutions ». Je rejoins sur ce point Bernard Tapie. Par ailleurs, je pense qu’au lieu d’agiter le spectre de la peur et de diaboliser les populistes, les médias devraient davantage démontrer l’irréalisme de leurs solutions. Mais les médias sont-ils là pour informer ou pour manipuler la population ?

Dans sa chronique, Françoise Fressoz écrit : « Les gilets jaunes étaient encore 84 000 dans les rues samedi 19 janvier, mais plus ils manifestent, plus ils risquent de perdre la partie. C’est tout le paradoxe de cette dixième journée de mobilisation des « gilets jaunes », qui, tactiquement, est un succès par le nombre de manifestants et le recul des violences, mais qui, stratégiquement, ressemble à une impasse. Car à présent que le grand débat national est lancé, comment justifier de descendre dans la rue si ce n’est par refus du dialogue et volonté d’obtenir le départ de ce président qu’ils honnissent ».

Elle poursuit ainsi : « Emmanuel Macron n’est pas dans la réconciliation des deux France, il est dans la poursuite de son combat. C’est tout le sens de « l’opération reconquête » qu’il mène depuis une semaine auprès des maires, sous le regard des caméras et donc des Français, non pas tant pour infléchir sa politique que pour l’expliquer et tenter de la prolonger ». Elle termine par une conclusion très judicieuse : « Mais il le fait avec un tel goût du one-man-show, un tel sens de la performance personnelle, que l’idée même du grand débat en pâtit. À quoi sert de consulter les Français si leur président a réponse à tout ? ».

De plus en plus, les questions de société telles que les mouvements migratoires, l’environnement, l’identité dominent le débat public en Europe et sont un moyen efficace de diviser la société. Cette tendance ne cesse de s’accentuer. Vont-elles alors structurer le prochain scrutin européen en opposant les « progressistes » aux « populistes » comme l’a souligné le président français ? Néanmoins, la mobilisation des gilets jaunes sur des questions de justice sociale et de pouvoir d’achat pourrait changer la donne.

Je terminerai mon édito par un portrait assez pessimiste de notre époque dressé lors d’une interview par Monsieur Ömer Koç, président du Conseil d’administration Koç : « Nous traversons une conjoncture internationale très particulière en raison des défis géopolitiques et des bouleversements dévastateurs liés à la technologie. C’est pourquoi nous nous trouvons face à de nouveaux problèmes compliqués et globaux ». Ömer Koç constate la menace qui pèse sur la paix et la croissance économique que nous connaissons depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, soit depuis environ 70 ans. D’après M. Koç, nous assistons désormais à une confrontation entre l’ouverture à l’international et le repli sur soi, entre le libre-échange et le protectionnisme. Aujourd’hui, les pays développés – et en particulier les États-Unis -, qui ont élaboré une politique économique fondée sur la libéralisation, la mondialisation ainsi que la coopération, refusent de partager la prospérité et optent pour la fermeture et le repli. Par ailleurs, un peu partout dans le monde, nous assistons à un recul des droits et des libertés fondamentales. M. Koç souligne la difficulté des pays de l’Union européenne à élaborer des politiques communes, ouvrant ainsi la voie aux populistes qui se renforcent à chaque élection. Enfin, Washington désire être le « patron », et non pas le « leader » du monde.

Mireille Sadège

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