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Les portraits de Nadar à l’Institut français d’Istanbul

 L’Institut français d’Istanbul accueille jusqu’au 15 janvier l’exposition « Les grands portraits de Nadar », réalisée par le musée du Jeu de Paume de Paris. À travers une quarantaine d’épreuves argentiques, découvrez les portraits mythiques captés par le photographe français au milieu du XIXe siècle. Accoudé à une table, le regard perdu, sa tête reposant lascivement contre sa main droite, Victor Hugo semble inquiet et fatigué alors que Gaspard-Félix Tournachon, dit Nadar, le photographie dans son studio parisien. Ce dernier ne se doutait peut-être pas qu’il était en train de réaliser l’un des plus fameux portraits de l’écrivain. Un portrait mythique, qui s’inscrit dans une série d’archives photographiques dévoilées au public stambouliote à l’occasion d’une exposition exceptionnelle organisée à l’Institut français. Réalisée par le musée du Jeu de Paume de Paris, elle retrace le travail de l’artiste qui a capté l’essentiel de la société bohème et romantique du Tout-Paris dès les années 1850.

Comme Victor Hugo, ils sont des dizaines d’écrivains, de musiciens et d’hommes politiques à avoir défilé devant l’objectif du photographe. Charles Baudelaire, Georges Sand, Hector Berlioz ou encore Pierre-Joseph Proudhon, ils ont tous servi de modèle(s) pour les portraits académiques en noir et blanc de Nadar. Né en 1820 à Paris, le jeune prodige s’est d’abord adonné à l’écriture et à la caricature avant de se consacrer à l’art qui le conduira à la postérité. Fils d’un éditeur lyonnais, il travaille au début de sa carrière professionnelle au sein de différentes rédactions de journaux parisiens. Il écrit aussi des romans et des feuilletons. C’est à cette époque qu’il commence à fréquenter le cercle artistique de la capitale où il rencontre nombre des personnalités qu’il photographiera par la suite.

Mais avant cela, il se mit en tête de les dessiner. Dans un projet d’envergure, il décide de représenter toutes les personnalités importantes de la première moitié du XIXe siècle et de les regrouper au sein de quatre planches lithographiques différentes. En fin de compte, il n’en réalise qu’une seule, celle des gens de lettre, publiée en 1854 sous le nom de « Panthéon Nadar ». Regroupant 249 figures de ce temps, cette fresque lui apporte une certaine notoriété au sein de la société intellectuelle parisienne.

C’est alors qu’il se lance dans la photographie et décide de s’y consacrer pleinement. Depuis le toit de son pavillon de la rue Saint-Lazare, un lieu disposant d’une lumière naturelle suffisante, il prend des clichés de ses amis artistes. Les portraits sont formels et les poses classiques. Il mène par ailleurs différentes expérimentations dans le domaine de la lumière synthétique, mais aussi – et surtout – de la photographie aérienne. En 1858, il s’envole au-dessus du Petit-Clamart, une commune non loin de Paris, à l’aide d’un ballon dirigeable, et réalise le premier cliché de ce genre artistique. Une innovation exceptionnelle, qui lui vaut en partie d’inspirer le héros du roman de Jules Verne « De la Terre à la Lune », du nom de Michel Ardan, une anagramme de Nadar.

Nadar élevant la photographie à la hauteur de l’Art – Honoré Daumier (1862) – Lithographie

Par manque de place, le photographe décide de s’installer en 1860 dans un véritable studio de photographie boulevard des Capucines afin de poursuivre son oeuvre. Les portraits sont toujours aussi formels et les poses classiques, mais chaque modèle confère au cliché une atmosphère particulière. Le fils de Nadar, Paul, s’investit lui aussi dans le studio familial, qu’il reprend plus tard lorsque son père déménage à Marseille à l’âge de soixante-quinze ans. Après avoir remporté un grand succès à l’exposition universelle de 1900 à Paris, qui consacre une rétrospective à son oeuvre, le photographe s’éteint dans sa ville natale dix ans plus tard. Grâce à ses portraits, il reste encore de nombreux souvenirs ineffaçables de certains des plus grands monuments de la culture française. Plus important encore, Nadar a réussi une prouesse rare, comme le souligne le dessinateur Honoré Daumier dans une de ses caricatures : élever la photographie à la hauteur de l’art.

Jean-Baptiste Connolly

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