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Pourparlers de Chypre : annulation de la rencontre de ce vendredi

Ce vendredi, des discussions de paix étaient prévues entre les représentants des parties chypriote et turque de l’île. Elles ont été annulées hier par le Président chypriote, Nicos Anastasiades. Explications.

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Ces discussions étaient prévues dans le cadre des négociations de paix entre les représentants de la partie chypriote et turque visant à trouver une issue politique à la question chypriote, l’île étant divisée en deux depuis plus de 40 ans.

Une intervention turque critiquée

Pour rappel, l’île de Chypre est, encore aujourd’hui, au cœur des points d’achoppement gréco-turcs. Depuis la signature du Traité de Garantie, la Grèce, la Turquie et le Royaume-Uni font en effet partie des garants de ladite île. Ce statut quo est un compromis visant à respecter les revendications et intérêts de chacun des belligérants sur cette question. C’est dans ce cadre-là qu’il faut comprendre les évènements de 1974 : le régime dictatorial et nationaliste des colonels qui avait pris le pouvoir en Grèce en 1967, a décidé de renverser Makarios III, qui essayait de maintenir une solution d’équilibre entre les communautés grecque et turque.

Avec l’aide de l’EOKA, un organisme paramilitaire nationaliste qui sévissait alors sur l’île et qui souhaitait l’Enosis, la réunification, la junte grecque a modifié l’ordre constitutionnel en plus de présenter un danger pour les Turcs vivant au nord de l’île. C’est pourquoi l’armée turque est intervenue sur le territoire chypriote. Conformément au Traité de Garantie, qui définissait les garants de l’île et leurs modalités d’intervention, il s’agissait alors pour la Turquie d’une opération de paix légale et légitime. Mais c’est la seconde intervention turque qui est critiquée par l’opinion internationale. La Turquie n’est en effet jamais repartie et occupe aujourd’hui environ un tiers de l’île.

Des négociations nécessaires mais laborieuses

La question du sort de l’île ne s’est guère améliorée depuis lors. En 1983, la République turque de Chypre du nord a été proclamée. Elle n’est reconnue que par la Turquie. Les inégalités entre les deux zones sont criantes, d’autant que la partie nord, occupée par les Turcs, n’a pas bénéficié des aides de l’Union européenne en vue de l’adhésion chypriote. Rapidement, des discussions se sont imposées entre les gouvernements grec et turc, tant pour des raisons économiques, que stratégiques : dans le cas turc, une solution au problème chypriote ouvrirait de nouveaux chapitres pour sa candidature européenne. Pour cette raison, des négociations de paix ont lieu depuis 2004 sous l’égide des Nations unies. Ce plan Annan propose une réunification de l’île qui satisferait Athènes, avec un fonctionnement fédéral afin de garantir les revendications d’Ankara.

Entre les deux parties, des rencontres ont notamment été organisées, mais ces négociations sont laborieuses et avancent à petits pas. Elles ont été interrompues à plusieurs reprises, et si des mesures symboliques sont souhaitées et mises en avant par les deux camps, les questions de fond divisent toujours et ne semblent pas être en voie de résolution. Cependant au mois de novembre 2015, les pourparlers se sont intensifiés. La question chypriote semblait alors au coeur des enjeux diplomatiques et politiques pour la Grèce et la Turquie, d’autant que d’importantes ressources gazières ont été trouvées sur l’île. Pourquoi ce soudain revirement ?

Une interruption soudaine mais à nuancer

Si la réunion de ce vendredi a été annulée par le Président chypriote, cette décision n’était pas calculée. Il s’agit en fait d’un acte de réaction. Cette annulation fait suite à l’invitation de dernière minute adressée au dirigeant de la partie turque de l’île, Mustafa Akinci, à un dîner de chefs d’Etats. Or, la communauté internationale ne reconnaît pas la République turque de Chypre du nord. C’est pourquoi, l’accueil de ce dirigeant à un sommet de l’Organisation des Nations unies, au même titre qu’un Président, alors qu’il n’en a guère le rang, a été mal perçu par les autorités grecques. Cet épisode a ainsi été interprété comme une tentative de s’affranchir de l’autorité chypriote et de légitimer le représentant des Turcs.

L’annulation de la réunion de ce vendredi peut cependant être nuancée. Si le gouvernement chypriote a justifié cette décision par l’absence de « terrain fertile », ce dernier a tout intérêt à poursuivre les pourparlers. D’après son porte-parole, en effet, « le Président de la République réaffirme sa volonté de poursuivre le dialogue, tant que le processus de respect mutuel et la volonté d’une solution acceptable sont maintenus. Sans décision unilatérale qui cherche à revaloriser le pseudo-Etat ». Mehmet Akıncı s’est contenté de déclarer que cette annulation n’était pas son souhait. D’un côté comme de l’autre, il est peu probable que les pourparlers soient entérinés.

En dépit des difficultés rencontrées, la résolution de la question chypriote est dans l’intérêt des deux parties. Cela dit, cet incident illustre une fois de plus la complexité de ce problème. Les développements ultérieurs relatifs à ce sujet seront intéressants à étudier.

Kiymet Altan

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