Sport

Pourquoi faut-il changer la Süper Lig: entretien avec Kamel Belgin

Ancien correspondant auprès de la FIFA et de l’UEFA, amoureux des amoureux de ballons ronds qu’ils soient de foot ou de basket-ball, celui qui a assisté à plus de coupes du monde que le Brésil n’a encaissé de buts lors de la coupe du monde 2014 est revenu (en français) sur les causes de l’échec turc lors de cet Euro 2016 en France.Kemal Belgin

ALT-Bonjour Monsieur Belgin.

Kemal Belgin : Non attendez ! Avant toute chose je voudrais revenir sur la fin des quotas en Super-Lig turque, décidé l’année dernière… C’est la racine de l’échec de l’équipe à l’Euro : comment voulez-vous que des joueurs qui sont sur le banc toute l’année, ou ne rentrent qu’une quinzaine de minutes par match puisse tenir la distance dans une compétition internationale ? Dès l’année dernière et la promulgation de cette décision, j’avais annoncé que le résultat serait catastrophique, et c’est ce qu’on a observé.

ALT- Vous pensez par exemple à Arda Turan, remplaçant à Barcelone et transparent à l’Euro ?

Kemal Begin : Non pas vraiment. Turan c’est autre chose, le FC Barcelone c’est autre chose. Par exemple : prenez la défense centrale, à Galatasaray, à Besiktas, les joueurs qui la composent sont étrangers et donc pas disponibles pour la sélection. C’est pour ça qu’elle pêche autant.

En Angleterre, les joueurs doivent être internationaux pour pouvoir jouer en Premier League et les contrôles sont stricts : même Messi, s’il n’avait pas joué le nombre de match défini par l’autorité de surveillance [75% des matchs de sa sélection nationale sénior sur les deux années précédentes NLDR], ne pourrait pas jouer en Angleterre (en réalité il existe un système de contournement pour les clubs qui peuvent solliciter un panel devant statuer sur « le calibre du joueur et l’apport qu’il pourrait apporter au championnat anglais »). En Turquie, les joueurs ne bénéficient pas assez de cette protection : face à la concurrence ils ne disposent pas du temps de jeu nécessaire pour préparer sereinement les grands évènements internationaux. C’est pour ça qu’il n’y a pas de régularité dans les résultats ! La victoire de la Turquie sur la République tchèque ne doit pas faire illusion : toutes les équipes peuvent être battues une fois, même l’Allemagne. Mais pour réussir des performances comme l’Espagne (double championne d’Europe en titre) il faut assurer les fondamentaux. Le système existant est hors-sol, il n’a pas de base solide, et face à un peu résistance, il s’écroule.

ALT- Vous souhaitez le retour à des quotas plus restrictifs ?

KB : Absolument. Je suis pour un retour à des quotas de type 5+3 (5 joueurs étrangers sur le terrain + deux remplaçants), ou 6 +2. D’autant que le même phénomène atteint maintenant le basket, avec les mêmes effets comme en témoigne la large défaite contre l’équipe réserve de la Grèce (Samedi 23 juin, 78-52).

Les nouveaux quotas permettront peut-être aux clubs d’être plus compétitifs, même si c’est avec des joueurs turcs pour la plupart que Galatasaray a remporté la coupe de l’UEFA en 2000. Mais l’équipe nationale est une catastrophe : c’est avec le même effectif que Galatasaray que la Turquie avait réussi à finir troisième à la coupe du Monde 2002.

Ce n’est pas que je sois radicalement contre la libre-circulation des joueurs. Mais dans l’état les conditions sont trop déséquilibrées. Le jour où les joueurs turcs évolueront dans tous les championnats européens, en tant que titulaires, alors le championnat turc pourra largement s’ouvrir à l’extérieur, le sélectionneur n’aura qu’à appeler tous ces joueurs et on produira du beau jeu. Mais aujourd’hui, il n’y a que peu de joueurs évoluant en Europe, et quand on les appelle en sélection ils ont du mal à jouer le même football que les autres, or ce sport est un sport d’équipe.

ALT- Pourtant Emre Mor, Danois de naissance, et bientôt transféré au Borussia Dortmund en Allemagne, est une des révélations de cet Euro.

KB : Emre Mor, bien sûr, il a du talent. On verra ce qu’il devient par la suite, le Borussia l’aidera à progresser. Mais si son football est différent de celui de ses coéquipiers, si sa mentalité est différente, cela ne donnera pas de bons résultats. Une bonne équipe se construit dans la durée, autour d’un jeu collectif.

J. B-Q

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *