Politique

Poursuivi par un mandat d’arrêt, l’ex procureur Zekeriya Öz trouve refuge en Allemagne

Suite d’une histoire sans fin qui se poursuit sans que l’on ose en imaginer la fin… L’ex procureur Zekeriya Öz, récemment accusé de diffamation envers le gouvernement sur twitter, a fui le pays, un peu avant que ne soit émis un mandat d’arrêt national à son nom. Accompagné de deux autres anciens procureurs, Celal Kara et Mehmet Yüzgeç, il est actuellement en Allemagne, qu’il a rallié via la Géorgie et l’Arménie.

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L’ancien procureur, soupçonné de critiques majeures et de manigances contre l’Etat turc, a fui le pays, trouvant asile politique en Allemagne après avoir traversé la Géorgie et l’Arménie avec l’un de ses collègues, rapporte ce vendredi le quotidien Hürriyet.

Le 10 août, Zekeriya Öz a fui en Arménie en passant par la Géorgie, douze heures avant que le procureur en chef de Bakırköy, à Istanbul, n’émette un mandat d’arrêt contre lui et deux autres anciens procureurs, Celal Kara et Mehmet Yüzgec. Les inculpés sont accusés de tentatives de renversement du gouvernement et de participation à des organisations criminelles. Le rapport indique que M. Öz a fui en Allemagne via la Géorgie puis l’Arménie sans encourir de problèmes parce que le mandat d’arrêt n’avait pas été délivré dans les temps. L’ex procureur laisse derrière lui des traces sous-entendant d’éventuelles intentions complotistes, plus particulièrement le controversé procès-fleuve Ergenekon pendant lequel il a été accusé de violation des droits de l’homme. Celui-ci est aussi à l’origine de l’enquête relative au scandale de corruption de décembre 2013, plus grave affaire en date dans le pays, impliquant notamment des figures majeures du gouvernement comme quatre anciens ministres alors en exercice : Muammer Güler, Erdoğan Bayraktar, Egemen Bağış et Zafer Çağlayan.

Ahmet Çörtoğlu, juge d’un des anciens suspects des procès Ergenekon, Tuncay Özkan, assure que les autorités turques ferment les yeux sur la fuite de Zekeriya Öz. M. Çörtoğlu souligne le fait que les autres procureurs avaient été démis de leurs fonctions aussitôt qu’un procès a commencé, et met en cause le fait que cette pratique n’a pas été instituée pour Zekeriya Öz, Celal Kara et Mehmet Yüzgeç. « Les règles ne se sont pas appliquées à eux parce qu’ils avaient trop de preuves à avancer contre le gouvernement. Le mandat d’arrestation en question n’est pas la conséquence des procès d’Ergenekon, mais des affaires de corruption. Cependant, on les a autorisés à fuir. Ou bien le mandat d’arrestation a été émis après qu’ils ont pris la fuite, ou bien les Gülenistes sont toujours actifs dans le milieu judiciaire, et leur ont prêté main forte. », ajoute-t-il.

Le cousin de Zekeriya Öz, Yusuf Öz, pour le Parti démocratique (DP) pendant les élections de juin, alimente le débat en confiant à l’agence Doğan que l’ex procureur n’aurait pas du fuir. Yusuf Öz estime que son cousin aurait été manipulé par le gouvernement AKP, et qu’il a probablement fui parce qu’il ne faisait plus confiance au système judiciaire turc. « Hier, il a été célébré comme un héros, aujourd’hui, il est blâmé comme un traître, c’est une situation qui nécessite d’être analysée », considère-t-il. Yusuf affirme que son cousin a été victime de poursuites pour complot présumé à cause de ses relations avec Fethullah Gülen : « Il a fréquenté une de leurs écoles et était reconnaissant envers le mouvement Gülen. C’est probablement pour cela qu’il s’est senti contraint de travailler avec eux. En vérité, c’est une personne avenante, nationaliste et religieuse », assure-t-il.

On ne sait pas si l’Allemagne est la destination finale du procureur. En attente de plus d’informations sur une affaire pour le moins trouble.

Elisabeth Raynal

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