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Premier scrutin pour les Saoudiennes

L’Arabie saoudite était le dernier pays à ne pas autoriser ses citoyennes à voter. Le 13 décembre, les Saoudiennes ont pour la première fois pu voter, et se faire élire, lors du premier scrutin municipal ouvert aux femmes dans le royaume.

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A l’occasion des troisièmes élections municipales du pays, après 2005 et 2011, les femmes saoudiennes accédaient pour la première fois aux urnes et au statut de candidate. Pour cette occasion historique, près de 1000 Saoudiennes s’étaient présentées, dont 22 ont pu concourir, sur un total de 46 candidats. Les électeurs choisissaient ce samedi 13 décembre 284 de leurs conseillers municipaux, sur 2000 sièges à pourvoir au total. Les sièges restants seront pourvus par le pouvoir dans les semaines à venir – sachant qu’en l’absence de Parlement, les suffrages n’existent pour les élections municipales.

Au moins 17 saoudiennes ont été élues à l’issue de ce premier scrutin. Si la balance des genres est encore largement inégale et malgré les nombreuses limites que ces nouveaux droits féminins comportent, c’est néanmoins une grande étape pour les droits des femmes dans le pays, connu pour être ultraconservateur et faire peu de cas des droits de l’Homme et surtout des femmes. Le vote et l’éligibilité des femmes saoudiennes étaient une promesse du roi Abdallah dès 2011, au nom d’une « modernisation équilibrée ». Certains craignaient que le roi Salman, au pouvoir depuis moins d’un an et moins enclin aux réformes sociales que son prédécesseur, ne revienne sur cette décision. De même le roi Abdallah avait nommé, au moment des révolutions arabes, une trentaine de femmes au Majlis al-Choura, le conseil consultatif du royaume, qui évalue les propositions de loi – sans pouvoir les modifier ni si opposer.

La campagne électorale pour le moins encadrée : interdiction de montrer son visage sur les affiches électorales, interdiction de s’adresser à des électeurs du sexe opposé… Un certain nombre de candidatures féminines ont également été rejetées par la commission électorale du royaume. Par ailleurs, si l’avancée est historique, l’enjeu est en revanche limité : seul un tiers des conseillers municipaux sont désignés par les citoyens, avec un corps électoral largement masculin (seulement 130 000 électrices, soit dix fois moins que les électeurs masculins). Le pays ne compte que 1,3 millions d’électeurs sur quelques 20 millions de Saoudiens, mais les femmes doivent surmonter de nombreux obstacles pour s’inscrire sur les listes électorales : interdiction de conduire, moins de bureau d’enregistrement féminins que masculins, dépendance à l’égard de leurs tuteurs masculins (père, frère, mari…) pour nombre d’actes de la vie quotidienne… Qui plus est, les municipalités ont des responsabilités limitées, la monarchie et la famille royale gardant la main sur à peu près toutes les affaires du royaume.

Dans le pays des lieux saints (la Mecque et Médine), l’application stricte de la doctrine wahhabite maintient les femmes dans un statut de quasi-mineures. Certaines regrettent que le gouvernement n’ait pas abaissé le système de tutelle étouffant plutôt que de leur attribuer le droit de vote.

Coralie Forget

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