International, Politique

Une première rencontre « particulière » entre Donald Trump et Angela Merkel

Vendredi 17 mars, le nouveau Président américain a rencontré la chancelière allemande, Angela Merkel, pour la première fois. Une rencontre diplomatique entre désaccords et apaisement avec une image qui restera dans les annales.

Alors que certains pensaient qu’une fois à la Maison-Blanche Donald Trump allait s’assagir, le 45e Président américain ne semble pas l’entendre de cette oreille et les règles de la diplomatie ne semblent pas encore une seconde nature chez lui.

Vendredi 17 mars, Angela Merkel rencontrait pour la première fois son homologue américain afin de rassurer sur les relations transatlantiques et plus particulièrement en ce qui concerne les liens germano-américains alors que la chancelière allemande tente de brider un nouveau mandat.

Divergences

La chancelière allemande et le Président américain ont abordé des sujets sources de tensions entre leurs deux pays, à savoir l’immigration, le libre-échange et l’OTAN. Ils auraient aussi évoqué la lutte contre l’État islamique ainsi que les conflits en Afghanistan et en Ukraine.

Lors de la brève conférence de presse qui s’en est suivie, le milliardaire a tenté de calmer les inquiétudes concernant l’engagement américain envers l’alliance militaire qu’il ne cesse de qualifier « d’obsolète » : « J’ai redit à la chancelière Merkel mon soutien sans faille à l’OTAN », mais il a tout de même ajouté qu’il était temps que les alliés européens paient « leur juste part pour la défense ». La dirigeante allemande a alors continué le jeu de l’apaisement en stipulant que « l’Allemagne devait augmenter ses dépenses », et en ajoutant : « Nous nous engageons aujourd’hui à cet objectif de 2% du PIB jusqu’en 2024 ».

Les relations commerciales transatlantiques ont aussi été au cœur de la rencontre. Le protectionniste américain s’est voulu de nouveau rassurant : « Je ne suis pas un isolationniste, je suis un partisan du libre-échange, mais aussi du commerce équitable, et notre libre-échange a conduit à beaucoup de mauvaises choses », face à une chancelière allemande qui a prôné la reprise des négociations commerciales du traité transatlantique (TTIP), lancées en 2013, que le président américain estime être une menace pour l’industrie de son pays.

Quant à l’immigration, impossible de trouver un terrain d’entente. Donald Trump, fidèle à ses positions, n’a pas hésité à lancer que l’immigration est « un privilège, pas un droit », mettant ainsi clairement de côté ses obligations internationales et les droits contenus dans la Convention sur les réfugiés de 1951 auquel les États-Unis sont Parties. Ce à quoi a répondu la chancelière en critiquant le fameux muslim ban américain.

En revanche, alors que Donald Trump commence déjà à couper les budgets consacrés à la lutte contre les changements climatiques, les questions écologiques n’ont pas été abordées. Madame Merkel aurait-elle conscience qu’il est tout bonnement impossible de faire entendre raison au Président américain sur la question ?

Malaise…

Mais, finalement ce qu’on retiendra c’est le comportement du Président américain qui a dépassé toutes les attentes ! Après avoir fait le « buzz » sur les médias sociaux à la suite de la poignée de main échangée qui n’en finissait plus avec le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, et la technique du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, pour s’abstenir de cet instant diplomatique qui a tendance à devenir on ne peut plus gênant, on se demandait bien comment Mme Merkel allait gérer ce moment. Elle n’en a finalement pas eu l’occasion.

C’est au sein même du Bureau Ovale que, alors que les journalistes demandaient à ce que les deux dirigeants échangent une poignée de main pour les photos, le Président américain a esquivé de façon offensante ce rituel diplomatique. En effet, à la demande des journalistes, Angela Merkel se retourne vers son homologue afin de se prêter au jeu, mais voilà que Donald Trump décide de continuer à regarder droit devant lui, ignorant clairement la chancelière.

Malaise… d’autant plus que l’ambiance ne s’est pas réchauffée quand, à la fin de la conférence de presse, le président américain a tenté une pointe d’humour en affirmant que Washington et Berlin avaient peut-être « quelque chose en commun » : la mise sur écoute de la précédente administration. La chancelière allemande n’a pas esquissé un sourire.

Les relations bilatérales ne risquent pas de s’améliorer étant donné le tact de M. Trump qui, le lendemain de cette rencontre, a accusé sur Twitter Berlin de devoir « d’énormes sommes d’argent » à l’OTAN, mais aussi aux États-Unis.

Colère outre atlantique

Cette rencontre a engendré un vent de colère en Allemagne. Dimanche, la ministre de la Défense allemande, Ursula von der Leyen, a rejeté en bloc les accusations du Président américain concernant les dettes allemandes envers l’OTAN et les États-Unis.

C’est dans un communiqué que la ministre allemande a répondu à Donald Trump : « Il n’existe pas de compte où sont enregistrées des dettes au sein de l’OTAN », avant d’ajouter que les dépenses militaires sont aussi affectées « à nos missions de paix dans le cadre de l’ONU, à nos missions européennes et à notre contribution à la lutte contre l’État islamique ». Elle en a aussi profité pour préciser que l’augmentation des dépenses militaires promises vendredi ne serait pas destinée qu’à l’OTAN : « Vouloir lier les 2 % que nous voulons atteindre au milieu de la prochaine décennie seulement à l’OTAN est erroné »

La presse allemande est abasourdie et ne cesse de revenir sur la « non-poignée de main » perçue comme un véritable affront outre-Rhin. Les médias allemands concèdent que ce moment de malaise reflète malheureusement parfaitement l’atmosphère de cette rencontre et les relations germano-américaines.

Camille Saulas

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