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Présidence de la Turquie au G20 : une continuité face aux défis turcs

Ali Babacan, Recep Tayip Erdogan et Barack Obama au Sommet du G20 de Pittsburgh en 2009

Ali Babacan, Recep Tayip Erdogan et Barack Obama au Sommet du G20 de Pittsburgh en 2009

La reprise économique mondiale observée depuis quelques mois serait-elle en train de subir les hésitations actuelles des pays émergents ? C’est une des questions qui inquiète et dont se sont préoccupés les responsables économiques des vingt plus grandes puissances mondiales réunies à Sydney en Australie, lors du weekend du 21 février dernier.

L’année prochaine sera l’année de la présidence turque au club des vingt économies les plus influentes du monde. Fondé en 1998, le G-20 vise à permettre une concertation élargie entre ses membres, concernant la stabilité du système financier mondial. Ils représentent à eux seuls près de 90% du Produit Mondial Brut pour environ deux-tiers de la population mondiale, d’où leur certaine légitimité.

Enjeux mondiaux au menu des débats des Vingt !

Bien que la présidence permute chaque année, les orientations du G-20 suivent une certaine continuité en fonction de la situation économique du monde. À la suite de la crise de 2008 et des mesures immédiatement adoptées – par le FMI et la Banque Mondiale – pour stopper l’hémorragie globale, le groupe des Vingt s’est fixé comme orientation commune de doper la croissance économique mondiale d’ici à 2018 de 2%, ce qui selon eux représente l’équivalent de « deux milles milliards de dollars supplémentaires » et des « millions d’emplois » à venir. En conférence de presse, le Trésorier australien Joe Hockey a expliqué vouloir « donner un objectif chiffré dans le but de l’atteindre ensemble ». Des chiffres que Jacques Attali, économiste et écrivain, remet en cause : « C’est formidable pour les États-Unis, ce le serait aussi pour l’Europe occidentale parce que nous avons un niveau de vie très élevé, mais il faut voir à quoi correspondent ces 2% (…) Si c’est par rapport à un niveau de vie très bas, ça représente très peu ». Il convient de considérer « le montant absolu. De ce point de vue, la Turquie a besoin de 6-7% ».

Carte des pays membres du G20

Carte des pays membres du G20

L’objectif mérite que soit instauré un réel programme à l’échelle mondiale. Cette hausse de deux points du PIB mondial implique l’intervention stratégique et commune des états à travers le FMI et la Banque mondiale, uniques décisionnaires. Cela concernerait l’investissement et l’emploi principalement, mais aussi les infrastructures, la régulation des devises et la fiscalité internationale.
Cette dernière est une nouveauté qui semble prendre tout son sens, à l’heure actuelle, et concerne principalement l’évasion fiscale. Pour Jacques Attali, qui considère que le G-20 n’a aucune légitimité de par son caractère « informel » et non institutionnel, la lutte contre la fraude fiscale doit se faire « par des institutions compétentes, qui sont pour l’instant l’OCDE ».
Le Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, estimait dans un communiqué qu’en 2013 l’évasion fiscale représentait 1000 milliards d’euros par an pour les États membres. À l’échelle mondiale, le FMI l’estime à 5 500 milliards d’euros.
Si cette volonté commune semble se mettre en place depuis 2009 et que des progrès ont été faits, les réels gains sont encore à venir.

Ali Babacan : « Nous sommes tous sur le même bateau »

À un peu moins d’un an de sa prise de fonction à la présidence du G-20, Ali Babacan, le Vice-Premier ministre turc, en appelle à la solidarité des membres du club des Vingt et demande de garder « la voie du dialogue ouverte », assurant que la Turquie continuera de proposer et de travailler conjointement avec ses homologues d’ici à la fin de l’année.
Voilà comment petit-à-petit, la Turquie, 17ème puissance mondiale et dont la croissance annuelle flirte avec les 3,5%, se place dans la cour des grands. Cette présidence turque l’année prochaine sera l’occasion « de montrer [sa] compétence diplomatique, [sa] capacité à être un arbitre et à aider à la résolution des problèmes » selon l’économiste français.
Les objectifs décidés en ce début d’année seront donc l’apanage de la présidence turque en 2015. Les efforts commencés seront à prolonger avec l’ensemble des vingt puissances. Si elle est loin d’être un exemple sur le plan politique, la Turquie peut se targuer d’avoir une économie saine, un déficit à 36% du PIB, des investissements étrangers en hausse sur son territoire et une main d’œuvre de plus en plus formée. Elle est un des bons élèves de ce groupe des Vingt.
Pour Jacques Attali, les problèmes politiques actuels en Turquie ne constituent pas un frein à sa place dans le G-20 : « ce n’est pas le lieu où on peut parler des droits de l’Homme, ni du fondamentalisme » nous a-t-il confié, « l’opinion des membres du G-20 n’est pas la même, il y a des régimes sociaux et politiques très divers ».
Dans une autre mesure, Ali Babacan a fait part de ses envies d’élargir les préoccupations et les attributions du G-20 au-delà de la finance et du monde économique. Selon l’agence de presse officielle turque, Anadolu Agency, qui rapporte ses propos, la Turquie se demanderait « comment rendre plus pertinent le G-20 pour les pays les moins avancés » en donnant l’exemple d’un G-20 concerné par les « questions humanitaires » et « environnementales ». Une idée loin d’être inintéressante mais qui sera sans aucun doute peu efficace.
Enfin, en ce qui concerne le conflit en Ukraine et en fonction de ce qui se passera dans les prochains mois, le G-20 pourrait également être le terrain de débats. J. Attali ne rejette pas l’hypothèse selon laquelle « certains pays pourraient avoir la volonté d’exclure certains de ses membres » et imagine même une « remise en cause de la réunion du G-20 sous présidence turque ».
Il serait cependant un peu tôt pour imaginer une annulation des réunions du G-20 en 2015.

Alors que la stabilité économique mondiale connaît des turbulences, la Turquie, de par ses futures responsabilités, aura son mot à dire au cours des prochaines années dans le concert international et notamment dans les futures réunions du G-20.

Pierre Lelièvre

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