International, Politique

La présidence d’Emmanuel Macron face aux défis européens et internationaux

La nette victoire d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen le soir de la présidentielle française le dimanche 7 mai 2017 (66,1 % contre 33,9 %) ouvre une période d’incertitude, mais aussi d’espoir. En effet, si la mesure du plein déploiement de la politique envisagée par Emmanuel Macron ne pourra probablement pas avoir lieu avant la majorité qui se dégagera des élections législatives de juin prochain, on peut d’ores et déjà esquisser quelques tendances au travers des ambitions de ce nouveau président de la République qui, arrivé au pouvoir à 39 ans, est le plus jeune de toute l’histoire de France.

Crédit Photo – Stéphane de Sakutin Agence France-Presse

Classé sixième des grands chantiers que se propose d’ouvrir le nouveau président dans son programme, « L’Europe et l’international » présente sans le moindre doute beaucoup de défis pour Emmanuel Macron.

Le premier est évidemment celui de l’Europe pour laquelle les déclarations des dirigeants des 27 ont été presque unanimement favorables dans les jours qui ont suivi le 7 mai. Le président élu devra dans l’immédiat gérer la fin des négociations sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (UE) qui s’annoncent d’autant plus difficile qu’il s’agit là de trouver le point d’équilibre concernant la manière dont l’UE va pouvoir vivre désormais aux côtés de l’Angleterre qui deviendra de facto un nouvel État périphérique de l’UE ; le tout sans que cela ne soit trop dur pour elle – ce qui provoquerait un risque d’implosion du Royaume-Uni -, ni trop modéré non plus – ce qui serait jugé comme inacceptable pour les 27 membres de l’Union. Toujours dans le dossier européen, s’annonce l’important travail de raccommodage du couple franco-allemand qui fut mis à mal avec la crise économique et financière des années 2008-2010 puis la crise de l’Euro en 2010 et enfin dégradé durant le quinquennat du précédent président François Hollande. Annonçant, dès son discours de victoire du 7 mai place du Carrousel du Louvre, son souhait de relance de la construction européenne qu’il n’avait d’ailleurs jamais cessé de proclamer durant toute sa campagne, Emmanuel Macron marque sans nul doute le retour d’un espoir dans ce domaine comme nous l’avons souvent indiqué dans nos précédentes chroniques.

Dans ce domaine, côté allemand, les élections législatives de l’automne 2017 font que, sans doute, rien de marquant ne se produira avant celles-ci. Toujours est-il que les premiers contacts entre le président et la chancelière Angela Merkel, que celui-ci a rencontrée dès le 15 mai, seront importants pour l’avenir, tout comme la possibilité que cette dernière reste au pouvoir ou que le SPD ouvre une voie d’alternance – ce qui est de moins en moins certain manifestement. Le 15 mai a vu une série de déclarations communes et le souhait du nouveau président d’une relance « historique » de l’Europe et de la zone euro associée à un renforcement du couple franco-allemand. Autant dire que les premiers moments dans ce domaine, comme cela avait été annoncé, sont en effet marqués de signaux forts et optimistes vers l’avenir. Le nouveau président devait aussi rencontrer dès le 17 mai le président de l’Europe, Donald Tusk, ce qui fut analysé comme étant encore un signal important vers la relance.

Le second défi international sera le cap à donner à la position de la France face aux autres grands dossiers. En effet, comme pour l’Europe, les dirigeants des États-Unis, de la Chine ou encore de la Fédération de Russie ont salué l’arrivée du nouveau président. On notera donc pour ces principaux dossiers, le positionnement face à la question syrienne ainsi que l’ensemble des autres questions liées au Proche-Orient. À ce titre, le 25 mai en marge du sommet de l’OTAN, le nouveau président a prévu de rencontrer son homologue turc Recep Tayyip Erdoğan, une initiative qui sera importante à n’en pas douter. Le dialogue à tenir face aux États-Unis sera lui aussi un des enjeux. En effet, le discours officiel aux États-Unis au sujet du climat a profondément changé depuis l’époque Obama, et le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, a prévu de quitter l’Accord de Paris, ceci donnant à Emmanuel Macron le rôle de défenseur de la COP 21. Dans ce cas là aussi, la première rencontre avec le président Trump aura lieu lors du sommet de l’OTAN, le 25 mai prochain. De même – et n’est-ce pas là le plus urgent -, il faudra prendre en compte le changement potentiel de discours vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine en particulier en ce qui concerne la crise ukrainienne et plus largement de la manière dont la France – et par extension l’UE – pourrait prendre en compte l’incontestable retour de l’influence russe sur une bonne partie du continent européen.

En résumé, et au moment où nous écrivons ces lignes, la victoire d’Emmanuel Macron et de son mouvement En Marche !, le 7 mai dernier, est un événement à plus d’un titre inédit dans l’histoire de la Ve République, car il offre une occasion de recomposition de l’espace politique français que nous aurons l’occasion de voir d’ici aux législatives de juin prochain. Dans ce même cadre, on constatera que c’est aussi la victoire du plus européen de tous les candidats de cette dixième consultation présidentielle depuis la fondation de la Ve République en 1958.

Le choix de l’Hymne à la joie de la 9e symphonie de Beethoven (qui est aussi l’hymne européen), pour annoncer sa victoire le 7 mai 2017 au pied de la pyramide du Louvre, est sans conteste un signe très clair donné pour un nouvel élan européen et un signe d’espoir pour les autres membres d’une UE si malmenée ces dernières années par les diverses crises.

Le recul des populismes d’extrême droite aux dernières élections en Autriche, et tout récemment aux Pays-Bas, donne ici sans conteste encore plus de poids à la victoire d’Emmanuel Macron.

Il n’appartient donc plus qu’à ce dernier de donner corps à ce nouvel élan européen tant souhaité dans les semaines et les mois à venir. Cela sera d’autant plus important que la victoire de ce dernier pourrait bien être le levier menant à une relance du couple franco-allemand et donc par essence même à un nouveau souffle pour l’UE ?

Tous ces défis seront donc à relever par le nouveau président de la République, associé à son Premier ministre, Édouard Philippe, nommé le 15 mai 2017, mais aussi de son gouvernement formé le 17 mai. En cela, la nomination de Jean-Yves Le Drian à la tête d’un ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (on notera toute l’importance du changement de nom) ainsi que de Marielle de Sarnez en tant que ministre chargée des affaires européennes et forte de 17 ans d’expérience en tant que députée européenne, s’ajoutent à autant d’excellents signes pour l’avenir.

Dr Olivier Buirette 

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