International, Politique

La présidentielle vue d’Allemagne

« Europa atmet auf » (l’Europe respire). C’est ainsi que le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a commenté sur son site, seulement quelques minutes après l’annonce des résultats, la victoire d’Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle. Cette phrase résume bien l’état d’esprit en Allemagne. Soulagés par la défaite de Marine Le Pen, bon nombre de nos voisins allemands sont également euphoriques quant au prochain quinquennat. D’où vient cet engouement autour du nouveau président français outre-Rhin ? Et plus généralement, comment ont été perçues les présidentielles par les citoyens et les médias allemands ? Retour sur la campagne présidentielle vue par l’Allemagne. Incontestablement, tous les cinq ans, l’élection présidentielle est un moment majeur de la vie politique et médiatique française qui passionne au-delà des frontières de l’Hexagone. Le scrutin de cette année ne fait pas exception à cette règle, bien au contraire. En Allemagne, premier partenaire commercial de la France, jamais une campagne présidentielle française ne semble avoir été autant suivie que celle de 2017. Ces derniers temps, après le Brexit et l’élection de Donald Trump, la peur d’un nouveau tremblement de terre politique était palpable au sein du gouvernement de Mme Merkel à Berlin. Cette dernière n’a d’ailleurs pas hésité à saluer, dès le début de la campagne, la candidature pro-européenne de M. Macron. Les sociaux-démocrates du SPD et leur candidat Martin Schulz se sont, eux aussi, vivement félicités de la candidature d’En Marche! La devise des principaux partis politiques allemands était donc claire : tous derrière Macron et en bloc contre Le Pen. C’est aussi le choix qu’ont fait la grande majorité des rédactions outre-Rhin.

Macron, l’Européen

Repeint par les médias allemands comme le sauveur de l’Union européenne (UE), M. Macron a vite vu sa popularité monter en flèche chez nos voisins qui, d’après un récent sondage, approuvent à plus de 80% l’action de l’UE. Au fil de la campagne, le candidat d’En Marche! est ainsi devenu plus qu’un simple pro-Européen pour la presse allemande, il s’est transformé en un véritable « porteur d’espoir ». Cet espoir a été repris par une partie de la société civile, à savoir les partisans du mouvement pro-européen Pulse of Europe, qui, chaque dimanche, manifestaient leur soutien au candidat Macron et à l’UE tout en rejetant les idées du Front National et de sa candidate. Le duel Macron-Le Pen, dont la représentation collective était proche de l’image caricaturale du combat entre le bien et le mal, s’est rapidement imposé dans les têtes comme unique grille de lecture du scrutin français.

Et les autres candidats dans tout ça ? Mis à part M. Fillon et ses affaires judiciaires, ils n’ont presque pas eu leur place dans les colonnes de la presse allemande, jusqu’au soir du 4 avril et le grand débat télévisé inédit entre les onze candidats en lice.

L’imprévu Mélenchon

En effet, lors du grand débat télévisé, les Allemands n’ont pas seulement été étonnés de découvrir autant de nouveaux visages, mais ils ont également été surpris par la prestation de M. Mélenchon qui est sorti grand gagnant de la soirée. À partir de ce moment, le candidat insoumis a commencé à grimper dans les sondages, M. Fillon est revenu dans la course et le duel annoncé entre M. Macron et Mme Le Pen s’est transformé en une bataille à quatre. Dès lors, une grande partie de la presse allemande, angoissée par son programme de rupture avec les actuels traités européens, n’a pas attendu pour discréditer M. Mélenchon. Le grand hebdomadaire Die Zeit est même allé jusqu’à mettre un signe égal entre le candidat de La France Insoumise et la candidate d’extrême droite, Mme Le Pen.

Et maintenant la désillusion ?

À la fois soulagée et satisfaite du résultat des présidentielles, la grande majorité des Allemands attend désormais beaucoup du président Macron. Pour eux, le nouveau président français a pratiquement déjà sauvé l’Europe ainsi que le couple franco-allemand. Pourtant, le mythe Macron pourrait vite retomber sur terre. Ce n’est pas parce que le locataire de l’Élysée change, que la politique européenne menée depuis dix ans commencera à fonctionner. De plus, si la cote de popularité de M. Macron commençait à baisser en France, l’opinion publique allemande suivra très certainement cette tendance et retira sa confiance à M. Macron. Un sort qu’ont notamment connu les présidents Sarkozy et Hollande. Quoi qu’il arrive, il est fort probable qu’à la fin du quinquennat l’image du président Macron aura beaucoup changé outre-Rhin.

Raphael Schmeller 

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