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La « puissance calme » face à ses défis : La Chine au printemps 2018

La semaine du 23 avril 2018 aura mis une fois encore l’Asie au centre de l’actualité internationale avec la rencontre historique entre les chefs d’État des deux Corées dans le lieu hautement symbolique de la zone démilitarisée, DMZ, à Panmunjeom.

Ce moment important vers la voie d’une réconciliation espérée entre les deux États aux termes d’une guerre fratricide qui les a opposées de 1950 à 1953, soit il y a maintenant 65 ans, a été précédée d’une rencontre non moins historique entre le leader de la Corée du Nord, Kim Jong-un (au pouvoir depuis 2011), et le président Chinois, Xi Jinping, aux affaires depuis 2013.

Les rapports de forces sont en effet sur le point d’être modifiés dans la région, ce qui se concrétisera sans doute par le sommet États-Unis – Corée du Nord annoncé pour juin prochain au plus tard.

Où en est la Chine en 2018 ? Même si sa croissance s’est un peu « essoufflée » avec « seulement » 6,5 % par an, ce pays immense de 1 milliard 379 millions d’habitants et de presque 10 millions de km2, comportant des mégapoles comme la capitale Pékin ou Shanghaï qui dépassent largement les 20 millions d’habitants, est en pleine expansion et continue de progresser sur la scène économique, diplomatique et géostratégique internationale.

Le seul exemple des grandes villes de l’ouest, dont le développement était un des axes de la politique récente du régime chinois, est un véritable succès avec, entre autres, la tentaculaire capitale du Sichuan, Chengdu, qui a plus de 14 millions d’habitants et qui constitue un pôle majeur d’attractivité. Autre exemple, la province du sud, le Yunnan, qui occupe une position stratégique clef puisqu’elle est frontalière avec la Birmanie, le Laos et le Vietnam. De plus, sa capitale, Kunming, avec ses neuf millions d’habitants, est en pleine expansion. Toutes ces villes fonctionnent sur le même modèle : une activité qui ne s’arrête jamais, un gigantisme dans tous les domaines, et une suractivité qui engendre le fait que le visage de ces cités change en l’espace de six mois à peine. Le nouveau World Trade Center de Kunming, constitué de « Twin Towers » à l’américaine, de même que la dernière ligne de métro ouverte il y a à peine un an et son aéroport international totalement futuriste qui évoque la forme d’une pagode géante sont tant d’éléments qui le prouvent.

Malgré la récente polémique concernant le président Xi Jinping qui a supprimé la limite des deux mandats du chef de l’exécutif, la Chine est omniprésente sur la scène mondiale. On rappellera que celui que l’on surnomme « Xi Dada » n’est au pouvoir que depuis 2013 et que son prédécesseur, Hu Jintao, était resté au pouvoir 10 ans (de 2002 à 2012). La Chine, dont l’économie est présente partout, rencontre un certain succès dans ses investissements avec les pays d’Afrique qui semblent de loin le préférer aux anciennes puissances colonisatrices ou aux États-Unis par exemple. L’Empire du Milieu que l’on avait surnommé un temps « l’atelier du monde » fabrique par exemple à présent ses TGV et développe sa propre industrie et sa propre technologie. « La puissance calme » est désormais autonome et impressionne par sa rapidité et son dynamisme tous ses visiteurs.

Cette sphère de prospérité, malgré les récentes tensions commerciales avec les États-Unis, pourrait sans doute continuer à se développer si certains points de tensions ne devaient toutefois subsister.

Deux points principaux sont ici à mentionner :

Au nord avec le cas de la Corée du Nord et de son programme nucléaire, et le fait que Pékin ne peut pas perdre cet allié dans la région au nom d’un fragile équilibre qui est le résultat de la guerre de Corée entre 1950 et 1953. Quoiqu’il advienne, la Chine soutient le régime de Pyongyang.

Cependant, comme nous l’évoquions au début de cet article, la rencontre historique qui a eu lieu en avril dernier entre les deux présidents Coréens et le sommet annoncé entre le président des États-Unis, Donald Trump, et son homologue Nord-Coréen, Kim Jong-un, sont prometteurs pour l’avenir.

Au Sud, la situation est différente. L’ile de Taiwan reste encore à ce jour considérée comme « l’autre Chine », celle qui est restée opposée au régime communiste proclamé en 1949 par Mao et qui fut dirigée par le leader nationaliste Tchang Kaï-chek jusqu’à sa mort en 1975. Pékin n’a de cesse de réclamer la réunification avec la mère patrie, mais ceci se fera-t-il sans violence ? Taiwan avec ses 23 millions d’habitants (soit moins que la seule ville de Shanghai et ses 24 millions d’habitants) semble bien petite face à son immense voisin.

Nous avons là sans doute un des principaux défis sur le plan géopolitique dans les années à venir. Il en est de même avec les enjeux que représentent les revendications sur d’autres petites iles de la mer de Chine méridionale.

Aussi pourrions-nous sans doute imaginer que la paix qui semble se profiler entre les deux Corées, sous le haut patronage des États-Unis et sans doute en y associant la Chine et la Russie, pourrait aboutir à une détente dans toute la région.

Il ne resterait alors que les différents commerciaux entre la Chine et les États-Unis. Toutefois, il est manifeste que, au moment où nous allons aborder les années 20 du XXIe siècle, l’année 2018 va offrir l’opportunité d’une nouvelle donne dans cette partie de l’Asie.

Est-ce que la communauté internationale associée à une Chine qui, plus que jamais, est en pleine expansion saura relever ce défi ? Il nous est, je crois, permis de l’espérer.

Dr Olivier Buirette

 

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