Politique, Société

Quand les chaînes d’information contribuent à propager la peur

Images passées en boucle, interviews sidérantes ou encore informations approximatives: voilà comment on pourrait résumer, en quelques mots, la façon dont certaines chaînes d’information en continu ont traité les derniers attentats terroristes.news-media-standards Il est naturel, à l’annonce d’un évènement tel que l’attentat terroriste perpétré à Nice le soir du 14 juillet, de vouloir en savoir plus : pourquoi, comment, qui, quelles conséquences? C’est pour répondre à ces questions que l’on fait ce que la plupart d’entre nous font: on allume la télévision.

Le regard ébahi et l’âme meurtrie, on regarde ces journalistes se rendre sur les lieux du drame et décrire les scènes d’horreur, on écoute ces spécialistes nous donner des chiffres, des solutions, répondre à nos questions dans la précipitation, alors que le drame vient d’avoir lieu et que des corps gisent encore sur le sol. Et alors, toujours essentiellement dans le cadre de la « priorité à l’information », les chaînes de télévision se battent pour diffuser le plus rapidement ce qu’elles savent. Seulement, une information diffusée rapidement ne peut pas, la plupart du temps, être vérifiée et s’avère donc inutile, ce qui confine à l’absurde.

C’est ainsi que LCI annonçait une « prise d’otage » la nuit du 14 juillet à Nice, avant d’admettre que « rien n’est confirmé, ce sont des rumeurs ». On peut aussi prendre l’exemple de BFMTV, interviewant, la même nuit, un restaurateur sur la Promenade des Anglais qui disait : « on n’a aucune information, les policiers nous ont dit de rester en bas ». Priorité à l’information, mais à quelle information? Si, cette nuit-là, BFMTV et LCI ont choisi l’information du direct sans forcément vérifier l’utilité et la véracité des propos diffusés, France 2 a fait bien pire. La chaîne nationale a choisi celle du choc, de l’émotion, des larmes et de l’inacceptable. Ainsi, après avoir diffusé plusieurs fois -et au ralenti- une vidéo du camion fou fauchant la foule, c’est une interview, réalisée par un journaliste dont l’éthique serait à revoir, d’un homme en état de choc, assis par terre à côté du corps de sa femme, mortellement touchée par le camion.

Ces images répondent-elles à notre besoin de comprendre ou ne font-elles que nourrir notre peur? J’opte plutôt pour la deuxième réponse. Tristement habitués à ces tristes évènements, peut-être devrions-nous changer nos habitudes « naturelles ». Oublions un peu le poste de télévision, les images teintées de sang et les spécialistes improvisés articulant des théories absurdes. Et si l’on arrêtait de se précipiter et que l’on attendait de vraies informations, vérifiées, importantes, judicieuses ? Au lieu de mettre en lumière l’horreur, le terrorisme et la détresse, peut être que ces chaînes d’information en continu -et cela vaut aussi pour toutes les chaînes de télévision finalement- devraient-elles revoir leur définition du mot « information » et réviser leurs méthodes. « Le rôle des journalistes n’est plus d’annoncer une information, mais de la confirmer », expliquait Nicolas Vanderbiest, assistant en relations publiques à l’Université catholique de Louvain, sur son site internet Reputatio Lab. À méditer.

Charlyne Thiery.

           

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