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Que retiendra finalement la Turquie de sa réunion avec l’OTAN ?

La réunion des 28 Etats membres de l’OTAN s’est déroulée à Bruxelles hier, mardi 28 juillet, et a finalement débouché sur le soutien général des pays alliés qui ont tous offert à la Turquie leur appui face au groupe Etat Islamique (EI).

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« Tous les alliés ont assuré la Turquie de leur solidarité et de leur ferme soutien », a déclaré Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN. « Le terrorisme pose une menace directe à la sécurité des membres de l’OTAN et à la stabilité et la prospérité internationales », a-t-il ajouté, tout en précisant que la Turquie n’avait pas invoqué l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord permettant aux membres de l’Alliance de réclamer un soutien militaire additionnel. En effet, le secrétaire général de l’OTAN avait tenu à calmer le jeu avant la réunion, assurant que la Turquie disposait déjà d’une armée forte et qu’elle n’avait en aucun cas besoin d’une aide supplémentaire sur le plan militaire.

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Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN.

Au terme de cette session de 90 minutes, tous les pays membres de l’Alliance ont donc tenu à apporter leur soutien à la Turquie, même si tous ne sont pas d’accord sur la manière d’opérer. La double offensive turque contre le groupe Etat Islamique et les forces kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est toujours critiquée par un certains nombre de pays alliés.

Le communiqué publié à l’issu de la réunion reste relativement évasif sur cette double offensive qui met le groupe Etat islamique et le PKK sur le même plan. Cependant, les alliés ont reconnu à la Turquie « le droit de se défendre » contre les attaques « terroristes », même si la plupart d’entre eux encouragent la poursuite du processus de paix entamé avec le PKK. « La défense contre les actes terroristes du PKK est justifiée mais la réconciliation doit continuer », a souligné Marjanne de Kwaasteniet, ambassadrice des Pays-Bas auprès de l’OTAN.

Un processus de paix compromis

C’est également la position défendue par la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, qui a défini le combat contre l’EI comme « la priorité absolue ». Lors d’un entretien téléphonique avec son homologue turc, İsmet Yılmaz, la ministre a assuré qu’elle avait « fait valoir avec force qu’il fallait à tout prix garder la mesure, et que le processus de réconciliation avec les Kurdes en Turquie ne devait être ni troublé ni abandonné ». Sa réaction appuie donc celle de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui avait précédemment exprimé sa volonté de voir la Turquie prolonger son processus de paix avec la communauté kurde.

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Le président Erdoğan à Ankara, le 28 juillet 2015.

De son côté, le président Erdoğan a fait savoir lors de sa conférence de presse à Ankara qu’une éventuelle reprise des négociations de paix avec la communauté kurde serait « impossible » tant que le PKK continuerait à « menacer la sécurité nationale » en visant par ses attaques des membres appartenant aux forces de sécurité turques. Il a également précisé qu’il ne reculerait en rien devant la « menace terroriste » que représentent l’EI et le PKK. « C’est un long processus, et ce processus se poursuivra avec la même détermination » a-t-il déclaré à la presse.

Le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a ajouté qu’il n’y avait « aucune différence entre le PKK et l’EI ». « Nous ne pouvons pas dire que le PKK est meilleur parce qu’il combat aussi l’EI », a-t-il précisé lors d’une visite à Lisbonne. L’armée turque continue donc de bombarder des positions du PKK, s’attaquant cette fois-ci à des bases se trouvant au sein même de la Turquie.

Dans la nuit de mardi à mercredi, des chasseurs F-16 ont touché une base du PKK située dans la province de Şırnak, à la frontière de l’Irak, en représailles à une attaque visant cette fois encore des forces de sécurité turques.

Une coalition renforcée

Longtemps accusée par ses alliés de ne pas avoir pris part dans la lutte contre l’EI, la Turquie accepte finalement de suivre la coalition mise en place par les Etats-Unis. Après avoir mis ses bases d’İncirlik et de Diyarbakır à disposition des forces armées américaines, la Turquie a entamé les négociations sur l’éventuelle création d’une « zone tampon » afin d’éliminer toute présence de l’EI dans le nord de la Syrie.

Pour Erdoğan, « le nettoyage de ces régions et la création d’une zone de sécurité » permettront de rapatrier les quelques 1,8 millions de réfugiés syriens présents à l’heure actuelle en Turquie. L’OTAN a néanmoins préféré se distancier de l’accord passé lundi entre Washington et Ankara, en précisant qu’il s’agissait d’« une question bilatérale dans laquelle l’OTAN n’est pas impliquée », comme l’a ainsi déclaré Jens Stoltenberg.

Sophie de Tapia

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