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Québec : manifestation de l’extrême droite sous haute tension

Dimanche 20 août, des groupuscules d’extrême droite ont eu bien du mal à manifester faisant face à un comité d’accueil bien décidé à leur faire barrage au risque que leur message passe au second plan.

Crédit photo : Radio Canada/Maxime Corneau

Une semaine après la manifestation de Charlottesville, en Virginie (États-Unis), qui a donné lieu à de violents affrontements opposants des néonazis et membres du Ku Klux Kan (KKK) – des militants qui se réclament de l’ « alt right » (droite alternative) – à leurs opposants, mais qui a aussi entrainé la mort d’une jeune femme, voilà que c’est à Québec, au Canada, qu’on craignait que tout dérape.

Québec n’échappe pas à la montée de l’extrême droite

Si le Canada semble de l’étranger un pays multiculturel où la tolérance et la paix règnent, il va sans dire que cette belle image ne résiste pas à l’analyse. Force est de constater que, comme dans de nombreux autres pays occidentaux, le racisme, la xénophobie et l’intolérance sont rampantes.

Depuis l’attentat du 29 janvier à la Mosquée de Québec – un étudiant ultranationaliste a abattu six musulmans -, les langues se délient. Si au moins deux Québécois ont participé plus ou moins ouvertement aux évènements de Charlottesville aux côtés des suprémacistes blancs, des groupes tels La Meute n’hésitent plus à exposer leurs idées et sont de plus en plus présents dans les réseaux d’extrême droite.

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David Morin, vice-doyen aux études supérieures et aux affaires internationales de l’Université de Sherbrooke (Canada) et codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent, dans une entrevue au journal Le Devoir, explique d’ailleurs qu’il existe une montée de l’extrême droite au Canada et particulièrement au Québec, qui se matérialise notamment par le groupe La Meute : « Il y a un discours d’extrême droite qui est beaucoup plus audible à l’heure actuelle au Canada. […] On sent une tentative de normaliser un certain discours qui converge vers ce qu’on entend généralement dans l’extrême droite ».

Selon les chiffres avancés par le professeur, on compterait entre 500 et 1000 militants d’extrême droite radicaux au Canada. Des chiffres qui sont loin de ceux que l’on peut voir chez son voisin du sud, mais qui expliquent l’inquiétude des autorités face à la manifestation qui se préparait en fin de semaine à Québec.

Par ailleurs, cette appréhension se justifie d’autant plus que la critique enfle au Canada en raison d’un afflux de demandeurs d’asile à la frontière canado-américaine depuis le début de l’été – de nombreux Haïtiens craignent que l’administration de Donald Trump mette fin à un statut de protection temporaire acquis à la suite du tremblement de terre de 2010 d’où la présence de 6000 Haïtiens à la frontière québécoise. Une situation à laquelle il est nécessaire d’ajouter la menace d’attentats. Dans ces conditions, tous les dérapages sont possibles selon M. Morin : « On l’a vu en Europe, on le voit aux États-Unis, les liens injustifiables qu’on fait souvent entre l’immigration et le terrorisme permettent d’alimenter les peurs, alors on est dans un contexte où les ingrédients d’un cocktail explosif sont là. »

Manifestation et contre-manifestation sous haute tension

L’ombre de la manifestation de Virginie semblait rôder à Québec en ce chaud week-end du mois d’août. Dimanche, une manifestation organisée par La Meute, qui revendique 55 000 membres au Québec – un chiffre surement largement surévalué -, était organisée dans la Capitale-Nationale.

Leur objectif : manifester contre ce qu’ils appellent « l’immigration illégale » qui serait une menace pour l’identité québécoise et mènerait à la « la destruction de la société d’accueil ». Ils déclaraient aussi descendre dans les rues pour afficher leur soutien aux forces de l’ordre délaissées, selon eux, par le gouvernement du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, ainsi que par celui de Philippe Couillard, le Premier ministre québécois.

En revanche, d’autres organisations dont les idéaux sont aux antipodes – l’organisation Bienvenue aux réfugiés ou encore Action Citoyenne Contre la Discrimination faisaient partie de ceux appelant à contre-manifester – ont tenu à faire barrage à La Meute en descendant eux aussi dans les rues de Québec. Ainsi, en début d’après-midi, environ 800 personnes s’étaient rassemblées dans le centre de Québec. Le message de ces familles, de ces citoyens ainsi que des représentants de la Ligue antifasciste antiraciste Québec, mais aussi de certains députés qui ont répondu à l’appel, était au départ on ne peut plus clair : «Pas de raciste dans mon Québec», «Compassion sans frontières», «Québec sans peur et sans haine», etc.

Au départ, cette manifestation s’est faite de façon pacifique, mais, par la suite, les choses ont vite dérapé. Le groupe antiraciste composé de centaines de personnes s’est scindé en deux. Dès lors, des individus vêtus de noir et cagoulés ont commencé à lancer des projectiles divers, dont des bombes fumigènes, avant d’attaquer des commerces.

Actes de vandalisme, violences à l’encontre des policiers, et autres infractions criminelles ont obligé les forces de l’ordre à déclarer cette anti-manifestation illégale. Si l’on fait d’ailleurs état d’une seule arrestation, d’autres pourraient suivre selon la police de Québec d’autant plus que des membres de l’escouade antiémeutes ont dû être transportés à l’hôpital.

Ces violences ont obligé les 600 personnes associées à La Meute à rester cloîtrées dans un garage sous terrain pendant quatre heures pour des raisons de sécurité. Ils ont par la suite pu entreprendre, sous escorte policière, leur marche « silencieuse », armés de leurs drapeaux noirs ornés de pattes de loup.

Discréditer un message de tolérance au profit des extrémistes

Un dérapage de militants radicaux qui est loin d’être anodin. En plus de discréditer le message que voulaient transmettre ceux qui prônent la paix, la tolérance, la solidarité et le vivre ensemble, les groupes d’extrêmes droites n’ont pas manqué l’occasion de se positionner en victime, dénonçant une violation de leur droit de manifester et à la libre expression.

La polarisation se fait plus pressante que jamais, les groupes xénophobes, ultranationalistes, fascistes et antisémites sont toujours plus présents et leur message ne fait que raisonner davantage. Une situation d’autant plus inquiétante que se profilent à l’horizon les élections provinciales auxquelles participera la droite radicale.

Camille Saulas

 

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