International, Politique

Quel avenir pour le Sultanat d’Oman ?

Les rumeurs de cancer et la raréfaction des apparitions du Sultan d’Oman inquiètent les citoyens de son pays : Qabous ben Saïd, n’ayant pas d’enfant, n’a effectivement pas de descendance directe, ce qui pose des problèmes pour la question de succession. Retour sur un pays qui se fait discret sur la scène internationale, mais dont le poids diplomatique et économique est non négligeable dans la région.

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Une succession qui s’annonce difficile

Le Sultanat d’Oman est situé à l’extrémité de la péninsule arabique et c’est un pays pétrolier comme ses pays voisins, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et le Yémen. Qabous ben Saïd est sultan depuis 1970. C’est un descendant direct de la dynastie Al Saïd au pouvoir depuis 1944 dans le pays. A 74 ans, son état de santé inquiète, en particulier depuis son hospitalisation en Allemagne en juillet dernier. La rumeur court dans la région sur un prétendu cancer du Sultan alors qu’aucune déclaration officielle n’a été faite quant à sa situation. Mais la question que tout le monde se pose dans le pays est celle de la succession de Qabous ben Saïd quand celui-ci viendrait à disparaitre. Marié mais aujourd’hui divorcé, il n’a jamais eu d’enfants. Selon les articles 5 et 6 de la Loi Fondamentale de l’Etat de 1996 et révisée en 2011, seuls les héritiers masculins, musulmans et légitimes issus d’un mariage de deux omanais musulmans, de l’arrière-arrière-grand-père de l’actuel Sultan, le sultan Turki ben Saïd, peuvent prétendre au trône. Prévoyant, l’actuel Sultan a prévu une règle de succession, qui indique qu’à son décès, il sera à la famille royale de désigner un successeur au trône. La famille pourra se baser sur deux noms que le Sultan a préalablement indiqués en tant que successeur potentiel dans des enveloppes scellées. Ce système promet toutefois des nombreuses querelles d’intérêts dans la famille royale, ce qui inquiète les citoyens omanais quant à la stabilité du régime quand l’ère Qabous prendra fin.

Oman, le « bon élève » du Moyen-Orient ?

Le Sultan Qabous, en reversant son père Saïd en 1970, a permis à l’Oman de se développer. Alors à l’époque le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, c’est aujourd’hui un symbole prospère de stabilité politique dans la région du Moyen-Orient. Le Sultanat d’Oman s’est notamment enrichi grâce à ses ressources pétrolières, mais a su, à la différence de ses voisins, en faire un meilleur usage comme le montre les disparités entre la population relativement plus faibles. Le tourisme, en plein développement, a également permis au pays d’améliorer sa situation économique. Bien que ce soit une destination encore mal connue, le Sultanat d’Oman, avec ses 2000 km de côtes, son climat tropical et son hôtellerie de luxe, attire de plus en plus de visiteurs.

Le pays est également perçu comme le « bon élève » du Moyen-Orient, au regard de la stabilité et de la continuité du régime politique. C’est également le seul pays musulman qui n’est ni sunnite ni chiite, mais ibadite, ce qui lui permet de rester en dehors de ce type de conflit à l’intérieur de la religion musulmane. Sur le point diplomatique, le Sultanat d’Oman a réussi à s’imposer sur la scène internationale en tant qu’entremetteur principal entre les Etats-Unis et l’Iran qui a permis le dialogue entre ces deux pays pourtant antagonistes, notamment sur le sujet du nucléaire et du pétrole.

Les limites du régime

Mais certains évènements ont récemment entachés la bonne réputation du pays, pourtant reconnu comme un modèle dans la région. Plusieurs organisations humanitaires ont déploré le manque d’efforts du pays pour améliorer la situation des enfants et des jeunes. L’enjeu social majeur du pays aujourd’hui est de promouvoir l’éducation pour tous. Mais le Sultanat d’Oman est également montré du doigt pour des questions politiques : le régime, pourtant si stable depuis 44 ans, commence à s’effriter et à connaitre une multiplication des contestations. Durant des manifestions en 2011 et en 2012, la jeune société civile omanaise s’est montrée plus que prête pour un renouvellement dans le régime comme un remaniement et un élargissement des pouvoirs de l’assemblée consultative. Mais ce « printemps omanais » n’a pas été si bien perçu que ça par le Gouvernement, qui se montre toujours hostile à un renouveau. Les autorités omanaises ont d’ailleurs arrêté la semaine dernière un militant qui avait organisé des manifestations pro-réformes dans le Sultanat durant cette période. La succession incertaine et le début de ces contestations dans le pays inquiètent autant la famille royale que les citoyens, la disparition de Qabous pourrait être une ouverture sur une autre ère moins conservatrice et progressiste.

Juliette Vagile

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