International, Politique

Quelle responsabilité dans les attaques de Kobane ?

Hier, l’attaque surprise de l’Etat Islamique contre la ville kurde de Kobane, à la frontière turque, a provoqué un torrent de débats : comment les combattants ont-ils pu s’introduire dans la ville, malgré la présence des forces kurdes bien en place ?

kobane_19

Alors que le nombre de morts s’est encore accru, les accusations pleuvent de part et d’autre de la frontière. Les politiciens kurdes doutent de l’explication officielle selon laquelle les terroristes auraient pénétré dans Kobane depuis la proche ville syrienne de Jarablus, et réfutent en doute la parole du gouvernement turc, malgré les preuves vidéo.

muslim

Salih Müslim, président du PYD.

Le parti pro-kurde (HDP) décrit l’assaut de l’Etat islamique comme un massacre, et profite de cette occasion qui creuse encore la brèche au sein du gouvernement turc. « Tout le monde sait que le gouvernement turc a supporté l’Etat Islamique depuis des années. Le massacre d’aujourd’hui est une preuve de ce soutien », assène Figen Yüksekdağ, la co-présidente du HDP. « Si le massacre a eu lieu sans votre soutien, alors expliquez-le, prouvez-le. Sinon, nos accusations sont valides », ajoute-t-elle. Le porte-parole du YPG (Unités de protection du peuple, milices kurdes de Syrie) Redur Xelil, affirme que les attaquants sont entrés dans la ville depuis l’ouest, dans cinq voitures, revêtus de l’uniforme du YPG pour tromper la sécurité. Certains islamistes se seraient cachés parmi les réfugiés, tandis que d’autres se mêlaient aux milices kurdes. « Ils ont ouvert le feu sur tout ce qui bougeait », a-t-il révélé à Reuters. Le président du PYD (Parti de l’union démocratique, parti politique kurde syrien) Salih Müslim a également affirmé posséder toutes les preuves montrant que les combattants de l’Etat Islamique sont entrés à Kobane via la Turquie.

Le ministre des affaires étrangères, Tanju Bilgiç, a dénoncé les mensonges kurdes, niant les rapports de soldats ayant franchis la frontière turque. Le vice-Premier ministre Numan Kurtulmuş a qualifié ces accusations de « campagne de diffamation » contre la Turquie. « La Turquie a été aux premières loges depuis les premiers moments de l’attaque, pour les réfugiés de Kobane et les demandeurs d’asile nécessitant des aides humanitaires », a-t-il Twitté. Le président Erdoğan et son Premier ministre Ahmet Davutoğlu ont tous deux nié avec véhémence les accusations dites de « propagande » selon lesquelles les djihadistes auraient franchi les frontières turques pour entrer en Syrie. Le président a accusé le HDP de provocations : « Nous avons pris très au sérieux cette attaque qui touche des civils innocents », a déclaré Erdoğan dans la soirée. « Mais après cette attaque atroce, nous percevons comment ces milieux, qui sponsorisent l’organisation séparatiste (PKK), mènent une campagne de diffamation contre notre pays, en répudiant ses principes et ses frontières ».

« Ceux qui sont les instruments des lobbies internationaux hostiles à la Turquie, et ceux qui sont manipulés par le régime du président el-Assad devraient d’abord se remettre en question. Les personnes qui soutiennent ce parti devraient une fois de plus voir qu’il se tient au même plan que ces ignorants qui associent la Turquie à une organisation terroriste internationale. (…) Nous renions complètement ces affirmations. C’est une sombre manipulation et une opération contre la Turquie », a conclu le président.

kobane_11L’Observatoire syrien des droits de l’homme apprend que l’Etat Islamique a repris deux districts au contrôle du gouvernement syrien. Selon Welat Omer, médecin à Kobane, quinze personnes ont été tuées, et soixante-dix gravement blessées. Plus de cinquante habitants ont fui à la frontière de Kobane, cherchant à entrer en Turquie. Les djihadistes de l’Etat islamique ont également tué au moins vingt civils kurdes (dont civils et enfants) dans l’attaque d’un village au sud de Kobane, mais les combats continuent dans la ville, et on dénombre à pour l’heure plus de cent vingt victimes civiles et certaines évoquent jusqu’à 200 victimes. Selon un officiel syrien, parlant sous couvert d’anonymat, l’Etat islamique semble vouloir détourner l’attention de la pression exercée sur Raqqa : « ils sentent un grand danger autour de la situation à Raqqa ». Une situation complexe, dans laquelle il est difficile de démêler le vrai du faux.

Elisabeth Raynal

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *