Politique, Société

Quels pouvoirs pour la police ?

Mercredi, des manifestants ont souhaité rendre hommage à un adolescent tué par la police voilà un an. Des rassemblements qui ont constitué une nouvelle illustration de répression policière dans la violence, alors que l’évolution des pouvoirs de la police reste incertaine.

Police

De nouveaux affrontements

Mercredi dernier, les opposants au gouvernement commémoraient un bien triste évènement : exactement un an plus tôt, le 11 mars 2014, un adolescent de 15 ans décédait d’une grave blessure à la tête infligée par la police turque, après 269 jours de coma. Berkin Elvan, qui n’avait commis aucun crime et allait simplement acheter du pain, avait été touché par un tir de grenade lacrymogène lors d’une intervention de la police en juin 2013. Cette énième victime des violences policières en est devenue le symbole, et n’a donc pas été oubliée ; par ailleurs, aucun policier n’avait été incriminé pour cet homicide et, loin de présenter des excuses, Erdoğan avait qualifié le jeune homme de terroriste.

emeuteAvant-hier, des manifestants se sont donc rassemblés, notamment à Ankara et à Istanbul, pour honorer la mémoire de Berkin et protester contre les agressions des forces de l’ordre. Sans surprise, ces protestations ont dégénéré lorsque est intervenue la police : devant le parc Gezi à Istanbul, de violents affrontements ont eu lieu, et les policiers n’ont comme d’habitude pas lésiné sur les grenades lacrymogènes. À Ankara ainsi qu’aux alentours du cimetière stambouliote où est enterré Berkin, ils ont utilisé des canons à eau sur la foule. Du côté des manifestants, on s’est défendu à l’aide de pierres et de cocktails Molotov. Pas de morts cette fois-ci, mais 11 arrestations dans la capitale et 8 à Istanbul, où les personnes appréhendées étaient des lycéens ayant répandu de la peinture rouge dans le parc de Gezi et ayant déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire « Berkin est là ».

Les lois sur la sécurité ne sont plus débattues au Parlement

parlementCes nouveaux évènements illustrent encore une fois la violence dont est capable la police turque, qui devrait voir ses pouvoirs renforcés par un corps de lois qui a été débattu au Parlement. Cependant, ces discussions viennent d’être suspendues alors même que 67 des 130 clauses ont déjà été approuvées par les députés ; celles restantes ont été renvoyées vers des comités pour de possibles révisions hors de l’hémicycle.

Un revirement de situation qui étonne, lorsque l’on sait que l’AKP dispose de la majorité au Parlement et peut aisément faire passer ses lois. Nous ne savons pas à cette heure si l’on doit craindre une révision encore plus dure de ces clauses, ou bien espérer que des concessions soient faites : en effet, ces mesures proposées par le parti d’Erdoğan ont provoqué un tollé dans l’opposition, qui a élevé la voix pour dénoncer la mise en place d’un véritable État policier. Le HDP, parti pro-kurde, s’est montré particulièrement véhément sur le sujet. Étant donné qu’il est en négociation avec le gouvernement sur la question de l’insurrection séparatiste kurde, cela pourrait avoir fait réfléchir ce dernier, qui ne gagnerait rien à envenimer la situation.

Victoria Coste

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