Société

Qui se cache derrière l’attentat de Suruç ?

Quelle personne, quel groupe serait à l’origine de l’attaque suicide qui a eu lieu hier, lundi 20 juillet, dans la ville de Suruç, près de la frontière syrienne, en face de la ville de Kobané ?

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Au moins 32 morts et plus d’une centaine de blessés sont à déplorer au sein d’un groupe de manifestants de la Fédération des associations des jeunes socialistes (SGDF) qui s’était réuni à Suruç. Au moment de l’explosion, le groupe tenait une conférence de presse en face du centre culturel kurde et avait l’intention de rejoindre ensuite la ville de Kobané pour la reconstruire, après les mois d’affrontements violents entre Kurdes et membres du groupe Etat islamique jusqu’à la libération de la ville en juin dernier.

Selon les premiers éléments révélés dans la presse, il s’agirait d’un attentat suicide à l’aide d’une bombe à sous-munitions. Des témoins ont reconnu avoir été touchés par des petites billes propulsées autour de la déflagration initiale, blessant ainsi, parfois mortellement, des individus dans un rayon plus large. Le président Recep Tayyip Erdoğan a fermement condamné ce massacre : « Je condamne cette barbarie. Le terrorisme doit être poursuivi d’où qu’il vienne. Il n’a pas de religion, de nation ou de patrie ». Et il a apporté son soutien aux familles de victimes : « Je présente mes condoléances aux familles des 28 personnes [32 désormais] qui ont perdu la vie suite à l’explosion. Je souhaite un prompt rétablissement aux blessés ».

Le Premier ministre Ahmet Davutoğlu s’est montré plus précis pour désigner ceux qui, selon lui, sont derrière cette attaque suicide. Quelques heures après l’attentat survenu à 11h50 heure locale, il a déclaré en fin d’après-midi lors d’une conférence de presse au Palais de Çankaya : « Selon toutes vraisemblances, nos unités de sécurité orientent leur enquête en direction de Daech ». Répétant le nom de l’organisation fondatrice de l’« Etat Islamique » à plusieurs reprises dans sa déclaration, il ne laisse aucun doute selon le chef du gouvernement turc que ce groupe est à l’origine de l’attaque.

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Özlem Yılmaz

Si le groupe Etat islamique n’a pas revendiqué l’attentat suicide qui s’est produit sur le sol turc, ce qui serait une première, la presse s’est mise en quête du nom du suspect. Au matin du 21 juillet, c’était le visage d’une jeune femme turque de 18 ans, Özlem Yılmaz, qui faisait la une des journaux. Le journaliste Enis Yıldırım a été le premier à lancer cette hypothèse dans les colonnes du quotidien Habertürk, se basant sur une liste de personnes suspectée de commettre un attentat suicide en Turquie au nom de Daech, publiée en juin dernier par la Direction générale de la police. Sur les 81 noms, cette liste comptait trois femmes : Fadime Kurt, Nuray Demirel et Özlem Yılmaz.

Plus tard dans l’après-midi, le Premier ministre Davutoğlu s’est exprimé depuis la ville de Şanlıurfa, préfecture de la région de Suruç, et a affirmé qu’ « un suspect a été identifié. Des vérifications sont en cours pour connaître de ses éventuels liens en Turquie ou à l’étranger ». Mais restant toujours muet sur l’identité du suspect, c’est la presse qui a trouvé un nouveau visage à ce kamikaze. L’agence d’information locale Dicle News Agency (DIHA) affirme ainsi qu’il s’agirait en fait d’un homme dénommé Şeyh Abdurrahman Alagöz, âgé de 20 ans et résidant dans la province d’Adıyaman. L’agence affirme être entrée en possession de la carte d’identité d’une 32ème victime non répertoriée, s’ajoutant aux 31 membres de la Fédération des associations des jeunes socialistes décédés. Selon ce média local, ce suspect aurait rejoint les rangs du groupe Etat islamique il y a deux mois.

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Si l’on est toujours dans l’attente du nom de l’auteur de l’explosion, les médias poursuivent leur enquête. Selon le journal Radikal, le type de bombe utilisé lors de l’attentat de Suruç serait similaire à celui qui avait explosé au cœur du rassemblement politique du parti pro-kurde HDP à Diyarbakır le 5 juin 2015. Le spectre de Daech ne cesse de hanter le pays, dont la politique s’est jusque-là avérée ambivalente face à cette organisation qui occupe désormais une bonne partie des territoires syriens et irakiens.

Jean Lannes

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