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Raif Badawi : graves sanctions pour le président du libéralisme saoudien

Image RB- Sandesh.com Le blogueur et journaliste saoudien Raif Badawi a été condamné en novembre dernier à des peines bien conséquentes. Et pour cause, ses propos, ont été jugés un tant soit peu libéraux, et présentant une menace pour la religion musulmane. Retour sur l’histoire de Raif Badawi, et les raisons concrètes pour lesquelles il est en train de subir le châtiment du gouvernement saoudien.

En novembre 2014, Raif Badawi avait été condamné à une peine de 10 ans d’emprisonnement, une flagellation comportant 1000 coups de fouet et, finalement, une amende d’un montant total d’1 million de rials, soit approximativement 230 000€. L’application de la sentence a commencé vendredi 9 janvier dernier. En effet, 50 coups de fouets ont été donnés au blogueur devant la mosquée Al-Jaffali de Jeddah, située à l’ouest du pays. Ce nombre devra être répété tous les vendredis pendant les 19 semaines à venir.

Un blogueur libéral et partisan du dialogue

Agé de 31 ans, Raif Badawi est un écrivain, journaliste, et blogueur saoudien. Il a créé le site Liberal Saudi Network, en 2008 avec Souad al-Shamari, une militante saoudienne des droits des femmes. Free Saudi Liberals, autre nom donné au site web fondé par les deux militants est réputé pour traiter de sujets sociétaux faisant débat. De plus, le site milite principalement pour une libéralisation religieuse dans le royaume saoudien, et encourage vivement les internautes à interagir entre eux et à exprimer leurs opinions respectives.

Le blogueur saoudien est emprisonné depuis juin 2012. Seulement, l’application de la sentence de flagellation n’a débuté que ce mois-ci. Par ailleurs, son avocat Waleed Abu al Khair a lui aussi été emprisonné. Militant également pour les droits de l’homme en Arabie Saoudite, l’avocat de Badawi a été condamné à écoper de 15 années de prison pour les motifs suivants : « sapé le régime et les officiels », et « insulté le corps judiciaire ». La co-fondatrice, al-Shammari, quant à elle, a été arrêtée en novembre de l’année dernière.

En ce qui concerne la famille de Badawi, celle-ci est en asile politique au Canada depuis 2013. La femme de Badawi, Ensaf Haidar, et ses trois enfants ont été sujets à de nombreux ennuis depuis son emprisonnement.

Finalement, en 2014, Badawi s’est vu décerné le prix « Netizen » de la part de Reporters sans frontières, et le « One Humanity Award » par PEN Canada. Plus récemment, en 2015, il a reçu le « Aikenhead Award », prix décerné par la Scottish Secular Society.

Les mots de la controverse

FouetLes deux raisons principales données aux diverses condamnations de l’animateur du site web Liberal Saudi Network sont l’apostasie et l’insulte à l’islam. En effet, son site web était accusé d’insulter la religion musulmane et d’enfreindre les valeurs musulmanes. Nul besoin de noter que le site a été bloqué lors de la mise en prison de son fondateur. Les accusations prennent suite notamment à un article qu’avait diffusé Badawi sur Twitter, en pleine Saint-Valentin, ou il souhaitait « aux peuples du monde » une joyeuse fête d’amour, et à eux, le peuple saoudien donc, « la vertu ». Cet extrait d’article sera considéré comme une provocation de la part du blogueur vis-à-vis du Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice en Arabie Saoudite.

Ensuite, l’apostasie est le nom donné à l’attitude d’une personne, nommée « l’apostat », reniant une religion ou encore une doctrine. Aussi, en Arabie saoudite dans certains cas, celle-ci est passible de la peine de mort. Badawi a été accusé d’être un « apostat » par le cheikh saoudien Abdul-Rahman al-Barrak en raison des propos suivants : « musulmans, chrétiens, juifs et athées sont tous égaux ».

Enfin, Badawi est également accusé de désobéissance envers ses parents, chose considérée comme un péché dans la religion musulmane.

Une affaire internationale

L’Organisation des Nations Unis, mais aussi plusieurs gouvernements, ont protesté chacun à sa manière, au lendemain de la première séance de flagellation du blogueur saoudien Badawi. Les États-Unis, le Canada, les membres de la Communauté européenne, et bien d’autres pays ont demandé publiquement à l’Arabie saoudite de faire cesser la flagellation du blogueur journaliste. Le jeudi 15 janvier dernier, L’ONU, elle, s’était directement adressée au roi saoudien, Abdallah Ben Abdelaziz, « d’exercer son pouvoir pour mettre fin à la flagellation publique en pardonnant M. Badawi ». Le lendemain, à savoir le vendredi 16 janvier, la deuxième session de flagellation a été reportée ultérieurement pour raisons médicales. Finalement, le porte-parole du roi a fait savoir que le dossier de Badawi sera réexaminé par la Cour Suprême. Mais, c’était sans prendre en compte la mort, cette nuit, du monarque saoudien. Dès lors, difficile de savoir pour l’instant ce qu’il adviendra du dossier.

Sara Ben Lahbib

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