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La réaction des musulmans du monde face à la tornade Daech

La communauté internationale a aujourd’hui les yeux rivés sur la Turquie dans sa gestion du dossier Kobané, cette petite ville syrienne assiégée, qui est devenue en un rien de temps le théâtre d’un conflit où les kurdes locaux tiennent tête à l’Organisation de l’État islamique, aussi appelée Daech. Cet organisme alimente la hantise dans les médias internationaux et chez les garants de la sécurité globalisée, ses offensives meurtrières n’ayant eu de cesse de désarçonner un Moyen Orient déjà pris dans un échiquier géopolitique complexe.

Selon le Washington Post, cet affrontement a déjà coûté plus de 780 millions de dollars aux États-Unis, à la tête de la Coalition internationale qui soutient les Kurdes à Kobané, sans pour autant parvenir à bloquer l’avancée de Daech outre-mesure. Dans ce conflit qui ne cesse de prendre de l’ampleur, force est de constater la puissance dévastatrice de cet organisme auquel peu de personnes parviennent à résister. Il défend une idée propre à lui de promotion du djihad, dans la perspective de combattre pour défendre sa foi, sous l’étendard de l’islam. Pour autant, les confusions tendent à se former dans ce contexte étriqué, où extrémismes et religion se mêlent trop facilement, et poussent souvent l’amalgame, encore une fois, entre islam et islamismes. Cette profusion de violence et de pertes de vies humaines ne fait qu’attiser la colère de la communauté musulmane à l’international, qui se sent dépossédée des valeurs en lesquelles elle croit avec ferveur, prise de vitesse par une organisation qui prône une religion dans laquelle elle ne se reconnaît pas. Comment peut-on commettre de tels massacres tout en promulguant une religion pacifiste, riche en principes de tolérance, de partage et de respect de l’essence même de la vie humaine ? Telle est la question qui taraude les musulmans aux quatre coins du monde.

De l’Arabie Saoudite à l’Égypte, en passant entre autre par le Liban, l’Irak ou même l’Iran, la position du monde musulman à l’égard de Daech est unanime. Des musulmans modérés aux fondamentalistes religieux, tous condamnent ceux que le cheikh de la célèbre université cairote Al-Azhar accuse d’être des « criminels qui souillent l’image de l’islam et des musulmans ». Une opinion également relayée par les chefs religieux musulmans lors du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux qui appelait ces derniers à prendre position de façon claire et précise sur la question. Ils ont ainsi qualifié les actions de Daech de crimes « indicibles ». Qu’en est-il alors de l’opinion publique ?

Les communautés musulmanes de l’étranger haussent le ton

Les musulmans se mobilisent, quelque soit leur âge, quelque soit leur lieu de résidence. Pour donner un écho à leur message, les jeunes ont privilégié les réseaux sociaux pour s’exprimer sur ce sujet et s’adresser directement à Daech. Grâce à l’association britannique Active Change Fundation, un mouvement de jeunes se prenant en photos aux côtés d’affiches sur lesquelles est écrit « Not in my name » (Pas en notre nom) a éclos sur Internet avant de se propager à toute vitesse.

Mais n’oublions pas que les réactions internationales ont pris de l’ampleur dès l’éviction des chrétiens d’Irak par Daech, à travers notamment le mouvement Nasrani que nous avions abordé ici (mettre le lien article Ben). Les déclarations de l’Organisation de la coopération islamique et de l’Union internationale des savants musulmans avaient à ce propos particulièrement retenu l’attention de la communauté internationale. Ils avaient comparé « l’expulsion forcée des frères chrétiens d’Irak de leurs maisons, leurs villes et leurs provinces » à des « actes qui violent les lois islamiques, la conscience islamique », appelant l’EI à se raviser afin de permettre aux chrétiens, « des fils natifs d’Irak et non des intrus » de rentrer chez eux. Le Conseil des relations américano-islamiques, quant à lui, a affirmé que l’EI était «non-islamique et moralement répugnant ». Enfin, le grand mufti d’Egypte, Shawki Allam, a également réagi en qualifiant l’Organisation de l’Etat Islamique (OEI) de « groupe extrémiste et sanglant » tel qu’il constituait « un danger pour l’islam et les musulmans, qui nuit à leur image en même temps qu’il verse le sang et répand la corruption ». Parmi les réactions étatiques, retenons celle de l’Indonésie, plus grand pays d’obédience musulmane au monde, qui a rendu illégal tout soutien à l’OEI. Ainsi, tout Indonésien qui deviendrait djihadiste et sympathisant de Daech serait automatiquement déchu de sa citoyenneté.

Les musulmans de France non plus ne se sont pas tus

La communauté musulmane de l’Hexagone commence enfin à s’exprimer publiquement sur le sujet. Pour autant, nombreuses ont été les associations, à l’instar du Rassemblement des musulmans de France, à s’être insurgé bien avant sur le sujet et à défendre l’idée d’une intervention imminente et efficace de la communauté internationale afin de « mettre fin à cette injustice ». C’est le mot qui revient sur toutes les lèvres, ce fort sentiment d’injustice animant une communauté qui constate avec consternation et désarroi que certains djihadistes rangés auprès des troupes de Daech ont parfois grandi près de chez elle.

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La Mosquée de Paris s’est également exprimée à ce sujet en condamnant fermement les crimes perpétrés par L’OEI. Revenant sur les forfaits de Daech, Dalil Boubakeur, recteur de l’Institut musulman de la Grande Mosquée de Paris, a insisté sur leur caractère fanatique et contraire à la morale religieuse musulmane, affirmant par la même occasion que « l’islam dans sa tolérance théologique et historique ne saurait servir de prétexte aux auteurs de ces exactions ». La position des musulmans de France est finalement comparable à celle des autres communautés musulmanes à travers le monde, si bien qu’on peut dès lors parler d’une même voix, témoignant d’un fort sentiment d’impuissance face aux incoercibles et inévitables offensives de Daech, qui semblent se multiplier indéfiniment.

Léa Martinet

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